littérature

23 mar 2017

Jean de La Fontaine a tenté de formuler sa conception de la dignité des animaux, dans un texte en vers placé dans les Fables, sous le couvert d'un discours à Madame de la Sablière.

Celle-ci l'a hébergé de 1673 à 1693, et en plus de saluer sa protectrice, il développe toute la philosophie matérialiste concernant les animaux.

Voici l'extrait concerné, relativement ardu de par sa forme ornementale typique du XVIIe siècle et convenant bien plus aux fables qu'à la littératures d'idées...

20 mar 2017

Jean de La Fontaine avait conscience de la limite de sa démarche et il a tout de même tenté d'y faire face, en promouvant la dignité du réel.

Dans ses Fables, les animaux ne sont pas que des masques des hommes ; ils ont leur dignité, un animal peut tout à fait être une « mère éplorée », les sentiments eux-mêmes sont présents, comme dans la fameuse fable des deux pigeons.

Celui qui s'ennuie regrette amèrement d'être parti et d'avoir abandonné son amour par folie des grandeurs ; c'est là une des plus belles si ce n'est la plus belle fable de Jean de La Fontaine, qui dépasse en fait d'ailleurs l'approche propre à une fable (des sauts de ligne sont ajoutés pour faciliter la lecture)...

18 mar 2017

Quand on regarde une fable de Jean de La Fontaine et qu'on veut en saisir le sens, il faut discerner de laquelle des trois approches possibles elle relève.

Jean de La Fontaine ne parvient pas à choisir entre un néo-stoïcisme austère appelant au repli sur soi, une philosophie de l'attitude raisonnée dans quoi qu'on fasse et enfin une dénonciation pratiquement matérialiste de l'émergence du capitalisme.

D'où provient l'existence de ces trois approches, qui n'en sont en fait que deux comme on va le voir ?...

17 mar 2017

Ce qui est frappant chez Jean de La Fontaine, c'est ainsi un certain pessimisme, fondé sur un regard critique des mœurs de son époque.

En fait, les rapports marchands sont particulièrement présents dans les Fables, la raison en est simple : tout comme chez Jean de La Bruyère et François de La Rochefoucauld, on a la constatation de la prégnance toujours plus forte de la tendance capitaliste...

15 mar 2017

Ce qui caractérise l'idéologie de la monarchie absolue, c'est le néo-stoïcisme. Il faut savoir accepter son sort, lié à un ordre inné décidé par une puissance supérieure ; cette acceptation va de pair avec le fait de voir le bon côté des choses, tout en acceptant passivement un aspect négatif.

Cette idéologie bien spécifique traverse toutes les Fables et est propre à leur approche, ce qui fait d'ailleurs qu'elles ne parviennent pas à un enseignement d'ordre général, se contenant de faire passer un message par fable, avec la morale à la fin qui vise à atténuer les comportements du lecteur, en le menaçant d'une catastrophe s'il agit de manière démesurée...

12 mar 2017

Le XVIIe siècle est le « grand siècle » de l'histoire de France ; il est le moment-clef où la nation se forme après qu'ait été établi ses fondements au XVIe siècle, avec François Ier. Ce dernier a en effet constitué une entité étatique solide, fixant les frontières de manière strictement organisée et posant une langue comme dénominateur national.

La vie économique se développe de manière générale en s'appuyant sur la capitale maintenant une centralisation de l'ensemble de la culture, aboutissant à formation psychique française se développant par la culture...

30 nov 2016

Le Discours de la servitude volontaire est incompréhensible sans saisir la définition de la nature humaine qu'on y trouve. S'il est parlé de servitude volontaire, c'est qu'à la suite d'Aristote et de l'averroïsme, la pensée est considérée comme une page blanche.

On est ici très proche de la théorie matérialiste dialectique du reflet...

26 nov 2016

Dans le Discours, il est expliqué que les aides les plus proches du tyran sont aisément sacrifiables et sacrifiés :

« Qu’on parcoure toutes les anciennes histoires, que l’on considère et l’on verra parfaitement combien est grand le nombre de ceux qui, étant arrivés par d’indignes moyens jusqu’à l’oreille des princes, soit en flattant leurs mauvais penchants, soit en abusant de leur simplicité, ont fini par être écrasés par ces mêmes princes qui avaient mis autant de facilité à les élever qu’ils ont eu d’inconstance à les conserver. »

Cela tient à la nature même du tyran, qui par définition pratique la terreur permanente pour s'imposer toujours de nouveau, cherchant à apparaître comme incontournable...

25 nov 2016

Dans le Discours de la servitude volontaire, on trouve une grande réflexion sur les aides administratives et techniques dont dispose le tyran. Ce dernier profite du soutien d'une poignée de gens, qui sont au coeur de ce que nous devons désormais appeler l'appareil d’État.

Voici comme est présenté le « secret » de l'existence même de la domination du tyran : déjà, il ne s'agit pas du pouvoir armé...

23 nov 2016

Le Discours de la servitude volontaire dénonce les superstitions, tout le folklore utilisé par le puissants pour justifier leur parasitisme général. Redonnons un exemple parlant :

« Le premiers rois d’Égypte ne se montraient guère sans porter, tantôt une branche, tantôt du feu sur la tête : ils se masquaient ainsi et se transformaient en bateleurs.

Et pour cela pour inspirer, par ces formes étranges, respect et admiration à leurs sujets, qui, s’ils n’eussent pas été si stupide ou si avilis, n’auraient dû que s’en moquer et en rire. »

23 nov 2016

Nous avons donc une œuvre, le Discours de la servitude volontaire, qui dénonce non pas une forme générale de pouvoir comme la monarchie, mais bien spécifiquement la tyrannie. Il est parlé du pouvoir et ce sont des exemples historiques qui sont donnés, mais on peut très bien appliquer ce qui est expliqué à l’Église catholique et dénoncer le Pape, pour aboutir à une forme d'organisation comme celle des protestants.

Cet appel à rejeter la tyrannie s'appuie, par ailleurs, sur un principe d'autonomie individuelle propre au protestantisme et à l'humanisme...

21 nov 2016

Comme on le sait, la monarchie française s'est fondée en lien étroit avec la religion. C'est un processus qui prolonge les périodes romane et gothique.

Ainsi, la légende catholique veut que Clotilde la femme de Clovis, alla prier avec un ermite, dans la forêt de Cruye (désormais forêt de Marly), lorsqu'un ange apparut et lui demanda de remplacer les trois crapauds de l'écusson royal par trois fleurs de lys en or.

On retrouve par la suite la fleur de Lys à l'époque de la dynaste carolingienne (à la suite de Charlemagne), avant d'être officialisé en tant que tel par Louis VII le Jeune au XIIe siècle. Il semble bien cependant que le nombre de trois fleurs de lys fut décidé par Charles V le Sage au XIVe siècle, en référence à la « Sainte Trinité »...

19 nov 2016

On se souvient que Michel de Montaigne avait prétendu dans les Essais que le Discours de la servitude volontaire était une sorte d'écrit de jeunesse d'Etienne de La Boétie, qui serait sans prétention, juste un exercice de style ayant comme but de témoigner de la connaissance de l'histoire de la Grèce et de la Rome antiques.

C'est clairement un masque pour une tentative d'analyse du principe d'opinion publique. L'auteur du Discours fait exactement comme l'auteur des Essais : il propose, soupèse, fait des digressions… Il n'y aucune rupture entre le Discours et les Essais à ce niveau...

18 nov 2016

Dans le Discours de la servitude volontaire, on trouve cet appel pathétique :

« Chose vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu’il faut plutôt en gémir que s’en étonner) ! c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel...»

16 nov 2016

Lorsque dans les Essais, Michel de Montaigne annonce que c'est Etienne de La Boétie qui a écrit le Discours de la servitude volontaire, il fait une révélation à laquelle personne ne s'attendait. En feignant d'avoir voulu le publier, mais de ne plus le pouvoir, il attire l'attention de manière précise dessus.

En plaçant 29 poèmes à la place du Discours, il souligne bien l'importance de ce dernier, par son absence dont il est pourtant parlé, et qu'il faut même combler. En en parlant au sein d'un vaste discours philosophique sur l'amitié, il se couvre : s'il parle du Discours de la servitude volontaire, ce n'est qu'en référence à son ami… qui fut comme une partie de lui-même... Michel de Montaigne a de plus bien souligné par ailleurs qu'il a connu Etienne de La Boétie parce qu'il avait connu son Discours

15 nov 2016

Toute l'interprétation bourgeoise du Discours de la servitude volontaire s'appuie sur ce que prétend Michel de Montaigne dans ses Essais. Or, on va vite comprendre qu'il serait très naïf de le faire.

Il dit au chapitre 25, au détour d'un passage n'ayant rien à voir :

« Ainsi ce mot de lui [c'est-à-dire Plutarque], selon lequel les habitants d’Asie étaient esclaves d’un seul homme parce que la seule syllabe qu’ils ne savaient pas prononcer était « non », et qui a peut-être donné la matière et l’occasion à La Boétie d’écrire sa « Servitude volontaire ». »..

14 nov 2016

Le thème du Discours de la servitude volontaire d'Etienne de La Boétie est simple : le peuple accepte un régime en lequel il ne croit pas ou ne devrait plus croire, par la force de l'habitude. Nicolas Machiavel en Italie à la même époque avait raisonné au sujet de cette question de l'opinion publique, tout comme Kautilya en Inde au IVe siècle avant Jésus-Christ. Cependant, Machiavel et Kautilya s'adressaient au Roi, tout au moins le prétendaient-il.

Or, le Discours de la servitude volontaire parle du peuple, en espérant faire réagir les couches intellectualisées non liées au « tyran ». C'est précisément la position de Jean Calvin...

11 nov 2016

Nous sommes au XVIe siècle et en août 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy propage une violente onde de choc anti-protestante. La terreur catholique s'instaure, sanglante.

Voici comment l'un des plus grands juristes de l'époque,François Hotman, témoigne de son émotion dans une lettre du 30 octobre 1572, alors qu'il se réfugie à Genève :

« Hier soir, je suis arrivé ici, sauvé par la Providence, la clémence et la miséricorde de Dieu, échappé au massacre, œuvre de Pharaon…

12 oct 2016

Le concept indien de «possession»

Submitted by Anonyme (non vérifié)

L'Inde est un pays culturellement plein de richesses, et comment est-il possible de ne pas tomber dans la confusion devant une telle profusion ?

Voilà pourquoi il y a besoin d'une clef pour avoir accès à l'âme nationale indienne, pour comprendre l'Inde au-delà de la multitude des expressions dans la littérature, la danse, la musique, l'architecture, etc...

20 juin 2016

L'approche de Luigi Pirandello en littérature, dans le roman et le théâtre, trouve son plus proche parent dans le futurisme, un mouvement artistique fondé et dirigé de manière despotique par Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944).

Ce dernier puise directement dans le symbolisme-décadentisme, mais de par les particularités italiennes, cela se transforme non pas en élitisme de la mise à l'écart esthétisante des artistes, mais par l'appel à la prise de contrôle des destinées artistiques du pays...

19 juin 2016

La France a toujours possédé des liens étroits avec l'Italie. C'est une nation en quelque sorte cousine, si ce n'est sœur, et il est considéré que finalement la différence entre Français et Italiens ne tient qu'à quelques différences de tempérament, de mentalités. Historiquement, la figure de Benito Mussolini n'a ainsi jamais pu être prise au sérieux en France, pays où le classicisme et les Lumières ont amené une exigence de propreté formelle, de linéarité dans l'expression.

Benito Mussolini apparaît pour cette raison, comme une figure de la commedia dell'arte, qu'on ne peut pas prendre au sérieux. Le fascisme italien est dévalué comme une sorte d'aventure foklorique propre à l'Italie, à placer au même niveau que les simulations des joueurs italiens de football ou les frasques de Silvio Berlusconi, l'entrepreneur qui a dirigé l'Italie pendant de longues années...

30 mai 2016

Poésies de Jules Breton

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Beau soir d'hiver

La neige - le pays en est tout recouvert -
Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,
Et, du fond des remous, à l'horizon désert,
Par des vibrations d'azur tendre et d'or vert,
Dans l'éblouissement, la pleine lune émerge...

24 mar 2016

Julius Fučík : Récit de l'arrestation

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Dans cinq minutes la pendule va sonner dix heures, c'est un beau soir frais de printemps, exactement le 24 avril 1942. Je me dépêche, dans les limites de mon rôle, celui d'un monsieur âgé qui boite – je me dépêche d'arriver chez les Jelinek avant la fermeture de la maison.

J'y suis attendu par mon second, Mirek. Je sais que cette fois-ci, il n'a rien d'important à me dire, ni moi non plus, mais manquer un rendez-vous pourrait entraîner la panique – et il faut précisément éviter d'inutiles soucis aux deux bonnes âmes qui nous accueillent...

24 fév 2016

Avec Blaise Pascal et les peintures appelées « vanités », La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette (1634-1693) fait partie des grandes références « jansénistes » des professeurs de français au lycée.

C'est un grand « classique » qui, en fait, n'en est absolument pas un ; il est, dans ses valeurs, son expression, en contradiction formelle avec le XVIIe siècle, le grand siècle français...

27 nov 2015

Dans un phénomène, il y a deux aspects et il y a un mouvement entre ces deux aspects. Saisir cette dynamique permet de cerner la nature du phénomène ou, au moins, d'en voir ce qui compte. Voici par exemple ce que constate Jean de La Bruyère, à travers la présentation d'une situation.

Il ne s'agit pas seulement de la critique qui est faite - cela les commentateurs bourgeois l'ont vu. Non, ce qui compte, c'est aussi l'enseignement dialectique que fait Jean de La Bruyère en nous présentant cela ainsi..

26 nov 2015

L'une des grandes leçons que doivent donner François de La Rochefoucauld et de Jean La Bruyère, c'est d'éviter les apparences qui sont trompeuses. S'ils ne parviennent pas vraiment à les expliquer, de par leur impossibilité à être matérialiste dialectique, tout au moins peuvent-ils porter l'attention sur certains aspects. C'est cela l'esprit français, capable de dresser des portraits psychologiques.

Voici par exemple ce que Jean de La Bruyère nous conseille dans le cadre des relations sentimentales : « L’on est encore longtemps à se voir par habitude, et à se dire de bouche que l’on s’aime, après que les manières disent qu’on ne s’aime plus. »...

13 nov 2015

Savoir bien se comporter exige, dialectiquement, de savoir comment ne pas se comporter. François de La Rochefoucauld et Jean de La Bruyère ont une approche allant véritablement vers la dialectique justement parce qu'ils dressent des miroirs, montrant des attitudes, des postures, des manières, qui ont comme dénominateur commun d'être mauvaises. François de La Rochefoucauld est ici relativement brutal de par la forme même de ses assertions, de ses Maximes. Il nous dit par exemple que :

« La simplicité affectée est une imposture délicate. »

Ou bien encore que :

« Un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon. »

9 nov 2015

Puisque la hiérarchie sociale est sens dessus-dessous par l'émergence du capitalisme, il ne reste plus qu'à accorder à la vertu une valeur idéale, dépassant la société elle-même. C'est cela le sens de la valorisation de la tragédie au XVIIe siècle ; cela correspond à l'esprit propre aux exigences de l'État dans son cadre administratif. Il faut rester mesuré, ordonné, afin de ne jamais sortir du cadre de la monarchie absolue.

C'est le seul moyen d'unifier, par en haut, les couches sociales contradictoires que sont bourgeoisie et aristocratie...

8 nov 2015

François de La Rochefoucauld et Jean de La Bruyère ont constaté l'émergence du mode de production capitaliste, mais ils ne l'ont pas compris. Représentants de la monarchie absolue, ils ne pouvaient constater la société que comme un tout, comme un ensemble organique, conformément à l'idéologie de la monarchie. Cependant, cette monarchie était absolue, et le pouvoir royal en tant que plus haute étape de la féodalité s'appuyait sur l'aristocratie, mais aussi sur la bourgeoisie.

Le problème est alors qu'il faut avoir une lecture scientifique pour saisir ce qui relève de l'une et ce qui relève de l'autre, ce que François de La Rochefoucauld et Jean de La Bruyère ne pouvaient pas avoir, pour des raisons historiques. Ils sentent bien que le mode de production capitaliste est en train d'affaiblir la féodalité, mais en même temps ils ne parviennent pas à distinguer féodalisme et capitalisme naissant...

7 nov 2015

La grande qualité du XVIIe siècle est sa réfutation de la vanité, défaut si présent à la Cour, en raison de la centralisation complète et de la nécessité de plaire pour avancer dans les institutions. Il s'ensuit un éloge de l'ego absolument insoutenable, avec une élite totalement obnubilé par son amour-propre. C'est une véritable vision du monde, où tout est évalué selon la satisfaction de son amour-propre.

Cela est bien sûr renforcé par le développement du capitalisme. Les commentateurs bourgeois ont omis cela, faisant comme si les moeurs capitalistes commençaient uniquement à partir de 1789, ou bien au XVIIIe siècle avec les Lumières. En réalité, si les idées bourgeoises triomphent avec les Lumières, les moeurs bourgeoises se développent bien entendu bien avant, dès l'émergence de la bourgeoisie en tant que classe, sous la forme des commerçants, artisans et marchands dans les bourgs devenant les villes...

2 nov 2015

La contradiction propre à la monarchie absolue, c'est de développer la culture d'un côté, de la freiner de l'autre, en raison de la domination de l'opportunisme propre à la cour, parallèlement au développement des commerçants et des marchands. C'est là l'expression des forces productives, qui se développent, alors que la société la freine en partie, la base féodale rentrant en contradiction avec le mode de production capitaliste qui apparaît.

C'est cela qui écoeure Jean de La Fontaine et Jean de La Bruyère ; ce dernier raisonne directement en termes de progrès, dans un esprit qui sera d'ailleurs celui des Lumières, à ceci près qu'il ne dénonce pas le régime, mais les travers humains qu'il sépare justement du régime, ce qui le ramène paradoxalement à un point de vue pro-féodal...

1 nov 2015

Tout comme chez François de La Rochefoucauld, on trouve chez Jean de La Bruyère cette combinaison entre catholicisme et exigences de la bourgeoisie. Ce qu'il dit dans la préface de son œuvre intitulée Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle est impossible à comprendre sans le rapprocher de la civilité bourgeoise, de la rigueur protestante, de la pression catholique, de la bienséance propre à la monarchie absolue.

La Bruyère explique ainsi, dès le départ, faisant de la correction des mœurs la tache de la littérature : « Je rends au public ce qu’il m’a prêté ; j’ai emprunté de lui la matière de cet ouvrage »...

30 oct 2015

On aurait tort de penser que François de La Rochefoucauld et Jean de La Bruyère ne sont que de simples témoins, avec des yeux propres à leur époque – ce serait là une interprétation mécaniste, fondamentalement éloigné du matérialisme historique et de sa valorisation de la monarchie absolue comme étape intermédiaire et temporaire dans l'effondrement du féodalisme.

Ce qui fait l'intérêt de François de La Rochefoucauld est précisément la même chose qu'on a chez René Descartes et Jean Racine : une combinaison entre le catholicisme et les exigences de la bourgeoisie française qui n'a pas réussi à développer le protestantisme...

29 oct 2015

Jean de La Bruyère (1645-1696) et François de La Rochefoucauld (1613-1680) ont rédigé des œuvres à la forme sensiblement proches. On est ici dans la culture du mot français : précis, lourd de sens, inséré dans une formule délicate, sur la base d'une morale exprimée de manière naturelle.

C'est François de La Rochefoucauld qui est le premier des deux à formuler, en 1665, des Réflexions ou sentences et maximes morales, qu'on connaît surtout sous le nom de Maximes. Jean de La Bruyère publie, de son côté, en 1688, une œuvre dont le titre est Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle...

28 oct 2015

Le XVIIe siècle est le grand siècle français; c'est à travers lui que s'est formé la France comme nation, par l'établissement d'un grand marché et la constitution d'une administration unifiée, la langue française se forgeant sur cette base.

L'un des grands soucis est que la culture nationale qui s'est alors formée s'appuie sur une monarchie absolue devenue toute puissante. La période de Louis XIV n'est plus celle de François Ier ni d'Henri IV, tout est beaucoup plus systématisé et donc, de par la base féodale, ossifié...

25 oct 2015

Dans la préface de sa pièce Cromwell en 1827, à 25 ans, Victor Hugo donne toute une série d'arguments contre les règles de la tragédie, faisant de ce document un manifeste romantique, censé annoncé la « modernité ».

Or, et c'est une chose frappante du point de vue du matérialisme dialectique, le thème de la vraisemblance est pratiquement oublié, alors qu'il s'agit du concept-clef dans la démarche de la Racine...

24 oct 2015

Le très haut niveau culturel atteint par Jean Racine ne peut être compris qu'à la lumière du matérialisme dialectique, qui permet de saisir en quoi c'est un auteur national. Il est évident que si on regarde les fondements mêmes de l'approche de Jean Racine, on a quelque chose qui appartient au fleuve culturel démocratique.

De fait, lorsque l'accent est porté sur la vraisemblance, cela annonce le réalisme. Et lorsque la bienséance est mise en avant en tant que mise en avant des comportements adéquats, cela annonce la morale socialiste...

23 oct 2015

Jean Racine (1639-1699) est le véritable représentant historique de la tragédie classique française. C'est lui qui parvient à combiner ses fondements : profondeur psychologique allant jusqu'à la portraitisation, simplicité dans l'organisation, symétrie permettant une certaine approche dialectique.

Avec Racine, on se sépare absolument de la tragédie en tant que représentation héroïque-aristocratique ayant une approche simplement morale. On arrive à une véritable dimension humaine, à un regard ample sur la psychologie, son développement, ses crises...

22 oct 2015

Pour que Jean Racine s'affirme, il faut une époque qui le produise matériellement. Il faut une forme et un contenu social adéquats. Or, ce n'est que lentement que le théâtre dispose de véritables locaux. En 1518, les Confrères de la Passion avaient arraché le monopole des représentations théâtrales, s'installant en 1548 dans une des salles de l’Hôtel de Bourgogne.

Mais leurs « mystères », représentations de scènes religieuses, furent interdits la même année, aussi ce sont des troupes ambulantes qui leur louèrent la salle. Le début du Roman comique de Scarron, en 1651, présente l'arrivée d'une troupe ambulante au Mans, de manière pittoresque, voire baroque...

21 oct 2015

A partir du moment où l’État exige des œuvres magnifiques témoignant idéologiquement de son existence, les polémiques ne pouvaient qu'être rapides et enfler aisément. Ce fut le cas lorsque Pierre Corneille publia en 1637 le Cid.

Trois grands problèmes se posent immédiatement...

20 oct 2015

L'œuvre marquante dans le cadre du combat contre l'irrégularité fut celle intitulée Pratique du théâtre, publiée en 1657 par François Hédelin, abbé d’Aubignac. Il synthétise, en effet, la question, en rétablissant ce que doit être la tragédie : non pas une catastrophe et des choses horribles, mais une situation extrêmement difficile pour quelqu'un de responsable.

C'est là le rétablissement de ce qu'aurait dû être la tragédie, si le calvinisme l'avait emporté, mais en remplaçant Dieu et sa morale par l’État et ses exigences...

18 oct 2015

L'intervention du cardinal de Richelieu dans le domaine du théâtre ne consistait pas qu'à encadrer les troupes et les auteurs et les orienter en faveur du régime. On a un saut qualitatif et le théâtre doit le réaliser.

Richelieu s'appuya ici surtout sur Jean Chapelain (1595-1674) et François Hédelin (1604-1676) connu sous le nom d'abbé d'Aubignac, dont la mission était de prôner la régularité dans les œuvres, une vraie recherche culturelle, véritablement approfondie. A ces deux figures s'ajoutent Hippolyte-Jules Pilet de La Mesnardière (16610-1663) et Jean-François Sarrasin (1614-1654)...

17 oct 2015

Ainsi, l'esprit libéré n'est que celui de la décadence baroque, de l'irrationnel. Il s'agit de s'opposer à l'humanisme et au calvinisme, par la fantaisie, le féerique, le fantastique, le romanesque sentimental.

Balthazar Baro (1596-1650) dans Célinde, insère un long passage en vers évoquant la tragédie d'Holopherne, en reprenant le thème biblique. Dans la pièce elle-même, qui est en prose, Célinde poignarde Floridan qu'on veut lui faire épouser sans son accord. Son amante Parthénice se tue, mais tous deux sortent du tombeau, tout n'était qu'illusion...

15 oct 2015

La décadence de la tragédie, associée au rejet des « anciens », correspond à l'idéologie catholique proche de la faction royale. Le divertissement d'une vie sociale et culturelle stupide irait de pair avec la religion comme seule valeur absolue.

L'apogée de ce processus se déroule avec Alexandre Le Hardy (1570-1632) dit Alexandre Hardy. C'est un écrivain typiquement au service d'une mode ; lui-même a affirmé avoir écrit six cent pièces, ce qui en dit long sur son peu d'exigence dans sa production. On ne retrouve de lui aujourd'hui qu'une douzaine de tragédies, 14 tragi-comédies, 3 poèmes dramatiques, 5 pastorales...

15 oct 2015

Sans le protestantisme pour assumer l'individu comme autonome, la tragédie ne pouvait pas se maintenir. Elle présentait les contradictions de l'individu, ses tourments face à la responsabilité : c'était là une problématique propre au calvinisme.

Il pouvait bien y avoir une récupération par la faction culturelle de la monarchie absolue, au moyen de Sénèque et de la vertu à respecter dans le cadre de l’État gérant la société, cela ne suffisait pas...

12 oct 2015

Antoine de Montchrestien (1575-1621) est une figure marquante de l'histoire de la tragédie ; il commence très tôt, avec succès : Sophonisbe jouée et publiée à Caen en 1596 marqua François de Malherbe, et à sa demande elle fut modifiée, sous la forme de La Carthaginoise ou la liberté en 1601.

La même année il écrit La Bergerie, Les Lacènes, David ainsi qu'Aman, L’Escossoise, ou le Desastre, qui devient en 1604 La Reine d’Escosse, et la même année Hector...

11 oct 2015

Regardons comme Robert Garnier, en tant que première grande figure de la tragédie française, aborde la question de la réalité selon l'angle du stoïcisme, s'opposant au calvinisme et se plaçant à distance du catholicisme.

Il s'agit de souligner ici les valeurs essentielles du stoïcisme comme idéologie conforme à l'aristocratie royale : le fait que l'ordre social soit efficace et implacable, que le sort des êtres humains doit être accepté tel quel, que la vertu est la valeur cardinale de la société. C'est là l'idéologie visant à cadrer les masses dans le nouveau régime...

10 oct 2015

Le grand secret de l'origine de la tragédie en France, de son succès, vient donc de là : c'est un moyen de s'opposer au calvinisme. La tragédie française naît du terreau stoïcien ; c'est la tragédie de Sénèque qui est la grande source intellectuelle.

Or, Jean Calvin est directement en opposition avec le stoïcisme, dont il rejette tant le concept d'apathie que celui de destin...

9 oct 2015

On a donc, au départ, une confrontation entre une version protestante de la tragédie et une version stoïcienne. Ce qui allait l'emporter dépendant nécessairement de l'histoire de la France. Si le protestantisme l'emportait, la tragédie serait restée comme esprit de témoignage de l'adversité mais cela aurait été son seul contenu ; cela ne se serait guère maintenu, s'effaçant devant le prêche.

Comme ce ne fut pas le cas, la « tragédie humaniste » s'est maintenue, s'appuyant sur la monarchie absolue se renforçant. Puisqu'on ne peut pas puiser dans le protestantisme et qu'on ne veut pas vraiment puiser dans le catholicisme, alors il reste l'antiquité gréco-romaine, les Sophocle, Euripide et Sénèque...

7 oct 2015

La découverte protestante de la tragédie eut immédiatement une réponse de la part de la Pléiade, le groupe de poètes dont la figure tutélaire est Ronsard et dont le choix fut de soutenir le régime.

La seconde tragédie écrite en français fut ainsi la Cléopâtre captive d'Étienne Jodelle (1532-1573), lui-même un farouche anti-protestant. Sa position, ainsi que celle de la Pléiade, était par contre davantage liée à la monarchie absolue qu'au catholicisme...

4 oct 2015

La grande preuve du caractère indéniablement moderne, français de la tragédie classique française est que la première tragédie écrite et mise en scène l'a été par un protestant, Théodore de Bèze (1519-1605).

En raison des persécutions à l'encontre du calvinisme, Abraham sacrifiant fut jouée à Lausanne, en 1550. Théodore de Bèze était pas moins que le successeur de Jean Calvin, et il est significatif sur le plan de l'histoire de la formation nationale de la France qu'il a qualifié sa pièce de « tragédie française »...

4 oct 2015

La France naît avec François Ier, se développe avec Henri IV, existe en tant que tel avec Louis XIV. Tel est le point de vue matérialiste dialectique sur la nation française, que les gens « de droite » s'imaginent née avec Clovis, que les gens « de gauche » croient fondée avec la révolution française.

La nation apparaît avec les tout début du capitalisme, lorsque se forme la base du marché national, les premières villes qui développent la culture. La langue se généralise sur un certain territoire ; une formation psychique commune se forme...

17 aoû 2015

Dans la nouvelle Micromégas, Voltaire fait intervenir deux extra-terrestres gigantesques qui viennent sur la planète Terre. Ils n'y rencontrent que des hommes imbus d'eux-mêmes et prompts aux massacres, à part un qui, justement, s'avère un disciple de John Locke.

Les extra-terrestres l'apprécient particulièrement, et on devine bien entendu que c'est le point de vue de Voltaire, dont la Lettre philosophique XIII est par ailleurs un éloge de John Locke...

10 aoû 2015

Milieu d'intellectuels et de petit-bourgeois, le surréalisme s'est naturellement tourné vers le trotskysme. En octobre 1925, André Breton saluait dans La Révolution surréaliste la publication d'un ouvrage de Léon Trotsky sur Lénine. André Breton y saluait la révolution en général, sans jamais aborder la question de l'économie politique, et la conclusion de l'article est révélatrice :

« Vive donc Lénine ! Je salue ici très bas Léon Trotsky, lui qui a pu, sans le secours de bien des illusions qui nous restent et sans peut-être comme nous croire à l'éternité, maintenir pour notre enthousiasme cet inoubliable mot d'ordre : « Et si le tocsin retentit en Occident, - et il retentira, - nous pourrons être alors enfoncés jusqu'au cou dans nos calculs, dans nos bilans, dans la N.E.P., mais nous répondrons à l'appel sans hésitation et sans retard : nous sommes révolutionnaires de la tête aux pieds, nous l'avons été, nous le resterons jusqu'au bout. »...

9 aoû 2015

Le surréalisme se développe alors que la révolution russe a triomphé en 1917 et qu'un nouveau régime s'est instauré, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Sur le plan des idées et celui de la pratique, le surréalisme n'a strictement rien à voir avec le mouvement ouvrier, ni avec la social-démocratie.

Toutefois, André Breton va entraîner le surréalisme à se prétendre communiste. La situation était absolument différente d'à la Belle Époque, où la bourgeoisie semblait critiquable pour son confort, mais également invincible...

8 aoû 2015

Nadja se conclue sur une formule-choc, typique d'André Breton :

« La beauté sera CONVULSIVE OU ne sera pas. »

C'est là le principe des artistes en quête d'« événements » : il leur faut des choses qui se passent, qui soient « à la hauteur » de leur subjectivité. On a ici la même position que chez le romantisme, le « mal du siècle », où les romantiques s'imaginent nés à la mauvaise époque, étant capable de pleins choses sans être reconnu institutionnellement malheureusement, etc...

5 aoû 2015

André Breton est celui qui va organiser la rupture avec le dadaïsme, dadaïsme trop coupé de la tradition française symboliste-décadentiste assumée entièrement par André Breton, qui n'aura de cesse de se réfèrer aux symbolistes, considérés comme des précurseurs. Cela est tellement vrai que si les surréalistes se revendiquent ouvertement du marquis de Sade, ils le font uniquement en saluant sa rupture avec ce qui est raisonnable, sans pour autant en rien le suivre sur le terrain de l'ignoble, de la nécrophilie, etc.

Tout tourne autour du symbolisme; le surréalisme se veut un symbolisme « pur », débarrassé de son « idéalisme » et en fait, si on le comprend bien, alors on voit que le surréalisme se présente dans ce qui manquait au romantisme français par rapport au romantisme allemand...

4 aoû 2015

Ayant maille à partir avec la police suisse soupçonneuse vis-à-vis des étrangers, Tristan Tzara s'installe à Paris en 1920, rejoignant le peintre Francis Picabia (1879-1953) qui lui avait rendu visite à Zurich ainsi que soutenu.

Il est alors l'invité « surprise » d'une matinée organisée par la revue « Littérature » publiée par André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault. Très vite il y a une matinée Dada, où la présence de Charlie Chaplin (censé avoir adhéré au mouvement) est faussement annoncé, et où les manifestes dada sont accueillis à coups de cris et de jets divers d'un public finissant par être évacué...

1 aoû 2015

Les deux grandes jeunes figures s'agitant dans la scène artistique au début du XXe siècle sont Tristan Tzara et André Breton ; Tristan Tzara a initialement joué le rôle moteur.

Tristan Tzara, de son vrai nom Samuel Rosenstock (1896-1963), est un juif roumain, issu de la haute bourgeoisie et massivement influencé par le symbolisme français ainsi que par Guillaume Apollinaire...

31 juil 2015

L'intervention « poétique » de Stéphane Mallarmé et de Guillaume Apollinaire eut un franc succès dans la nouvelle génération d'artistes parisiens suivant immédiatement celle ayant porté le décadentisme-symbolisme. Une « poétique » apparaît, simplement subjectiviste, sans prétention idéaliste comme dans le décadentisme-symbolisme : la bourgeoisie décadente ne fait plus semblant d'avoir des valeurs idéales qu'elle porterait ou chercherait à atteindre. C'est le règne du libéralisme, c'est le culte de l'individu. 

Guillaume Apollinaire tenta même de réaliser une pièce de théâtre « moderne » ; intitulé Les Mamelles de Tirésias, elle fut présentée comme un « drame surréaliste » à l'initiative du poète Pierre Albert-Birot, qui privilégiait cela à « drame surnaturaliste »...

29 juil 2015

Le décadentisme-symbolisme consistait en une construction idéologique sur une base sociale très précise : celle de la belle époque. Mais cette base capitaliste passait à l'impérialisme, débouchant sur la terrible, sanglante première guerre mondiale.

Il va de soi que l'attitude des décadentistes-symbolistes devait évoluer. La quête d'idéal, correspondant au rêve de tranquillité de la bourgeoisie s'imaginant pouvoir vivre éternellement dans le confort, devait nécessairement disparaître...

28 juil 2015

La figure de « Joris-Karl » Huysmans est incontournable du décadentisme de la fin du XIXe siècle, qui est de fait principalement un romantisme noir ; le roman Là-bas de « Joris-Karl » Huysmans, paru en 1891, traite de la scène parisienne de l'occultisme, du spiritisme, de l'astrologie, avec une fascination profonde pour le diable, etc., alors que le personnage principal étudiant la figure de  Gilles de Rais, le principal compagnon de Jeanne d'Arc qui fut mis à mort pour le viol et la mise à mort d'une centaine d'enfants.

En voici un extrait, dont on reconnaît le kitsch déjà présent chez Charles Baudelaire...

27 juil 2015

Voici un passage d'À rebours de « Joris-Karl » Huysmans, où le dandy décide d'avoir une tortue afin d'avoir du mouvement dans son logement, dans une couleur adapté au reste. Il finit par incruster par des pierres précieuses dans l'animal, qui finira par mourir. On a ici un exemple absolu de caprice grotesque et élitiste à prétention esthétique, typique du décadentisme.

« Le monsieur salua, déposa, dans la salle à manger, sur le parquet de pitch-pin, son bouclier qui oscilla, se soulevant un peu, allongeant une tête serpentine de tortue qui, soudain effarée, rentra sous sa carapace. »

26 juil 2015

Symbolisme et surréalisme - 7e partie : À rebours

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Charles Marie Georges Huysmans (1848-1907), connu sous le nom de « Joris-Karl » Huysmans, fit publier en 1884 un roman qui devint en quelque sorte le manuel décadentiste: À rebours.

Y est en effet compté toute une période de la vie de Jean des Esseintes, dandy profondément élitiste et basculant dans le spleen alors qu'il s'est installé à l'écart de Paris...

25 juil 2015

Paul Verlaine est celui qui a joué le rôle le plus important sur le plan technique de la langue française au XIXe siècle. En ce sens, il a un rôle historique, dépassant son propre décadentisme en tant qu'aventure individuelle. Le principe de Verlaine était le suivant : il fallait insuffler à la langue française de la fluidité - tout au moins, en apparence.

La difficulté qu'il y a en effet à saisir la démarche de Paul Verlaine est propre au décadentisme : si les décadentistes apportent quelque chose de nouveau, ils prétendent en même temps rejeter la modernité...

23 juil 2015

Paul Verlaine n'a pas fait que donner un socle au culte d'Arthur Rimbaud, il a également systématisé le symbolisme à la française au moyen du concept des « poètes maudits ». Il s'agit là du titre de deux éditions, en 1884 et 1888, présentant dans trois longs articles des œuvres ainsi que leurs auteurs, mis en avant comme incompris mais exceptionnels, etc.

On y retrouve tout d'abord Tristan Corbière, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé, à qui sont ajoutés ensuite Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de l'Isle-Adam et Pauvre Lelian (anagramme de Paul Verlaine)...

19 juil 2015

Joseph-Aimé « Joséphin » Péladan ne fut que l'expression la plus pointue d'un courant généralisé au sein de la bourgeoisie « fin de siècle » : le décadentisme. Les opinions traditionalistes révolutionnaires de « Joséphin » Péladan étaient celle d'une foule d'artistes, qui tous célébraient la décadence tout en la dénonçant, précisément comme Friedrich Nietzsche en Allemagne.

Le terme de décadentiste était à l'époque équivalent de symboliste, les deux termes n'étant par ailleurs pas vraiment définis, ce qui est logique dans une démarche subjectiviste, fut-elle prétendument élitiste...

27 mai 2015

Né en Ukraine en 1895, Eugène Schkaff a suivi sa famille fuyant la révolution russe de 1917 et il devint Jean Fréville, naturalisé français en 1927. La même année il décide de rejoindre le Parti Communiste - SFIC et assiste à Moscou au 10e anniversaire de la révolution.

Il devient alors directement l'une des principales figures intellectuelles du Parti Communiste, écrivant dans l'Humanité en tant que chroniqueur littéraire hebdomadaire à partir de mars 1931 et publiant différents ouvrages au sujet du réalisme socialiste en URSS, comme Les Grands textes du marxisme sur la littérature et l'art publié en 1937 et L'art et la vie sociale — Plékhanov et les problèmes de l'art publié en 1949.

Dans ce dernier ouvrage, il précise sa vision des choses, dénaturant le réalisme socialiste en « esthétique militante », le dégradant au rôle d'orientation, sans jamais prendre en compte la théorie matérialiste dialectique du reflet...

17 mai 2015

Le colonialisme est un phénomène social qui a, au cours de son développement, élaboré une idéologie raciste. Ce n'est pas le racisme en tant qu'idéologie qui a donné naissance au colonialisme en tant que réalité matérielle, mais l'inverse.

Or, au cours du XXe siècle, le « post-modernisme » a prétendu qu'il existait un « racisme » qui serait « matériel ». Il y aurait un coupable qui serait « l'homme blanc », auquel s'opposerait une figure « pure », car toujours opprimée et jamais oppressante : celle du colonisée.

Aimé Césaire (1913-2008) fut l'un des principaux défenseurs de cette conception, participant de son côté au mouvement dit de la « négritude », jouant ainsi un rôle éminemment contre-révolutionnaire au sein du Parti Communiste français...

7 mai 2015

L'immense Honoré de Balzac était un auteur réaliste, mais son point de vue personnel le rattachait aux romantiques. Voici comment dans Sur Catherine de Médicis, il présente de manière très agressive Jean Calvin, alors que dans son roman il est, comme d'habitude avec son réalisme, obligé de faire une distinction entre le calvinisme opportuniste des nobles et celui, plein d'élan, de vigueur, de vérité, du calvinisme bourgeois.

Calvin, qui ne se nommait pas Calvin, mais Cauvin, était le fils d’un tonnelier de Noyon en Picardie. Le pays de Calvin explique jusqu’à un certain point l’entêtement mêlé de vivacité bizarre qui distingua cet arbitre des destinées de la France au seizième siècle...

5 avr 2015

Paul Éluard (1895-1952) est une figure très importante dans l'histoire du Parti Communiste français. Il représente, en effet, le courant surréaliste l'ayant infiltré, l'ayant subverti : Paul Éluard et Louis Aragon ont formé un tandem particulièrement pernicieux.

Dans les années 1920, on sait que les Partis Communistes, tant en Russie qu'en Europe, ont été rejoints par une série d'artistes vivant la bohème et imaginant que leurs propres prétentions « avant-gardistes » correspondaient au communisme...

5 avr 2015

LA RÉVOLUTION D’ABORD ET TOUJOURS !

Le monde est un entre-croisement de conflits qui, aux yeux de tout homme un peu averti, dépassent le cadre d’un simple débat politique ou social. Notre époque manque singulièrement de voyants. Mais il est impossible à qui n’est pas dépourvu de toute perspicacité de n’être pas tenté de supputer les conséquences humaines d’un état de choses absolument bouleversant...

5 avr 2015

Paul Eluard sur Victor Hugo

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Pour le 150e anniversaire de la naissance de Victor Hugo, Eluard a séjourné à Moscou du 25 février au 4 mars 1952; le petit-fils de Victor Hugo, Jean Hugo, était également présent. A cette occasion, Eluard prononça une allocution le 25 février, intitulée « Hugo, poète vulgaire ». Le lendemain, il tint une autre allocution, intitulée « Victor Hugo », qui est extrêmement proche.

Les voici toutes deux, précédé d'un autre discours, tenu le 1er mars devant l'école de garçons N 607. On y retrouve une version totalement bourgeoise de Victor Hugo, tout à fait en conformité avec le révisionnisme, et en rien avec le matérialisme dialectique...

7 Jan 2015

Un roman, c'est une œuvre de fiction qui obéit à des critères : soit il s'agit d'un roman avec un héros traditionnel, soit d'un roman réaliste dressant le portrait synthétique propre à une époque, ou bien c'est un roman moderne avec un anti-héros dans l'optique de refuser à la fois le principe de narration et celui de personnage.

La bourgeoisie traditionnelle soutient la première forme, le matérialisme dialectique la seconde, le post-modernisme et le fascisme la troisième.

Soumission, le roman de Michel Houellebecq qui sort aujourd'hui, tend naturellement à être un roman moderne, c'est-à-dire l'expression tourmentée et décousue d'un anti-héros se marginalisant et dressant un tableau cynique du monde en contradiction avec ses « pulsions vitales »...

5 déc 2014

Jean Racine est un des trois grands portraitistes de notre pays, aux côtés de Molière et Honoré de Balzac. Comme la psychologie est l'aspect principal de son étude, ce qui est caractéristique de la démarche française du portrait, jetons un œil sur un exemple précis pour en voir les aspects matérialistes, voire matérialiste dialectique.

Regardons pour cela l'oeuvre appelée Bérénice, et plus précisément l'acte IV scène IV. Titus vient de perdre son père et doit devenir roi de Rome. Le problème est qu'il est en couple avec la reine de Palestine, Bérénice..

29 juil 2014

Ce qu'on appelle le roman moderne, c'est en réalité la prise en main de la rédaction des romans par des bourgeois dont la vision du monde est celle de la phénoménologie. C'est cette perspective fondée sur le subjectivisme dans les phénomènes qui explique pourquoi les auteurs ont supprimé l'origine sociale des personnages, les descriptions, la représentation de la société.

Il suffit de comprendre un tant soit peu la base de la phénoménologie pour voir dans quelle mesure les œuvres d'Albert Camus témoignent parfaitement de ce subjectivisme. Ses romans L'étrangerLa peste et La chute, sont entièrement construits sur cette base. Voici le tout début, l'incipit de L'étranger...

15 Jan 2014

Homère - L'Illiade - Chants XVI à XX

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CHANT XVI

  C'était ainsi que, pour ce vaisseau solidement charpenté, les guerriers combattaient. Pendant ce temps, Patrocle se tenait debout auprès d'Achille pasteur des guerriers, versant de chaudes larmes, comme une source à l'eau noire qui fait couler son eau sombre du haut d'un roc escarpé. En le voyant, le divin Achille aux pieds rapides fut pris de compassion. Prenant alors la parole, il dit ces mots ailés :

 

15 Jan 2014

Homère - La Batrachomyomachie

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Muses daignez abandonner les hauteurs de l'Hélicon, venez dans mon âme m'inspirer mes vers. Mes tablettes sont placées sur mes genoux, je vais apprendre à tous les hommes une grande querelle, ouvrage terrible du dieu Arès : comment les rats marchèrent contre les grenouilles, comment ils imitèrent dans leurs exploits ces mortels qui passent pour être les géants fils de Gaïa.

Voici quel fut le principe de la guerre :

9 sep 2013

Julius Fučík, né le 23 février 1903, à Smichov, un quartier ouvrier dans la banlieue de Prague, est un journaliste tchécoslovaque qui a rejoint très jeune les rangs du Parti Communiste. Son père était métallurgiste ; lui-même est le neveu de son homonyme, compositeur auteur de la mondialement célèbre Entrée des gladiateurs, notamment utilisé par les cirques.

Intéressé très tôt par la littérature, il rejoignit parallèlement l'aile gauche de la social-démocratie, qui forma le Parti Communiste de Tchécoslovaquie. Il écrivit alors pour le journal communiste de la ville de Plzeň, puis ses études finies, il participa à différents journaux et revues d'esprit littéraire...

28 juil 2013

Rokeya Shekhawat Hossein, Le rêve de Sultana (1905)

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« Un soir, je me prélassais dans un fauteuil dans ma chambre et je pensais avec langueur à la condition de la femme indienne. Je ne suis pas sûre si je me suis assoupie ou non mais, aussi loin que je me souvienne, j'étais bien éveillée. J'ai regardé le ciel, éclairée par la seule lune, scintillant de centaines d'étoiles telles des diamants et ce, très distinctement. Tout d'un coup, une femme se tenait devant moi ; comment elle est arrivée là, je n'en sais rien. Je l'ai prise pour mon amie, Sœur Sara... »

12 mai 2013

« Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu'il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu'il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c'est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. »

10 mai 2013

La question Franz Kafka a été l'une des grandes questions culturelles du mouvement communiste.  L'expressionnisme véritable renverse l'impressionnisme et tente d'exprimer la réalité, coûte que coûte, en assumant le monde intérieur. S'agit-il d'un réalisme propre à une situation particulière, d'un réalisme « tourmenté » ? Ou bien d'un réalisme ayant décadé ?...

17 nov 2012

Baudelaire : Les foules

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Multitude, solitude : termes égaux et convertibles pour le poëte actif et fécond. Qui ne sait pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée. (...) Le promeneur solitaire et pensif tire une singulière ivresse de cette universelle communion. (...) Il adopte comme siennes toutes les professions, toutes les joies et toutes les misères que la circonstance lui présente.

30 oct 2012

Prose poétique contre formalisme académique

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La France a été profondément marqué par la pensée classique-formelle née lors de la monarchie absolue. Cela a apporté un sens formel de la rigueur extrêmement avancé. La France a eu le goût de la méthode, Descartes en a été un théoricien, et les lignes de Boileau dans l'Art poétique résument parfaitement ce sens français :

19 oct 2012

Baudelaire : Le vieux saltimbanque

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« Mais quel regard profond, inoubliable, il promenait sur la foule et les lumières, dont le flot mouvant s’arrêtait à quelques pas de sa répulsive misère ! Je sentis ma gorge serrée par la main terrible de l’hystérie, et il me sembla que mes regards étaient offusqués par ces larmes rebelles qui ne veulent pas tomber. »

18 oct 2012

Baudelaire : Le mauvais vitrier

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« Comment ? vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n’avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! »

28 fév 2012

Marine Le Pen a osé attaqué Baudelaire: « Le livre sur ma table de chevet, ce sont les 'Fleurs du mal' de Baudelaire et je ne suis pas une droguée syphilitique. » Une phrase d'une barbarie sans nom ; elle est une insulte fondamentale à la culture française. Les romantiques étaient des idéalistes, mais ils avaient comme but de stopper la schizophrénie entre vie privée et vie sociale. Et si Baudelaire était un « dandy » ou voulait en être un, sa vie privée ne se résumait certainement pas à être un « drogué syphilitique. »

14 sep 2011

Isaac Asimov et le Cycle Fondation

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Isaac Asimov – Le cycle de fondation (1951-1992)

A la suite du cycle des Robots, où Asimov posait les questions de ce que signifierait l’existence de robots pour l’identité humaine et sa vie quotidienne, le principal auteur de science-fiction du 20ème siècle a décidé de considérer l’avenir de l’humanité dans son rapport avec l’univers.

20 juil 2011

La bourgeoisie a permis l’avènement de l’individu et c’est là son mérite, mais elle donne naissance également par la suite à l’individualisme, dans toute sa confusion mentale, et cela est critiquable.

La bourgeoisie française a lutté de manière exemplaire contre les forces féodales ; sa révolution a été exemplaire et considérée comme un modèle pour toutes les bourgeoisies du monde. Et il faut bien souligner que sa décadence est tout aussi exemplaire.

21 Jan 2011

La bourgeoisie célèbre l'écrivain fasciste Céline

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L'écrivain fasciste Louis-Ferdinand Céline figure sur le catalogue des célébrations 2011, à l'occasion des 50 ans de sa mort.

Le discours hypocrite de la bourgeoisie sur Céline est désormais connu et maintes fois rabaché : "Certes, Céline a été à un moment de sa vie violemment antisémite - et il faut le condamner - mais il n'en demeure pas moins un immense écrivain qui a révolutionné la littérature avec "Voyage au bout de la nuit" et "Mort à crédit"... (on a droit généralement ici à une litanie sur le fait qu'il y a eu un "avant" et un "après" Céline)"...

13 nov 2010

La skins secret party de Houellebecq et Despentes

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Michel Houellebecq a donc gagné le « prix Goncourt » et Virginie Despentes le « prix Renaudot. »

Ces deux prix littéraires typiquement bourgeois sacralisent donc deux auteurs décadents « au possible », dont la vulgarité n'a comme équivalent que la misère littéraire, et dont la fausse subversion n'est comparable qu'au nihilisme lamentable de ces auteurs.

22 juin 2010

La bourgeoisie a permis l'avènement de l'individu et c'est là son mérite, mais elle donne naissance également par la suite à l'individualisme, dans toute sa confusion mentale, et cela est critiquable.

La bourgeoisie française a lutté de manière exemplaire contre les forces féodales ; sa révolution a été exemplaire et considérée comme un modèle pour toutes les bourgeoisies du monde. Et il faut bien souligner que sa décadence est tout aussi exemplaire...

20 fév 1978

Le cardinal de Lorraine s’était rendu maître absolu de l’esprit de la reine mère : le vidame de Chartres n’avait plus aucune part dans ses bonnes graces, et l’amour qu’il avait pour madame de Martigues et pour la liberté l’avait même empêché de sentir cette perte autant qu’elle méritait d’être sentie. Ce cardinal, pendant les dix jours de la maladie du roi, avait eu le loisir de former ses desseins, et de faire prendre à la reine des résolutions conformes à ce qu’il avait projeté ; de sorte que, sitôt que le roi fut mort, la reine ordonna au connétable de demeurer aux Tournelles, auprès du corps du feu roi, pour faire les cérémonies ordinaires. Cette commission l’éloignait de tout, et lui ôtait la liberté d’agir. Il envoya un courrier au roi de Navarre, pour le faire venir en diligence, afin de s’opposer ensemble à la grande élévation où il voyait que MM. de Guise allaient parvenir...

20 fév 1978

Cependant, quelque rempli et quelque occupé que je fusse de cette nouvelle liaison avec la reine, je tenais à madame de Thémines par une inclination naturelle que je ne pouvais vaincre. Il me parut qu’elle cessait de m’aimer, et, au lieu que, si j’eusse été sage, je me fusse servi du changement qui paraissait en elle pour aider à me guérir, mon amour en redoubla, et je me conduisais si mal que la reine eut quelque connaissance de cet attachement. La jalousie est naturelle aux personnes de sa nation, et peut-être que cette princesse a pour moi des sentiments plus vifs qu’elle ne pense elle-même. Mais enfin le bruit que j’étais amoureux lui donna de si grandes inquiétudes et de si grands chagrins, que je me crus cent fois perdu auprès d’elle. Je la rassurai enfin à force de soins, de soumissions et de faux serments ; mais je n’aurais pu la tromper long-temps, si le changement de madame de Thémines ne m’avait détaché d’elle malgré moi...

20 fév 1978

Vous savez l’amitié qu’il y a entre Sancerre et moi ; néanmoins il devint amoureux de madame de Tournon, il y a environ deux ans, et me le cacha avec beaucoup de soin, aussi-bien qu’à tout le reste du monde : j’étais bien éloigné de le soupçonner. Madame de Tournon paraissait encore inconsolable de la mort de son mari, et vivait dans une retraite austère. La sœur de Sancerre était quasi la seule personne qu’elle vît, et c’était chez elle qu’il en était devenu amoureux.

Un soir qu’il devait y avoir une comédie au Louvre, et que l’on n’attendait plus que le roi et madame de Valentinois pour commencer, l’on vint dire qu’elle s’était trouvée mal, et que le roi ne viendrait pas. On jugea aisément que le mal de cette duchesse était quelque démêlé avec le roi : nous savions les jalousies qu’il avait eues du maréchal de Brissac pendant qu’il avait été à la cour, mais il était retourné en Piémont depuis quelques jours, et nous ne pouvions imaginer le sujet de cette brouillerie...

20 fév 1978

La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri II. Ce prince était galant, bien fait, et amoureux : quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants.

Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations : c’était tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements. Les couleurs et les chiffres de madame de Valentinois paraissaient par-tout, et elle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvait avoir mademoiselle de la Marck, sa petite-fille, qui était alors à marier...

25 avr 1963

La camarade Jiang Qing a proposé de commencer par lire des œuvres littéraires et, ensuite, d'étudier des documents et matériaux ayant trait à ces problèmes, avant d'ouvrir la discussion.

Elle nous a recommandé la lecture des œuvres du président Mao ayant trait à ces problèmes.

Elle a eu 8 entretiens particuliers avec des camarades de l'armée, elle a participé à 4 discussions collectives et a assisté en notre compagnie à 13 projections cinématographiques et à 3 représentations théâtrales.

Elle a échangé des vues avec nous au cours même de la projection de ces films et de la représentation de ces pièces...

20 fév 1957

MON RÉVÉREND PÈRE,

Il y a longtemps que vous travaillez à trouver quelque erreur dans vos adversaires ; mais je m’assure que vous avouerez à la fin qu’il n’y a peut-être rien de si difficile que de rendre hérétiques ceux qui ne le sont pas, et qui ne fuient rien tant que de l’être. J’ai fait voir, dans ma dernière Lettre, combien vous leur aviez imputé d’hérésies l’une après l’autre, manque d’en trouver une que vous ayez pu longtemps maintenir ; de sorte qu’il ne vous était plus resté que de les en accuser, sur ce qu’ils refusaient de condamner le sens de Jansénius, que vous vouliez qu’ils condamnassent sans qu’on l’expliquât. C’était bien manquer d’hérésies à leur reprocher que d’en être réduit là. Car qui a jamais ouï parler d’une hérésie que l’on ne puisse exprimer ? Aussi on vous a facilement répondu, en vous représentant que, si Jansénius n’a point d’erreurs, il n’est pas juste de le condamner ; et que, s’il en a, vous deviez les déclarer, afin que l’on sût au moins ce que c’est que l’on condamne. Vous ne l’aviez néanmoins jamais voulu faire ; mais vous aviez essayé de fortifier votre prétention par des décrets qui ne faisaient rien pour vous, puisqu’on n’y explique en aucune sorte le sens de Jansénius, qu’on dit avoir été condamné dans ces cinq propositions. Or ce n’était pas là le moyen de terminer vos disputes...

20 fév 1957

MON RÉVÉREND PÈRE,

Votre procédé m’avait fait croire que vous désiriez que nous demeurassions en repos de part et d’autre, et je m’y étais disposé. Mais vous avez depuis produit tant d’écrits en peu de temps, qu’il paraît bien qu’une paix n’est guère assurée quand elle dépend du silence des Jésuites. Je ne sais si cette rupture vous sera fort avantageuse ; mais pour moi, je ne suis pas fâché qu’elle me donne le moyen de détruire ce reproche ordinaire d’hérésie dont vous remplissez tous vos livres.

Il est temps que j’arrête une fois pour toutes cette hardiesse que vous prenez de me traiter d’hérétique, qui s’augmente tous les jours. Vous le faites dans ce livre que vous venez de publier d’une manière qui ne se peut plus souffrir, et qui me rendrait enfin suspect, si je ne vous y répondais comme le mérite un reproche de cette nature. J’avais méprisé cette injure dans les écrits de vos confrères, aussi bien qu’une infinité d’autres qu’ils y mêlent indifféremment...

20 fév 1956

MES RÉVÉRENDS PÈRES,

Voici la suite de vos calomnies, où je répondrai d’abord à celles qui restent de vos Avertissements. Mais comme tous vos autres livres en sont également remplis, ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur. ce sujet autant que je le jugerai nécessaire. Je vous dirai donc en un mot, sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre Mr d’Ypres, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d’une de ses lettres, qui, étant capables d’un bon sens, doivent être prises en bonne part, selon l’esprit de l’Église, et ne peuvent être prises autrement que selon l’esprit de votre Société. Car pourquoi voulez-vous qu’en disant à son ami : Ne vous mettez point tant en peine de votre neveu, je lui fournirai ce qui est nécessaire de l’argent qui est entre mes mains, il ait voulu dire par là qu’il prenait cet argent pour ne le point rendre, et non pas qu’il l’avançait seulement pour le remplacer ? Mais ne faut-il pas que vous soyez bien imprudents d’avoir fourni vous-mêmes la conviction de votre mensonge par les autres lettres de Mr d’Ypres, que vous avez imprimées, qui marquent visiblement que ce n’était en effet que des avances, qu’il devait remplacer ? C’est ce qui paraît dans celle que vous rapportez, du 30 juillet 1619, en ces termes qui vous confondent : Ne vous souciez pas des avances ; il ne lui manquera rien tant qu’il sera ici. Et par celle du 6 janvier 1620, où il dit : Vous avez trop de hâte, et quand il serait question de rendre compte, le peu de crédit que j’ai ici me ferait trouver de l’argent au besoin...

20 fév 1956

MES RÉVÉRENDS PÈRES,

Puisque vos impostures croissent tous les jours, et que vous vous en servez pour outrager si cruellement toutes les personnes de piété qui sont contraires à vos erreurs, je me sens obligé, ont leur intérêt et pour celui de l’Église, de découvrir un mystère de votre conduite, que j’ai promis il y a longtemps, afin qu’on puisse reconnaître par vos propres maximes quelle foi l’on doit ajouter à vos accusations et à vos injures.

Je sais que ceux qui ne vous connaissent pas assez ont peine à se déterminer sur ce sujet, parce qu’ils se trouvent dans la nécessité, ou de croire les crimes incroyables dont vous accusez vos ennemis, ou de vous tenir pour des imposteurs, ce qui leur paraît aussi incroyable. Quoi ! disent-ils, si ces choses-là n’étaient, des religieux les publieraient-ils, et voudraient-ils renoncer à leur conscience, et se damner par ces calomnies ? Voilà la manière dont ils raisonnent ; et ainsi, les preuves visibles par lesquelles on ruine vos faussetés rencontrant l’opinion qu’ils ont de votre sincérité, leur esprit demeure en suspens entre l’évidence de la vérité, qu’ils ne peuvent démentir, et le devoir de la charité qu’ils appréhendent de blesser...

20 fév 1956

MES RÉVÉRENDS PÈRES,

Si je n’avais qu’à répondre aux trois impostures qui restent sur l’homicide, je n’aurais pas besoin d’un long discours, et vous les verrez ici réfutées en peu de mots : mais comme je trouve bien plus important de donner au monde de l’horreur de vos opinions sur ce sujet que de justifier la fidélité de mes citations, je serai obligé d’employer la plus grande partie de cette lettre à la réfutation de vos maximes, pour vous représenter combien vous êtes éloignés des sentiments de l’Église, et même de la nature. Les permissions de tuer, que vous accordez en tant de rencontres, font paraître qu’en cette matière vous avez tellement oublié la loi de Dieu, et tellement éteint les lumières naturelles, que vous avez besoin qu’on vous remette dans les principes les plus simples de la religion et du sens commun ; car qu’y a-t-il de plus naturel que ce sentiment qu’un particulier n’a pas droit sur la vie d’un autre ? Nous en sommes tellement instruits de nous-mêmes, dit saint Chrysostome, que, quand Dieu a établi le précepte de ne point tuer, il n’a pas ajouté que c’est à cause que l’homicide est un mal ; parce, dit ce Père, que la loi suppose qu’on a déjà appris cette vérité de la nature...

20 fév 1956

MES RÉVÉRENDS PÈRES,

Je viens de voir votre dernier écrit, où vous continuez vos impostures jusqu’à la vingtième, en déclarant que vous finissez par là cette sorte d’accusation, qui faisait votre première partie, pour en venir à la seconde, où vous devez prendre une nouvelle manière de vous défendre, en montrant qu’il y a bien d’autres casuistes que les vôtres qui sont dans le relâchement aussi bien que vous. Je vois donc maintenant, mes Pères, à combien d’impostures j’ai à répondre : et puisque la quatrième où nous en sommes demeurés est sur le sujet de l’homicide, il sera à propos, en y répondant, de satisfaire en même temps à la 11, 13, 14, 15, 16, 17 et 18 qui sont sur le même sujet...

16 fév 1956

MES RÉVÉRENDS PÈRES,

J’étais prêt à vous écrire sur le sujet des injures que vous me dites depuis si longtemps dans vos écrits, où vous m’appelez impie, bouffon, ignorant, farceur, imposteur, calomniateur, fourbe, hérétique, calviniste déguisé, disciple de Du Moulin, possédé d’une légion de diables, et tout ce qu’il vous plaît. Je voulais faire entendre au monde pourquoi vous me traitez de la sorte, car je serais fâché qu’on crût tout cela de moi ; et j’avais résolu de me plaindre de vos calomnies et de vos impostures, lorsque j’ai vu vos réponses, où vous m’en accusez moi-même. Vous m’avez obligé par là de changer mon dessein, et néanmoins je ne laisserai pas de le continuer en quelque sorte, puisque j’espère, en me défendant, vous convaincre de plus d’impostures véritables que vous ne m’en avez imputé de fausses. En vérité, mes Pères, vous en êtes plus suspects que moi ; car il n’est pas vraisemblable qu’étant seul comme le suis, sans force et sans aucun appui humain contre un si grand corps, et n’étant soutenu que par la vérité et la sincérité, je me sois exposé à tout perdre, en m’exposant à être convaincu d’imposture. Il est trop aisé de découvrir les faussetés dans les questions de fait comme celle-ci. Je ne manquerais pas de gens pour m’en accuser, et la justice ne leur en serait pas refusée. Pour vous, mes Pères, vous n’êtes pas en ces termes ; et vous pouvez dire contre moi ce que vous voulez, sans que je trouve à qui m’en plaindre...

16 fév 1956

MES RÉVÉRENDS PÈRES,

J’ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j’ai écrites à un de mes amis sur le sujet de votre morale, où l’un des principaux points de votre défense est que je n’ai pas parlé assez sérieusement de vos maximes : c’est ce que vous répétez dans tous vos écrits, et que vous poussez jusqu’à dire Que j’ai tourné les choses saintes en raillerie.

Ce reproche, mes Pères, est bien surprenant et bien injuste ; car en quel lieu trouvez-vous que je tourne les choses saintes en raillerie ? Vous marquez en particulier le contrat Mohatra, et l’histoire de Jean d’Alba. Mais est-ce cela que vous appelez des choses saintes ?..

14 fév 1956

MONSIEUR,

Ce n’est pas encore ici la politique de la Société, mais c’en est un des plus grands principes. Vous y verrez les adoucissements de la Confession, qui sont assurément le meilleur moyen que ces Pères aient trouvé pour attirer tout le monde et ne rebuter personne. Il fallait savoir cela avant que de passer outre ; et c’est pourquoi le Père trouva à propos de m’en instruire en cette sorte...

11 fév 1956

MONSIEUR,

Je ne vous ferai pas plus de compliment que le bon Père m’en fit la dernière fois que je le vis. Aussitôt qu’il m’aperçut, il vint à moi et me dit, en regardant dans un livre qu’il tenait à la main : Qui vous ouvrirait le Paradis, ne vous obligerait-il pas parfaitement ? Ne donneriez-vous pas les millions d’or pour en avoir une clef, et entrer dedans quand bon vous semblerait ? Il ne faut point entrer en de si grands frais ; en voici une, voire cent, à meilleur compte. Je ne savais si le bon Père lisait, ou s’il parlait de lui-même. Mais il m’ôta de peine en disant : Ce sont les premières paroles d’un beau livre du P. Barry de notre Société, car je ne dis jamais rien de moi-même. Quel livre, lui dis-je, mon Père ? En voici le titre, dit-il : Le Paradis ouvert à Philagie, par cent dévotions à la Mère de Dieu, aisées à pratiquer. Eh quoi ! mon Père, chacune de ces dévotions aisées suffit pour ouvrir le ciel ? Oui, dit-il ; voyez-le encore dans la suite des paroles que vous avez ouïes : Tout autant de dévotions à la Mère de Dieu que vous trouverez en ce livre sont autant de clefs du ciel qui vous ouvriront le Paradis tout entier, pourvu que vous les pratiquiez : et c’est pourquoi il dit dans la conclusion, qu’il est content si on en pratique une seule...

11 fév 1956

MONSIEUR,

Vous ne pensiez pas que personne eût la curiosité de savoir qui nous sommes ; cependant il y a des gens qui essayent de le deviner, mais ils rencontrent mal. Les uns me prennent pour un docteur de Sorbonne : les autres attribuent mes lettres à quatre ou cinq personnes, qui, comme moi, ne sont ni prêtres ni ecclésiastiques. Tous ces faux soupçons me font connaître que je n’ai pas mal réussi dans le dessein que j’ai eu de n’être connu que de vous, et du bon Père qui souffre toujours mes visites, et dont je souffre toujours les discours, quoique avec bien de la peine. Mais je suis obligé à me contraindre ; car il ne les continuerait pas, s’il s’apercevait que j’en fusse si choqué ; et ainsi je ne pourrais m’acquitter de la parole que je vous ai donnée, de vous faire savoir leur morale. Je vous assure que vous devez compter pour quelque chose la violence que je me fais. Il est bien pénible de voir renverser toute la morale chrétienne par des égarements si étranges, sans oser y contredire ouvertement. Mais, après avoir tant enduré pour votre satisfaction, je pense qu’à la fin j’éclaterai pour la mienne, quand il n’aura plus rien à me dire. Cependant je me retiendrai autant qu’il me sera possible ; car plus je me tais, plus il me dit de choses. Il m’en apprit tant la dernière fois, que j’aurai bien de la peine à tout dire. Vous verrez des principes bien commodes pour ne point restituer. Car, de quelque manière qu’il pallie ses maximes, celles que j’ai à vous dire ne vont en effet qu’à favoriser les juges corrompus, les usuriers, les banqueroutiers, les larrons, les femmes perdues et les sorciers, qui sont tous dispensés assez largement de restituer ce qu’ils gagnent chacun dans leur métier. C’est ce que le bon Père m’apprit par ce discours...

10 fév 1956

MONSIEUR,

Après avoir apaisé le bon Père, dont j’avais un peu troublé le discours par l’histoire de Jean d’Alba, il le reprit sur l’assurance que je lui donnai de ne lui en plus faire de semblables ; et il me parla des maximes de ses casuistes touchant les gentilshommes, à peu près en ces termes :

Vous savez, me dit-il, que la passion dominante des personnes de cette condition est ce point d’honneur qui les engage à toute heure à des violences qui paraissent bien contraires à la piété chrétienne ; de sorte qu’il faudrait les exclure presque tous de nos confessionnaux, si nos Pères n’eussent un peu relâché de la sévérité de la religion pour. s’accommoder à la faiblesse des hommes...

10 fév 1956

MONSIEUR,

Je vous ai dit à la fin de ma dernière lettre, que ce bon Père Jésuite m’avait promis de m’apprendre de quelle sorte les casuistes accordent les contrariétés qui se rencontrent entre leurs opinions et les décisions des Papes, des Conciles et de l’Écriture. Il m’en a instruit, en effet, dans ma seconde visite, dont voici le récit.

Ce bon Père me parla de cette sorte : Une des manières dont nous accordons ces contradictions apparentes est par l’interprétation de quelque terme. Par exemple, le pape Grégoire XIV a déclaré que les assassins sont indignes de jouir de l’asile des églises, et qu’on les en doit arracher...

6 fév 1956

Monsieur,

Voici ce que je vous ai promis : voici les premiers traits de la morale des bons Pères Jésuites, de ces hommes éminents en doctrine et en sagesse qui sont tous conduits par la sagesse divine, qui est plus assurée que toute la Philosophie. Vous pensez peut-être que je raille : je le dis sérieusement, ou plutôt ce sont eux-mêmes qui le disent dans leur livre intitulé : Imago primi saeculi. Je ne fais que copier leurs paroles, aussi bien que dans la suite de cet éloge : C’est une société d’hommes, ou plutôt d’anges, qui a été prédite par Isaïe en ces paroles : Allez, anges prompts et légers. La prophétie n’en est-elle pas claire ? Ce sont des esprits d’aigles ; c’est une troupe de phénix, un auteur ayant montré depuis peu qu’il y en a plusieurs. Ils ont changé la face de la Chrétienté. Il le faut croire puisqu’ils le disent. Et vous l’allez bien voir dans la suite de ce discours, qui vous apprendra leurs maximes.

J’ai voulu m’en instruire de bonne sorte. Je ne me suis pas fié à ce que notre ami m’en avait appris. J’ai voulu les voir eux-mêmes ; mais j’ai trouvé qu’il ne m’avait rien dit que de vrai. Je pense qu’il ne ment jamais. Vous le verrez par le récit de ces conférences...

17 fév 1945

Benjamin Péret : Le déshonneur des poètes

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Si l’on recherche la signification originelle de la poésie, aujourd’hui dissimulée sous les mille oripeaux de la société, on constate qu’elle est le véritable souffle de l’homme, la source de toute connaissance et cette connaissance elle-même sous son aspect le plus immaculé. En elle se condense toute la vie spirituelle de l’humanité depuis qu’elle a commencé de prendre conscience de sa nature ; en elle palpitent maintenant ses plus hautes créations et, terre à jamais féconde, elle garde perpétuellement en réserve les cristaux incolores et les moissons de demain. Divinité tutélaire aux mille visages, on l’appelle ici amour, là liberté, ailleurs science...

15 juin 1943

Homère - L'Odysée - Chants XVI à XX

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CHANT XVI

   Cependant tous les deux sous la hutte, Ulysse et le divin porcher, préparaient le repas du matin ; ils avaient allumé du feu et envoyé les gardiens accompagner les porcs rassemblés en troupeaux. Télémaque arrivait, lorsque les chiens prompts à japper l'entourèrent en agitant leurs queues, sans pourtant aboyer. Le divin Ulysse aperçut les chiens qui remuaient la queue, et entendit venir un bruit de pas. Aussitôt il adressa à Eumée ces paroles ailées :

 

17 mar 1932

Paillasse (fin de « l'affaire Aragon »

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Les surréalistes, Aragon inclus, n'avaient jusqu'à présent pas même reçu de réponse à leur demande d'admission à cette Association. Tout s'explique par le fait qu'Aragon, hier encore suspect aux promoteurs de l'A.E.R., peut en paraître aujourd'hui un des chefs, au seul prix de la dénonciation d'André Breton comme contre-révolutionnaire. Nous disons bien au seul prix, car le lendemain de cette dénonciation, Aragon n'était pas mieux qualifié que la veille, par son action révolutionnaire, aux yeux de ceux qui lui en avaient refusé l'entrée.

L'adhésion complète d'un intellectuel à l'action révolutionnaire systématique nous paraît d'une importance telle que nous ne pouvons la concevoir que fondée sur les plus solides principes. Or les attitudes successives d'Aragon, depuis trois ans, contredisent cette sûreté des convictions, cette solidité des principes...

17 Jan 1932

L'affaire Aragon

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On ne s'avisait pas jusqu'à ces derniers jours que la phrase poétique, soumise qu'elle est à ses déterminations concrètes particulières, obéissant comme elle fait par définition aux lois d'un langage exalté, courant ses risques propres dans le domaine de l'interprétation où ne parvient aucunement à l'épuiser la considération de son sens littéral, - on ne s'avisait pas que la phrase poétique pût être jugée sur son contenu immmédiat et au besoin incriminée judiciairement au même titre que toute autre forme mesurée d'expression.

Les seules poursuites intentées contre Baudelaire nous rendent conscients du ridicule auquel se fût exposée une législation qui, dans son impuissance, eût demandé compte à Rimbaud, à Lautréamont, des élans destructeurs qui passent dans leur oeuvre, ces élans assimilés pour la circonstance à divers crimes de droit commun...

17 juil 1927

Que les surréalistes m'aient chassé ou que je me sois mis moi-même à la porte de leurs grotesques simulacres, la question depuis longtemps n'est pas là. C'est parce que j'ai eu assez d'une mascarade qui n'avait que trop duré que je me suis retiré de là-dedans, bien certain d'ailleurs que dans le cadre nouveau qu'ils s'étaient choisi pas plus que dans nul autre les surréalistes ne feraient rien. Et le temps et les faits n'ont pas manqué de me donner raison.

Que le surréalisme s'accorde avec la Révolution ou que la Révolution doive se faire en dehors et au-dessus de l'aventure surréaliste, on se demande ce que cela peut bien faire au monde quand on pense au peu d'influence que les surréalistes sont parvenus à gagner sur les mœurs et les idées de ce temps...

17 juil 1925

La Révolution d’abord et toujours !

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Le monde est un entre-croisement de conflits qui, aux yeux de tout homme un peu averti, dépassent le cadre d’un simple débat politique ou social. Notre époque manque singulièrement de voyants. Mais il est impossible à qui n’est pas dépourvu de toute perspicacité de n’être pas tenté de supputer les conséquences humaines d’un état de choses absolument bouleversant.

Plus loin que le réveil de l’amour-propre de peuples longtemps asservis et qui sembleraient ne pas désirer autre chose que de reconquérir leur indépendance, ou que le conflit inapaisable des revendications ouvrières et sociales au sein des états qui tiennent encore en Europe, nous croyons à la fatalité d’une délivrance totale. Sous les coups de plus en plus durs qui lui sont assénés, il faudra bien que l’homme finisse par changer ses rapports...

16 juil 1924

André Breton : Manifeste du surréalisme

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Tant va la croyance à la vie, à ce que la vie a de plus précaire, la vie réelle s’entend, qu’à la fin cette croyance se perd. L’homme, ce rêveur définitif, de jour en jour plus mécontent de son sort, fait avec peine le tour des objets dont il a été amené à faire usage, et que lui a livrés sa nonchalance, ou son effort, son effort presque toujours, car il a consenti à travailler, tout au moins il n’a pas répugné à jouer sa chance (ce qu’il appelle sa chance !). Une grande modestie est à présent son partage : il sait quelles femmes il a eues, dans quelles aventures risibles il a trempé ; sa richesse ou sa pauvreté ne lui est de rien, il reste à cet égard l’enfant qui vient de naître et, quant à l’approbation de sa conscience morale, j’admets qu’il s’en passe aisément...

23 juil 1918

Tristan Tzara : Manifeste Dada

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Un manifeste DADA de 1918, écrit et lu par Tristan Tzara.

Pour lancer un manifeste il faut vouloir : A.B.C.,
foudroyer contre 1, 2, 3,
s'énerver et aiguiser les ailes pour conquérir et répandre de petits et de grands a, b, c, signer, crier, jurer, arranger la prose sous une forme d'évidence absolue...

20 fév 1914

Guillaume Apollinaire, article Nos amis les futuristes publié dans la revue Les Soirées de Paris, février 1914

La nouvelle technique des mots en liberté sortie de Rimbaud, de Mallarmé, des symbolistes en général et du style télégraphique en particulier, a, grâce à Marinetti, une grande vogue en Italie; on voit même quelques poètes l'employer en France sous forme de simultanéités semblables aux chœurs qui figurent dans les livrets d'opéra.

Cette dernière façon de poétiser pourrait trouver son précurseur dans la personne de Jules Romains, qui, en 1909, fit répéter, en vue d'une récitation pendant une conférence des Indépendants, un poème intitulé L'Eglise. Il devait se réciter à quatre voix qui se répondaient, se mêlaient en d'authentiques simultanéités, irréalisables autrement que dans la récitation directe, ou sa reproduction par le moyen du phonographe...

11 Jan 1909

Manifeste du futurisme (janvier 1909)

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Manifeste du futurisme, publié le 11 janvier 1909 dans Le Figaro.

Fondation et Manifeste du Futurisme : Nous avions veillé toute la nuit, mes amis et moi, sous des lampes de mosquée dont les coupoles de cuivre aussi ajourées que notre âme avaient pourtant des cœurs électriques.

Et tout en piétinant notre native paresse sur d'opulents tapis Persans, nous avions discuté aux frontières extrêmes de la logique et griffé le papier de démentes écritures. Un immense orgueil. gonflait nos poitrines, à nous sentir debout tout seuls, comme des phares ou comme des sentinelles avancées, face à l'armée des étoiles ennemies, qui campent dans leurs bivouacs célestes...

23 sep 1908

Lénine : Tolstoï, miroir de la révolution russe

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Il peut sembler, à première vue, étrange et artificiel d’accoler le nom du grand artiste à la révolution qu’il n’a manifestement pas comprise et dont il s’est manifestement détourné. On ne peut tout de même pas nommer miroir d’un phénomène ce qui, de toute évidence, ne le reflète pas de façon exacte.

Mais notre révolution est un phénomène extrêmement complexe ; dans la masse de ses réalisateurs et de ses participants immédiats, il existe beaucoup d’éléments sociaux qui, eux aussi, ne comprenaient manifestement pas ce qui se passait et qui, de même, se détournaient des tâches historiques véritables qui leur étaient assignées par le cours des événements...

12 juil 1907

Tel que paru dans la revue Cosmopolis en 1897.

Désireuse d’être aussi éclectique en littérature qu’en politique et de se justifier contre le reproche qu’on lui a fait, de méconnaître la nouvelle école poétique française, la rédaction de Cosmopolis offre à ses lecteurs un poème inédit de Stéphane Mallarmé, le maître incontesté de la poésie symboliste en France. Dans cette œuvre d’un caractère entièrement nouveau, le poète s’est efforcé de faire de la musique avec des mots. Une espèce de leit-motif général qui se déroule constitue l’unité du poème : des motifs accessoires viennent se grouper autour de lui. La nature des caractères employés et la position des blancs suppléent aux notes et aux intervalles musicaux. Cet essai peut trouver des contradicteurs : nul ne méconnaîtra le singulier effort d’art de l’auteur et ne manquera de s’y intéresser. — Note de la Rédaction ...

26 sep 1905

Pierre Corneille - Le Cid - Acte I (1637)

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ACTEURS

DON FERNAND, premier roi de Castille
DONA URRAQUE, infante de Castille
ON DIÈGUE, père de don Rodrigue
DON GOMÈS, comte de Gormas, père de Chimène
DON RODRIGUE, amant de Chimène
DON SANCHE, amoureux de Chimène
DON ARIAS et DON ALONSE, gentilshommes castillans.
HIMÈNE, fille de don Gomès
LÉONOR, gouvernante de l’Infante
ELVIRE, gouvernante de Chimène
Un Page de l’Infante...

26 sep 1905

Jean Racine - Bérénice - Préface (1670)

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Titus reginam Berenicen, cui etiam nuptias pollicitus ferebatur, statim ab Urbe dimisit invitus invitam. 

C'est-à-dire que «Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyait, lui avait promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire». Cette action est très fameuse dans l'histoire ; et je l'ai trouvée très propre pour le théâtre, par la violence des passions qu'elle y pouvait exciter. En effet, nous n'avons rien de plus touchant dans tous les poètes que la séparation d'Enée et de Didon, dans Virgile...

21 sep 1905

Puisque le jugement que j’ai fait de cet ouvrage est une des principales causes qui a porté Monsieur de Schélandre à le publier, il me semble que je suis responsable de toutes les objections qu’on lui peut faire en cette occasion, et qu’il sera pleinement excusé de tout le blâme qu’il pourrait encourir de cette action, s’il en rejette la faute sur moi.

Je lui ai dit tant de fois que Tyr et Sidon était une bonne pièce, qu’à la fin il s’est laissé persuader qu’elle n’était pas mauvaise, et qu’il pouvait la donner au public à mes périls et fortunes. C’est une chose étrange, que l’homme dont je parle, qui à l’âge de vingt-cinq ans a composé trois livres d’une Stuartide admirée de ce docte roi de la Grande-Bretagne, qui a fait asseoir auprès de lui les Muses dans son propre trône, ait maintenant de la peine à se résoudre de nous faire voir une tragi-comédie qu’il a travaillée avec tant d’art et tant de soin...

21 sep 1905

Qu’on ne s’étonne point que j’aie remis en ce lieu les raisons que j’ai à donner sur cet ouvrage, pour en justifier ensemble et les moindres parties et tout le dessein.

J’ai laissé lire expressément la première Journée, afin qu’on pût en reconnaître les défauts, avant que je les disse ; et comme il est de la nature et de l’ordre des choses de pécher avant que de s’en confesser, je prétends aussi que ma confession me serve d’excuse, et que la raison qui ne peut faillir tienne partie en mon erreur. Je parle hardiment, et de la même sorte que j’ai bien osé commettre un crime contre les maximes de l’ancienne poésie, qui se plaindra que je viole avec effronterie de certaines lois pour le théâtre, que les plus doux esprits ont révérées, et que les plus forts ont reçue...

17 sep 1905

Étienne Jodelle - Cléopâtre captive (1553)

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Prologue


Puis que la terre (ô Roy, des Rois la crainte),
Qui ne refuse estre à tes loix estrainte,
De la grandeur de ton sainct nom s’estonne,
Qu’elle a gravé dans sa double colonne ;
Puis que la mer, qui te fait son Neptune, (5)
Bruit en ses flots ton heureuse fortune,
Et que le ciel riant à ta victoire
Se voit mirer au parfait de ta gloire,
Pourroyent vers toi les Muses telles estre,
De n’adorer et leur pere et leur maistre ? (10)

26 sep 1904

Le drame qu’on va lire n’a rien qui le recommande à l’attention ou à la bienveillance du public. Il n’a point, pour attirer sur lui l’intérêt des opinions politiques, l’avantage du veto de la censure administrative, ni même, pour lui concilier tout d’abord la sympathie littéraire des hommes de goût, l’honneur d’avoir été officiellement rejeté par un comité de lecture infaillible.

Il s’offre donc aux regards, seul, pauvre et nu, comme l’infirme de l’Evangile, solus, pauper, nudus...

26 sep 1904

L’unité de temps n’est pas plus solide que l’unité de lieu. L’action, encadrée de force dans les vingt-quatre heures, est aussi ridicule qu’encadrée dans le vestibule. Toute action a sa durée propre comme son lieu particulier. Verser la même dose de temps à tous les événements ! appliquer la même mesure sur tout ! On rirait d’un cordonnier qui voudrait mettre le même soulier à tous les pieds.

Croiser l’unité de temps à l’unité de lieu comme les barreaux d’une cage, et y faire pédantesquement entrer, de par Aristote, tous ces faits, tous ces peuples, toutes ces figures que la providence déroule à si grandes masses dans la réalité ! c’est mutiler hommes et choses, c’est faire grimacer l’histoire. Disons mieux : tout cela mourra dans l’opération ; et c’est ainsi que les mutilateurs dogmatiques arrivent a leur résultat ordinaire : ce qui était vivant dans la chronique est mort dans la tragédie. Voilà pourquoi, bien souvent, la cage des unités ne renferme qu’un squelette...

26 sep 1904

Victor Hugo - préface de «Hernani» (1830)

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«… Dans ce moment de mêlée et de tourmente littéraire, qui faut-il plaindre, ceux qui meurent ou ceux qui combattent ? Sans doute, il est triste de voir un poète de vingt ans qui s’en va, une lyre qui se brise, un avenir qui s’évanouit ; mais n’est-ce pas quelque chose aussi que le repos ?

N’est-il pas permis à ceux autour desquels s’amassent incessamment calomnies, injures, haines, jalousies, sourdes menées, basses trahisons ; hommes loyaux auxquels on fait une guerre déloyale ; hommes dévoués qui ne voudraient enfin que doter le pays d’une liberté de plus, celle de l’art, celle de l’intelligence ; hommes laborieux qui poursuivent paisiblement leur œuvre de conscience, en proie d’un côté à de viles machinations de censure et de police, en butte de l’autre, trop souvent, à l’ingratitude des esprits mêmes pour lesquels ils travaillent ; ne leur est-il pas permis de retourner quelquefois la tête avec envie vers ceux qui sont tombés derrière eux, et qui dorment dans le tombeau ? Invideo, disait Luther dans le cimetière de Worms, invideo, quia quiescunt...

27 juil 1903

Jean Moréas : Le Symbolisme

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Paru dans le Supplément littéraire du journal Le Figaro du samedi 18 septembre 1886, qui présente le document de la manière suivante :

Depuis deux ans, la presse parisienne s'est beaucoup occupée d'une école de poètes et de prosateurs dits "décadents". Le conteur du Thé chez Miranda (en collaboration avec M. Paul Adam, l'auteur de Soi), le poète des Syrtes et des Cantilènes, M. Jean Moréas, un des plus en vue parmi ces révolutionnaires des lettres, a formulé, sur notre demande, pour les lecteurs du Supplément, les principes fondamentaux de la nouvelle manifestation d'art.

16 juil 1903

Comte de Lautréamont : Les Chants de Maldoror

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Où est-il passé ce premier chant de Maldoror, depuis que sa bouche, pleine des feuilles de la belladone, le laissa échapper, à travers les royaumes de la colère, dans un moment de réflexion ? Où est passé ce chant… On ne le sait pas au juste. Ce ne sont pas les arbres, ni les vents qui l’ont gardé. Et la morale, qui passait en cet endroit, ne présageant pas qu’elle avait, dans ces pages incandescentes, un défenseur énergique, l’a vu se diriger, d’un pas ferme et droit, vers les recoins obscurs et les fibres secrètes des consciences. Ce qui est du moins acquis à la science, c’est que, depuis ce temps, l’homme, à la figure de crapaud, ne se reconnaît plus lui-même, et tombe souvent dans des accès de fureur qui le font ressembler à une bête des bois...

3 juil 1903

Charles Maurras : La Statue de Rimbaud

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La Statue de Rimbaud, article de Charles Maurras, paru dans La Gazette de France le 21 juillet 1901, repris en 1923 dans le recueil Barbarie et Poésie.

Ce personnage fantastique aura donc sa statue ! Elle sera inaugurée demain, en grande pompes à Charleville, où Rimbaud était né, où sa famille réside encore 1. Connaissiez-vous son nom ? Oui, par le sonnet des Voyelles peut-être :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, Voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes…

3 juil 1902

Stéphane Mallarmé : Symphonie littéraire

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Muse moderne de l’Impuissance, qui m’interdis depuis longtemps le trésor familier des Rhythmes, et me condamnes (aimable supplice) à ne faire plus que relire, ― jusqu’au jour où tu m’auras enveloppé dans ton irrémédiable filet, l’ennui, et tout sera fini alors, ― les maîtres inaccessibles dont la beauté me désespère ; mon ennemie, et cependant mon enchanteresse aux breuvages perfides et aux mélancoliques ivresses, je te dédie, comme une raillerie ou, ― le sais-je ? ― comme un gage d’amour, ces quelques lignes de ma vie écrites dans les heures clémentes où tu ne m’inspiras pas la haine de la création et le stérile amour du néant. Tu y découvriras les jouissances d’une âme purement passive qui n’est que femme encore, et qui demain peut-être sera bête...

2 juin 1902

SIRE, ce n’est pas tout que d’estre Roy de France,

Il faut que la vertu honore vostre enfance :

Un Roy sans la vertu porte le sceptre en vain,

Qui ne luy est sinon un fardeau dans la main.

Pource on dit que Thetis la femme de Pelée,

Apres avoir la peau de son enfant bruslée,

Pour le rendre immortel, le print en son giron,

Et de nuict l’emporta dans l’antre de Chiron,

Chiron noble centaure, à fin de luy apprendre

Les plus rares vertus dés sa jeunesse tendre,

Et de science et d’art son Achille honorer.

11 mar 1902

À Monseigneur le duc de Bourgogne

Je ne puis employer, pour mes fables, de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre.

Ce goût exquis et ce jugement si solide que vous faites paraître dans toutes choses au-delà d'un âge où à peine les autres princes sont-ils touchés de ce qui les environne avec le plus d'éclat; tout cela joint au devoir de vous obéir et à la passion de vous plaire, m'a obligé de vous présenter un ouvrage dont l'original a été l'admiration de tous les siècles ainsi que celle de tous les sages.

11 mar 1902

Monseigneur,
 
S’il y a quelque chose d’ingénieux dans la République des Lettres, on peut dire que c’est la manière dont Esope a débité sa Morale.

Il serait véritablement à souhaiter que d’autres mains que les miennes y eussent ajouté les ornements de la Poésie ; puisque le plus sage des Anciens a jugé qu’ils n’y étaient pas inutiles.

11 mar 1902

AVERTISSEMENT

Voici un second recueil de fables que je présente au public; j'ai jugé à propos de donner à la plupart de celles-ci un air et un tour un peu différent de celui que j'ai donné aux premières, tant à cause de la différence des sujets, que pour remplir de plus de variété mon ouvrage. Les traits familiers que j'ai semés avec assez d'abondance dans ]es deux autres parties convenaient bien mieux aux inventions d'Esope, qu'à ces dernières, où j'en use plus sobrement, pour ne pas tomber en des répétitions: car le nombre de ces traits n'est pas infini. Il a donc fallu que j'aie cherché d'autres enrichissements, et étendu davantage les circonstances de ces récits, qui d'ailleurs me semblaient le demander de la sorte. Pour peu que le lecteur y prenne garde, il le reconnaîtra lui-même; ainsi je ne tiens pas qu'il soit nécessaire d'en étaler ici les raisons: non plus que de dire où j'ai puisé ces derniers sujets...

11 Jan 1902

Avertissement

Voici un second recueil de Fables que je présente au public ; j’ai jugé à propos de donner à la plupart de celles-ci un air et un tour un peu différent de celui que j’ai donné aux premières, tant à cause de la différence des sujets, que pour remplir de plus de variété mon Ouvrage.

Les traits familiers que j’ai semés avec assez d’abondance dans les deux autres Parties convenaient bien mieux aux inventions d’Ésope qu’à ces dernières, où j’en use plus sobrement pour ne pas tomber en des répétitions : car le nombre de ces traits n’est pas infini...

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