théâtre

19 juin 2016

La France a toujours possédé des liens étroits avec l'Italie. C'est une nation en quelque sorte cousine, si ce n'est sœur, et il est considéré que finalement la différence entre Français et Italiens ne tient qu'à quelques différences de tempérament, de mentalités. Historiquement, la figure de Benito Mussolini n'a ainsi jamais pu être prise au sérieux en France, pays où le classicisme et les Lumières ont amené une exigence de propreté formelle, de linéarité dans l'expression.

Benito Mussolini apparaît pour cette raison, comme une figure de la commedia dell'arte, qu'on ne peut pas prendre au sérieux. Le fascisme italien est dévalué comme une sorte d'aventure foklorique propre à l'Italie, à placer au même niveau que les simulations des joueurs italiens de football ou les frasques de Silvio Berlusconi, l'entrepreneur qui a dirigé l'Italie pendant de longues années...

29 nov 2015

Avec le décès hier du metteur en scène suisse Luc Bondy, la culture française perd une de ses personnalités les plus connues et les plus attachantes. Au point d'ailleurs que c'est véritablement la fin d'une époque.

Luc Bondy représentait, en effet, toute une tradition théâtrale des années 1970, d'orientation progressiste et démocratique. Cela n'allait pas sans contradictions, dans la mesure où c'était au sens des institutions. Luc Bondy touchait avant sa mort 200 000 euros par mois et avait été imposé par l'Elysée au théâtre parisien de l'Odéon en 2011, alors qu'il allait avoir 65 ans en cours de mandat et que c'est l'âge maximum s'appliquant aux directeurs de théâtres nationaux...

25 oct 2015

Dans la préface de sa pièce Cromwell en 1827, à 25 ans, Victor Hugo donne toute une série d'arguments contre les règles de la tragédie, faisant de ce document un manifeste romantique, censé annoncé la « modernité ».

Or, et c'est une chose frappante du point de vue du matérialisme dialectique, le thème de la vraisemblance est pratiquement oublié, alors qu'il s'agit du concept-clef dans la démarche de la Racine...

24 oct 2015

Le très haut niveau culturel atteint par Jean Racine ne peut être compris qu'à la lumière du matérialisme dialectique, qui permet de saisir en quoi c'est un auteur national. Il est évident que si on regarde les fondements mêmes de l'approche de Jean Racine, on a quelque chose qui appartient au fleuve culturel démocratique.

De fait, lorsque l'accent est porté sur la vraisemblance, cela annonce le réalisme. Et lorsque la bienséance est mise en avant en tant que mise en avant des comportements adéquats, cela annonce la morale socialiste...

23 oct 2015

Jean Racine (1639-1699) est le véritable représentant historique de la tragédie classique française. C'est lui qui parvient à combiner ses fondements : profondeur psychologique allant jusqu'à la portraitisation, simplicité dans l'organisation, symétrie permettant une certaine approche dialectique.

Avec Racine, on se sépare absolument de la tragédie en tant que représentation héroïque-aristocratique ayant une approche simplement morale. On arrive à une véritable dimension humaine, à un regard ample sur la psychologie, son développement, ses crises...

22 oct 2015

Pour que Jean Racine s'affirme, il faut une époque qui le produise matériellement. Il faut une forme et un contenu social adéquats. Or, ce n'est que lentement que le théâtre dispose de véritables locaux. En 1518, les Confrères de la Passion avaient arraché le monopole des représentations théâtrales, s'installant en 1548 dans une des salles de l’Hôtel de Bourgogne.

Mais leurs « mystères », représentations de scènes religieuses, furent interdits la même année, aussi ce sont des troupes ambulantes qui leur louèrent la salle. Le début du Roman comique de Scarron, en 1651, présente l'arrivée d'une troupe ambulante au Mans, de manière pittoresque, voire baroque...

21 oct 2015

A partir du moment où l’État exige des œuvres magnifiques témoignant idéologiquement de son existence, les polémiques ne pouvaient qu'être rapides et enfler aisément. Ce fut le cas lorsque Pierre Corneille publia en 1637 le Cid.

Trois grands problèmes se posent immédiatement...

20 oct 2015

L'œuvre marquante dans le cadre du combat contre l'irrégularité fut celle intitulée Pratique du théâtre, publiée en 1657 par François Hédelin, abbé d’Aubignac. Il synthétise, en effet, la question, en rétablissant ce que doit être la tragédie : non pas une catastrophe et des choses horribles, mais une situation extrêmement difficile pour quelqu'un de responsable.

C'est là le rétablissement de ce qu'aurait dû être la tragédie, si le calvinisme l'avait emporté, mais en remplaçant Dieu et sa morale par l’État et ses exigences...

18 oct 2015

L'intervention du cardinal de Richelieu dans le domaine du théâtre ne consistait pas qu'à encadrer les troupes et les auteurs et les orienter en faveur du régime. On a un saut qualitatif et le théâtre doit le réaliser.

Richelieu s'appuya ici surtout sur Jean Chapelain (1595-1674) et François Hédelin (1604-1676) connu sous le nom d'abbé d'Aubignac, dont la mission était de prôner la régularité dans les œuvres, une vraie recherche culturelle, véritablement approfondie. A ces deux figures s'ajoutent Hippolyte-Jules Pilet de La Mesnardière (16610-1663) et Jean-François Sarrasin (1614-1654)...

17 oct 2015

Ainsi, l'esprit libéré n'est que celui de la décadence baroque, de l'irrationnel. Il s'agit de s'opposer à l'humanisme et au calvinisme, par la fantaisie, le féerique, le fantastique, le romanesque sentimental.

Balthazar Baro (1596-1650) dans Célinde, insère un long passage en vers évoquant la tragédie d'Holopherne, en reprenant le thème biblique. Dans la pièce elle-même, qui est en prose, Célinde poignarde Floridan qu'on veut lui faire épouser sans son accord. Son amante Parthénice se tue, mais tous deux sortent du tombeau, tout n'était qu'illusion...

15 oct 2015

La décadence de la tragédie, associée au rejet des « anciens », correspond à l'idéologie catholique proche de la faction royale. Le divertissement d'une vie sociale et culturelle stupide irait de pair avec la religion comme seule valeur absolue.

L'apogée de ce processus se déroule avec Alexandre Le Hardy (1570-1632) dit Alexandre Hardy. C'est un écrivain typiquement au service d'une mode ; lui-même a affirmé avoir écrit six cent pièces, ce qui en dit long sur son peu d'exigence dans sa production. On ne retrouve de lui aujourd'hui qu'une douzaine de tragédies, 14 tragi-comédies, 3 poèmes dramatiques, 5 pastorales...

12 oct 2015

Antoine de Montchrestien (1575-1621) est une figure marquante de l'histoire de la tragédie ; il commence très tôt, avec succès : Sophonisbe jouée et publiée à Caen en 1596 marqua François de Malherbe, et à sa demande elle fut modifiée, sous la forme de La Carthaginoise ou la liberté en 1601.

La même année il écrit La Bergerie, Les Lacènes, David ainsi qu'Aman, L’Escossoise, ou le Desastre, qui devient en 1604 La Reine d’Escosse, et la même année Hector...

11 oct 2015

Regardons comme Robert Garnier, en tant que première grande figure de la tragédie française, aborde la question de la réalité selon l'angle du stoïcisme, s'opposant au calvinisme et se plaçant à distance du catholicisme.

Il s'agit de souligner ici les valeurs essentielles du stoïcisme comme idéologie conforme à l'aristocratie royale : le fait que l'ordre social soit efficace et implacable, que le sort des êtres humains doit être accepté tel quel, que la vertu est la valeur cardinale de la société. C'est là l'idéologie visant à cadrer les masses dans le nouveau régime...

10 oct 2015

Le grand secret de l'origine de la tragédie en France, de son succès, vient donc de là : c'est un moyen de s'opposer au calvinisme. La tragédie française naît du terreau stoïcien ; c'est la tragédie de Sénèque qui est la grande source intellectuelle.

Or, Jean Calvin est directement en opposition avec le stoïcisme, dont il rejette tant le concept d'apathie que celui de destin...

9 oct 2015

On a donc, au départ, une confrontation entre une version protestante de la tragédie et une version stoïcienne. Ce qui allait l'emporter dépendant nécessairement de l'histoire de la France. Si le protestantisme l'emportait, la tragédie serait restée comme esprit de témoignage de l'adversité mais cela aurait été son seul contenu ; cela ne se serait guère maintenu, s'effaçant devant le prêche.

Comme ce ne fut pas le cas, la « tragédie humaniste » s'est maintenue, s'appuyant sur la monarchie absolue se renforçant. Puisqu'on ne peut pas puiser dans le protestantisme et qu'on ne veut pas vraiment puiser dans le catholicisme, alors il reste l'antiquité gréco-romaine, les Sophocle, Euripide et Sénèque...

7 oct 2015

La découverte protestante de la tragédie eut immédiatement une réponse de la part de la Pléiade, le groupe de poètes dont la figure tutélaire est Ronsard et dont le choix fut de soutenir le régime.

La seconde tragédie écrite en français fut ainsi la Cléopâtre captive d'Étienne Jodelle (1532-1573), lui-même un farouche anti-protestant. Sa position, ainsi que celle de la Pléiade, était par contre davantage liée à la monarchie absolue qu'au catholicisme...

4 oct 2015

La grande preuve du caractère indéniablement moderne, français de la tragédie classique française est que la première tragédie écrite et mise en scène l'a été par un protestant, Théodore de Bèze (1519-1605).

En raison des persécutions à l'encontre du calvinisme, Abraham sacrifiant fut jouée à Lausanne, en 1550. Théodore de Bèze était pas moins que le successeur de Jean Calvin, et il est significatif sur le plan de l'histoire de la formation nationale de la France qu'il a qualifié sa pièce de « tragédie française »...

4 oct 2015

La France naît avec François Ier, se développe avec Henri IV, existe en tant que tel avec Louis XIV. Tel est le point de vue matérialiste dialectique sur la nation française, que les gens « de droite » s'imaginent née avec Clovis, que les gens « de gauche » croient fondée avec la révolution française.

La nation apparaît avec les tout début du capitalisme, lorsque se forme la base du marché national, les premières villes qui développent la culture. La langue se généralise sur un certain territoire ; une formation psychique commune se forme...

24 mar 2015

Aux yeux du post-modernisme, l'histoire n'est pas marquée par le progrès de la civilisation, mais par les revendications des « marges », qui apporteraient des changements « existentiels ».

Voilà pourquoi on assiste à la diffusion totalement délirante d'articles dans une partie de la presse bourgeoise, affirmant que Molière aurait été, en quelque sorte, un « queer » avant l'heure. C'est ainsi que le montre la pièce de théâtre intitulée Le banquet d'Auteuil, et forcément cela fait écho chez les décadents.

Car pour les décadents, les seules modifications qui peuvent exister dans la société proviennent de la « marge ». Si Molière a eu un rôle historique, c'est uniquement (et forcément selon eux) parce qu'il aurait relevé de cette « marge ». D'où la réécriture de son histoire...

27 déc 2014

L'auteur espagnol Pedro Calderón de la Barca (1600-1681) a exprimé le relativisme du baroque de la manière la plus brutale dans une œuvre capitale pour saisir l'esprit du baroque : La vie est un songe.

Dans la pièce, un roi a enfermé son fils seul dans une tour, en raison d'une prédiction sur sa nature future criminelle. Pris de remords, il le drogue et le place sur le trône pour une journée puis, devant l'échec de l'expérience, le ramène dans sa tour après l'avoir drogué. A chaque fois le jeune prince croit que ce qu'il a vécu est un songe, une illusion, et à la fin de la pièce il parvient au pouvoir.

Cette alternance de vérités relatives est propre au baroque : aucune connaissance ne tient debout, à part celle de Dieu. La vie est un songe, une illusion. Il ne sert à rien d'y accorder une véritable importance...

5 déc 2014

Jean Racine est un des trois grands portraitistes de notre pays, aux côtés de Molière et Honoré de Balzac. Comme la psychologie est l'aspect principal de son étude, ce qui est caractéristique de la démarche française du portrait, jetons un œil sur un exemple précis pour en voir les aspects matérialistes, voire matérialiste dialectique.

Regardons pour cela l'oeuvre appelée Bérénice, et plus précisément l'acte IV scène IV. Titus vient de perdre son père et doit devenir roi de Rome. Le problème est qu'il est en couple avec la reine de Palestine, Bérénice..

4 aoû 2014

La pièce En attendant Godot, de Samuel Beckett, est considéré comme faisant partie du théâtre dit de l'absurde. En réalité, il n'y a pas de différence d'approche ni de perspective entre la phénoménologie, l'existentialisme et « l'absurde ».

Et c'est précisément cette conception qui est présentée comme le thème d'actualité aux lycéens, tant en première en français qu'en terminale en philosophie. Même si les élèves n’en intègrent pas les principes, le plus souvent incompréhensibles, peu clair, voire nettement délirants ils sont au fond en accord avec la conception ultra-individualiste affirmant que le monde est incompréhensible...

14 juin 2014

La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne a commencé en Chine populaire au sujet d'une pièce de théâtre. Cela ne doit pas nous étonner : de tels moments ont bien entendu existé dans d'autres pays.

La Belgique est ainsi née de la révolte nationale contre la Hollande, à la suite d'un opéra, La Muette de Portici de Daniel-François-Esprit Auber. Le public bourgeois est galvanisé par le duo intitulé « Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté », alors que l'opéra lui-même raconte comment Naples (Portici étant un port voisin) se révolte contre la domination espagnole.

Les bourgeois se réunissent dans la foulée à l’hôtel de ville, reprenant les couleurs hissées là-bas et qui donneront le drapeau belge, alors que l'insurrection nationale se profile...

20 mar 2014

Molière est donc une figure historique de la France ; c'est un artiste porté par tout un mouvement de fond, démocratique et bourgeois. La bourgeoisie aujourd'hui, devenue réactionnaire depuis 1848, le réduit toujours plus à la farce, niant la dimension de son œuvre, mais même son caractère puisque les comédies-ballets ont été transformés en comédies, et sa critique réduite à de la farce et aux bons mots.

Etudier Molière et connaître sa portée est donc une tâche incontournable pour saisir le caractère national français et comprendre l'histoire de la lutte des classes dans notre pays...

20 mar 2014

Il existe une particularité dans les œuvres de Molière, qui n'a été noté nulle part : la présence très régulière d'allusions au philosophe Aristote. Faut-il y voir ici des allusions à l'averroïsme ? C'est fort possible, puisque c'est l'averroïsme qui a été la base sur laquelle s'est développé le matérialisme en France.

La difficulté tient également au fait que les allusions à Aristote ne sont pas toujours de même nature. Dans certains cas, il s'agit de remarques faites en passant, parfois c'est même pour se moquer des philosophes pédants.

18 mar 2014

Molière ne critique pas seulement le caractère arriéré des féodaux. En effet, il y a la tentative de procéder à l'imitation de la culture, par pédantisme. Molière est une arme anti-féodale justement parce qu'il empêche la reproduction en apparence de la culture par les faussaires féodaux.

La pièce Le bourgeois gentilhomme est ainsi un rappel aux bourgeois : il faut qu'ils restent eux-mêmes, pas qu'ils copient les féodaux. Un vrai bourgeois ne doit pas se la jouer gentilhomme, il doit porter la ville nouvelle, et ne pas transposer dans celle-ci des mœurs des campagnes...

18 mar 2014

L'oeuvre de Molière possède une clef : la contradiction entre les villes et les campagnes. La féodalité consiste en les campagnes ; les bourgeois vivent dans les villes, qui étaient auparavant des bourgs fondés par les marchés tenus par les artisans.

La cour, quant à elle, choisit le camp des villes : elle est portée par l'administration de l’État s'affirmant dans un cadre nouveau : la nation...

17 mar 2014

Molière ne s'arrache donc pas à la soumission à la cour. La Comtesse d'Escarbagnas est une comédie-ballet, sans grande envergure, mais soulignant la séparation entre Paris et la province sur le plan des mœurs. A ce titre, elle célèbre la séparation villes-campagnes, en affirmant la cour et en abaissant l'aristocratie.

Le ton est le même avec Le Malade imaginaire, comédie-ballet où la pièce qui se moque des médecins est entrecoupé de danses, de chants, et de scènes à la gloire du roi et du mode de la vie de la cour...

16 mar 2014

La question de la maternité et de la sexualité par rapport à l'éducation et l'activité sociale a été un problème fondamental, comme en témoigne Les femmes savantes.

Cependant, ce n'était pas le seul écueil à l'appui fait par Molière aux femmes et à leur quête de savoir : il y a également la question de la famille. Comment s'expriment les contradictions au sein du peuple ?

Comment la contradiction villes-campagnes jouent-elles dans les rapports au sein du couple ? Comment éviter que les progrès de la culture ne tombent dans le pédantisme, et comment éviter que le pragmatisme bourgeois ne sombre dans la facilité ?

14 mar 2014

Les dernières œuvres de Molière prolongent, une dernière fois, l'offensive anti-féodale. Elles atteignent cependant une limite : celle propre à la monarchie absolue.

Les Fourberies de Scapin défendent ainsi, encore une fois, le droit au choix de la personne avec qui on veut se marier. On trouve toutefois de présente une réflexion sur le fatalisme, dans l'esprit stoïcien. Il faudrait accepter les choses telles qu'elles sont : ici se reflète le caractère passif de la bourgeoisie dans le cadre de l'alliance avec la cour.

Scapin, personnage qui manigance et qui trompe, rappelle qu'il faut prendre pourtant les choses telles qu'elles sont...

13 mar 2014

Après L'Avare, Molière revient à la comédie-ballet, avec Monsieur de Pourceaugnac. C'est une comédie où on se moque des langages incorrects aux yeux de la cour, comme le picard et l'occitan, où l'on montre que, hors de Paris, tout est naïveté. La conclusion, en elle-même, témoigne du caractère divertissant de la pièce, comme reflet de l'idéologie de la cour :

« Ne songeons qu’à nous réjouir :
La grande affaire est le plaisir. »

Dans la continuité, on a ensuite la comédie-ballet Les Amants magnifiques, joué à l'occasion du carnaval de 1670, au cours des festivités appelées pas moins que Divertissement royal. Louis XIV devait monter sur scène pour danser deux rôles, mais apparemment il ne fit pas (et par ailleurs il ne le fit plus non plus par la suite)...

7 mar 2014

 Une fois la querelle de l'école des femmes ayant ouvert la voie à la démarche de Molière, il ne restait plus qu'à continuer. La pièce réellement nouvelle qui suit, Le Mariage forcé, est ainsi de nouveau une comédie-ballet.

Pour que les choses restent claires, pour ainsi dire, c'est sur ordre de sa Majesté qu'elle est jouée en janvier 1664 au palais du Louvre, puis en février 1664 par la troupe de Monsieur, frère unique du Roi, au Théâtre du Palais-Royal devant le public.

La pièce est indéniablement brillante, puissamment intelligente. Le thème est encore une fois un homme désireux de se marier, alors qu'il ne l'a jamais fait. Il a changé d'avis, parce qu'il a adopté un point de vue réactionnaire, voyant la femme comme un objet, comme une esclave satisfaisant ses vieux jours...

6 mar 2014

Molière, en 1662, produit une œuvre qui va avoir un très profond retentissement et restera appelé historiquement la « Querelle de L'École des femmes ». Cela commence donc avec la pièce L'École des femmes en 1662, à quoi suit une série de critiques et d'attaques, auxquelles Molière fournit une réponse en 1663 dans La Critique de l'école des femmes.

Une autre pièce de 1663, intitulée L'Impromptu de Versailles, est à ajouter en fait dans cette querelle, de par sa forme particulière...

5 mar 2014

Avec Les Fâcheux en 1661, on a le grand tournant dans l'oeuvre de Molière. Non seulement on retrouve de développé le thème du portrait, mais on a cette fois bien plus : l'appui de Louis XIV, qui va donner une dimension historique à l'ensemble.

Comédie-ballet, Les Fâcheux décrit justement des personnes ennuyeuses, empêchant un homme d'aller voir la femme qu'il aime, parce qu'elles leur racontent une partie de cartes fameuse, ou bien parce qu'elles viennent chanter un air, etc.

On devine que ces fâcheux sont le genre d'importuns que connaît, en quelque sorte Louis XIV, qui va même, alors que l'oeuvre était encore à l'écriture mais que la liste était établie, en mentionner un qui manque : le fâcheux ne pensant qu'à la chasse à courre...

4 mar 2014

Molière a tenté, après Sganarelle ou le Cocu imaginaire, de développer certains aspects propres aux portraits. Le choix fut cependant erroné, puisqu'il tenta de faire une comédie héroïque, c'est-à-dire une comédie dont les principaux protagonistes sont des aristocrates aux valeurs typiques selon eux-mêmes : vertueux, combatifs, etc.

La pièce, intitulée Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux, ne fut pas un succès. L'intrigue consistait en fait en une farce transposée chez les aristocrates, avec un homme jaloux alors qu'en fait son concurrent, qui aide la princesse à revenir sur le trône, était en fait le frère de celle-ci. Une telle démarche ne pouvait qu'échouer.

Aussi, l'oeuvre suivante de Molière, L'École des maris, nous ramène dans la société elle-même, dans une problématique bourgeoise. Deux frères s'occupent de l'éducation de deux sœurs qu'ils veulent marier par la suite...

3 mar 2014

Avec les Précieuses ridicules, Molière fait donc passer la farce à la comédie consacrée aux portraits. Ce n'est qu'un début, bien entendu, et les figures types représentées – les Précieuses – visent plus un style, une approche, qu'une véritable catégorie de gens bien définie.

Cependant, voici un extrait de cette œuvre où justement, on trouve une mise en abyme – forme typique du 17e siècle et lié au Baroque – où l'on voit un personnage raconter... qu'il fait des portraits, alors que justement lui-même en est un.

Cette mise en abyme, cette image dans l'image, montre que Molière savait ce qu'il faisait, et c'est sa manière de l'expliquer au public...

2 mar 2014

La troisième œuvre de Molière, L'Étourdi ou les Contretemps, prolonge l'esprit de la farce : on retrouve un personnage à l'espagnol, Mascarille, valet ingénieux aidant dans une entreprise amoureuse son maître maladroit qui fait tout rater.

On est ici encore dans les bons mots, du type « Les plus courtes erreurs sont toujours les meilleures », tout comme dans l'oeuvre suivante, Le Dépit amoureux, où l'on retrouve Mascarille et des propos comme « On ne meurt qu'une fois, et c'est pour si longtemps ! »

Le scénario de cette quatrième pièce est toujours aussi impossible, avec un homme dépité car la femme qu'il aime se serait marié avec un autre, alors qu'en fait c'est une sœur cachée qui l'a fait, sans que son futur mari le sache par ailleurs...

1 mar 2014

Au départ, inévitablement, Molière est influencé par le théâtre populaire italien, la Commedia dell'arte qui célèbre l'ingéniosité face à la naïveté, tout en jouant fondamentalement sur la bouffonerie.

L'une des premières oeuvres de Molière, Le Médecin volant, se fonde sur cette approche avec un thème d'ailleurs traditionnel dans ce type de thếatre : le valet Sganarelle se fait passer pour un médecin ; il n'hésite pas à prétendre avoir un frère jumeau, se disputant même avec celui-ci devant quelqu'un d'autre s'il le faut, en alternant ses habits en apparaissant à la fenêtre.

Molière, pendant de nombreuses années, va porter ce théâtre là, dans le cadre d'une troupe itinérante, passant surtout dans le sud de la France...

28 fév 2014

Molière, Racine, Diderot et Balzac sont les quatre grandes figures de notre culture nationale, du génie français. Tous sont le produit d'une époque progressiste, portant un progrès de civilisation. Ils assument le réalisme, avec les caractéristiques propres aux conditions de la France d'alors : celle de la monarchie absolue pour les deux premiers, celle de la bourgeoisie ascendante pour les deux autres.

Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673), dit Molière, a été un immense dramaturge, assumant son époque selon le principe bien connu depuis de « plaire et instruire ». A l'opposé de Racine, qui avec la tragédie s'était tourné vers la psychologie dans son rapport avec l’État, Molière s'est orienté avec la comédie vers la psychologie dans son rapport avec la société.

Là où Racine dresse le tableau de portraits intérieurs tourmentés face aux exigences de la civilisation, Molière façonne des exemples typiques propres à certaines rapports sociaux...

12 mai 2013

La formation de l’État national français se fait donc en alliance avec l’Église, mais une Église qui n’a pas l’hégémonie et ne peut pas faire du baroque l’idéologie dominante. C’est le classicisme qui prédominera, en tant que forme idéologique féodale de « haut niveau », puisque royale et nationale.

12 mai 2013

Si Jean Racine a mis l'accent sur le psychodrame comme moyen de révéler l'approche psychique française de la réalité, il n'a considéré la symétrie que comme secondaire. Pierre Corneille, lui, a fait de la symétrie l'aspect principal. Et il a tenté de réaliser la symétrie directement à travers la construction de ses œuvres...

12 mai 2013

Racine exprime largement la capacité à évaluer psychologiquement les personnages. Il y a ici une maturité vraiment très grande dans la compréhension de la complexité psychologique. Dans Britannicus par exemple, une grande importance est accordée au vécu de l'enfance...

12 mai 2013

Le psychodrame n'est qu'un aspect de la formation psychique nationale française, le second aspect est la symétrie. D'une manière ou d'une autre, l'ordre doit s'établir. Il y a dans tous les cas une convergence dans la réalité, qui arrive à une harmonie forcément symétrique...

12 mai 2013

Les passions excitées permettent le psychodrame, fruit de la contradiction entre l'expression de la passion et l'ordre dominant, c'est-à-dire entre l'individu et la société, ce qui est déjà bourgeois comme niveau, et donc national. Le personnage de Phèdre exprime le plus admirablement ce conflit entre individu et société...

12 mai 2013

Les personnages ne sont pas tragiques, car ils ne sont déjà plus aristocratiques, ils sont pratiquement bourgeois de par leur complexité personnel, ils portent en eux déjà la dimension complexe du citoyen de la société bourgeoise. Et ce qui révèle les caractères psychologiques français, ce sont les situations marquées par la passion...

12 mai 2013

Racine avait un objectif très net dans sa tragédie : montrer la capacité d'une psychologie à s'effondrer, ce qui irait de pair avec la possibilité de le constater. Il y a là une attention toute française portée aux détails physiques. Ce faisant, il a fait de la psychologie une constituante de la formation psychique française...

12 mai 2013

Durant la monarchie absolue de Louis XIV, la plus haute forme de la littérature était la tragédie. Le choix de la tragédie grecque au 17ème siècle en France provient du besoin de mise en avant de la dimension psychologique, ce qui était nécessaire pour la constitution de la formation psychique nationale française...

9 mai 2013

Rousseau a critiqué de fond en comble le psychodrame à la française issu du théâtre, dans sa fameuse Lettre à d'Alembert, connue par la suite sous le nom de « Lettre des spectacles. » Une critique authentiquement bourgeoise de la féodalité ne pouvait pas ne pas remettre en cause le culte des apparences et le « style » retenu et posé d'une aristocratie masquant émotions et sentiments, pour mieux tromper les autres comme soi-même.

14 aoû 2006

PCMLM : Bertolt Brecht est mort il y a 50 ans

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« Dans l'intérêt des travailleurs de tous les pays, de tous les exploités et opprimés, on doit adresser aux écrivains un appel pour un réalisme militant. Seul un réalisme impitoyable, dissipant tous les rideaux de fumée qui voilent la vérité, c'est-à -dire l'exploitation et l'oppression, peut dénoncer et discréditer l'exploitation et l'oppression du capitalisme. » (Brecht)|« Réaliste veut dire : qui dévoile la causalité complexe des rapports sociaux ; qui dénonce les idées dominantes comme les idées de la classe dominante ; qui écrit du point de vue de la classe qui tient prêtes les solutions les plus larges aux difficultés les plus pressantes dans lesquelles se débat la société des hommes ; qui souligne le moment de l'évolution en toute chose ; qui est concret tout en facilitant le travail d'abstraction. » (Brecht, Popularité et réalisme)

Bertolt Brecht est mort il y a 50 ans, le 14 août 1956. Il a été une figure majeure du réalisme socialiste, selon lequel « l'écrivain est l'ingénieur des âmes », en écrivant des oeuvres et en expliquant inlassablement les méthodes correctes pour devenir un artiste au service des masses.

Auteur de 48 pièces de théâtre, 2334 poèmes et de nombreuses oeuvres en prose, Brecht a sans cesse combattu contre l'art visant à manipuler les masses en jouant sur la corde de l'émotion en s'appuyant sur l'illusion et le « pittoresque. »

6 juin 1969

A propos du système de stanislavski (1969)

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Article paru dans le Hongqi, n°6­7, 1969

[Stanislavski était un théoricien du théâtre qui avait fui la révolution russe de 1905, rentrant en Russie seulement après cette période révolutionnaire préfigurant la révolution d'Octobre 1917]

 

Partir des ouvriers, paysans et soldats ou de « soi­-même »?

Chanter les ouvriers, paysans et soldats ou louer la bourgeoisie, voilà où est la différence fondamentale entre les deux conceptions de littérature et d'art, celle du prolétariat et celle de la bourgeoisie.

Stanislavski disait : « Quel que soit son rôle, l'acteur doit toujours partir de soi­-même », « il faut bien retenir que dans la voie artistique, c'est soi, et rien que soi », « durant toute notre vie nous nous interprétons nous­-mêmes. »

30 mai 1966

Par Jiang Qing + témoignage de la troupe numéro 1 de Pékin, de l'opéra de Pékin

Je tiens tout d'abord à vous féliciter pour ce festival, première campagne pour la révolution de l'opéra de Pékin. Vous avez tous fourni un labeur considérable.

Les résultats en sont prometteurs et auront probablement une profonde influence.

Désormais, on met en scène des opéras de Pékin à thème révolutionnaire contemporain, mais chacun s'en faitil la même idée ? Je crois qu'il serait prématuré de l'affirmer...

9 oct 1910

Molière - L’Avare (1668)

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PERSONNAGES

Harpagon, père de Cléante et d'Élise, et amoureux de Mariane.

Cléante, fils d'Harpagon, amant de Mariane.

Élise, fille d'Harpagon, amante de Valère.

Valère, fils d'Anselme et amant d'Élise.

Mariane, amante de Cléante et aimée d'Harpagon.

10 aoû 1910

Molière - George Dandin ou le mari confondu (1668)

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ACTEURS

GEORGE DANDIN, riche paysan, mari d’Angélique.

ANGÉLIQUE, femme de George Dandin et fille de M. de Sotenville.

MONSIEUR DE SOTENVILLE, gentilhomme campagnard, père d’Angélique.

MADAME DE SOTENVILLE, sa femme.

CLITANDRE, amoureux d’Angélique.

CLAUDINE, suivante d’Angélique.

LUBIN, paysan, servant Clitandre.

COLIN, valet de George Dandin.

 

La scène est devant la maison de George Dandin.

10 aoû 1910

Molière - Amphitryon (1668)

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ACTEURS

MERCURE.
LA NUIT.
JUPITER, sous la forme d'Amphitryon.
AMPHITRYON, général des Thébains.
ALCMÈNE, femme d'Amphitryon.
CLÉANTHIS, suivante d'Alcmène et femme de Sosie.
SOSIE, valet d'Amphitryon.
ARGATIPHONTIDAS, capitaine thébain.
NAUCRATÈS, capitaine thébain.
POLIDAS, capitaine thébain.
POSICLÈS, capitaine thébain.

La scène est à Thèbes, devant la maison d'Amphitryon.

10 aoû 1910

ACTEURS

ALCESTE, amant de Célimène
PHILINTE, ami d’Alceste
ORONTE, amant de Célimène
CÉLIMÈNE, amante d’Alceste
ÉLIANTE, cousine de Célimène
ARSINOÉ, amie de Célimène
ACASTE
CLITANDRE marquis
BASQUE, valet de Célimène
UN GARDE de la maréchaussée de France
DU BOIS, valet d’Alceste
 
La scène est à Paris.
10 aoû 1910

Molière - La Princesse d’Élide (1664)

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PERSONNAGES

La Princesse d’Élide.

Aglante, cousine de la Princesse.

Cynthie, cousine de la Princesse.

Philis, suivante de la Princesse.

Iphitas, père de la Princesse.

Euryale, ou le prince d’Ithaque.

Aristomène, ou le prince de Messène.

Théocle, ou le prince de Pyle.

Arbate, gouverneur du prince d’Ithaque.

Moron, plaisant de la Princesse.

Un suivant.

 

1 Jan 1910

PERSONNAGES

Dom Garcie, prince de Navarre, amant d’Elvire.
Elvire, princesse de Léon.
Élise, confidente d’Elvire.
Dom Alphonse, prince de Léon, cru prince de Castille, sous le nom de Dom Sylve.
Ignès, comtesse, amante de Dom Sylve, aimée par Mauregat, usurpateur de l’État de Léon.
Dom Alvare, confident de Dom Garcie, amant d’Élise.
Dom Lope, autre confident de Dom Garcie, amant rebuté d’Élise.
Dom Pèdre, écuyer d’Ignès.


 

1 Jan 1910

Molière - La comtesse d'Escarbagnas (1671)

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PERSONNAGES

La Comtesse d’Escarbagnas.
Le Comte, son fils.
Le Vicomte, amant de Julie.
Julie, amante du Vicomte.
Monsieur Tibaudier, conseiller, amant de la Comtesse.
Monsieur Harpin, receveur des tailles, autre amant de la Comtesse.
Monsieur Bobinet, précepteur de Monsieur le Comte.
Andrée, suivante de la Comtesse.
Jeannot, laquais de Monsieur Tibaudier.

31 déc 1909

Molière - Les Femmes savantes (1672)

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PERSONNAGES

CHRYSALE, bon Bourgeois.
PHILAMINTE, femme de Chrysale.
ARMANDE, HENRIETTE, filles de Chrysale et de Philaminte.
ARISTE, frère de Chrysale.
BÉLISE, sœur de Chrysale.
CLITANDRE, amant d’Henriette.
TRISSOTIN, bel esprit.
VADIUS, savant.
MARTINE, servante de cuisine.
L’ÉPINE, laquais de Trissotin.
JULIEN, valet de Vadius.
LE NOTAIRE.

 

31 déc 1909

Molière - Les Fourberies de Scapin (1671)

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PERSONNAGES

Argante, père d’Octave et de Zerbinette.
Géronte, père de Léandre et de Hyacinte.
Octave, fils d’Argante, et amant de Hyacinte.
Léandre, fils de Géronte, et amant de Zerbinette.
Zerbinette, crue Égyptienne, et reconnue fille d’Argante, et amante de Léandre.
Hyacinte, fille de Géronte, et amante d’Octave.
Scapin, valet de Léandre, et fourbe.
Silvestre, valet d’Octave.
Nérine, nourrice de Hyacinte.
Carle, fourbe.
Deux porteurs.

26 sep 1905

Pierre Corneille - Le Cid - Acte I (1637)

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ACTEURS

DON FERNAND, premier roi de Castille
DONA URRAQUE, infante de Castille
ON DIÈGUE, père de don Rodrigue
DON GOMÈS, comte de Gormas, père de Chimène
DON RODRIGUE, amant de Chimène
DON SANCHE, amoureux de Chimène
DON ARIAS et DON ALONSE, gentilshommes castillans.
HIMÈNE, fille de don Gomès
LÉONOR, gouvernante de l’Infante
ELVIRE, gouvernante de Chimène
Un Page de l’Infante...

26 sep 1905

Jean Racine - Bérénice - Préface (1670)

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Titus reginam Berenicen, cui etiam nuptias pollicitus ferebatur, statim ab Urbe dimisit invitus invitam. 

C'est-à-dire que «Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyait, lui avait promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire». Cette action est très fameuse dans l'histoire ; et je l'ai trouvée très propre pour le théâtre, par la violence des passions qu'elle y pouvait exciter. En effet, nous n'avons rien de plus touchant dans tous les poètes que la séparation d'Enée et de Didon, dans Virgile...

21 sep 1905

Puisque le jugement que j’ai fait de cet ouvrage est une des principales causes qui a porté Monsieur de Schélandre à le publier, il me semble que je suis responsable de toutes les objections qu’on lui peut faire en cette occasion, et qu’il sera pleinement excusé de tout le blâme qu’il pourrait encourir de cette action, s’il en rejette la faute sur moi.

Je lui ai dit tant de fois que Tyr et Sidon était une bonne pièce, qu’à la fin il s’est laissé persuader qu’elle n’était pas mauvaise, et qu’il pouvait la donner au public à mes périls et fortunes. C’est une chose étrange, que l’homme dont je parle, qui à l’âge de vingt-cinq ans a composé trois livres d’une Stuartide admirée de ce docte roi de la Grande-Bretagne, qui a fait asseoir auprès de lui les Muses dans son propre trône, ait maintenant de la peine à se résoudre de nous faire voir une tragi-comédie qu’il a travaillée avec tant d’art et tant de soin...

21 sep 1905

Qu’on ne s’étonne point que j’aie remis en ce lieu les raisons que j’ai à donner sur cet ouvrage, pour en justifier ensemble et les moindres parties et tout le dessein.

J’ai laissé lire expressément la première Journée, afin qu’on pût en reconnaître les défauts, avant que je les disse ; et comme il est de la nature et de l’ordre des choses de pécher avant que de s’en confesser, je prétends aussi que ma confession me serve d’excuse, et que la raison qui ne peut faillir tienne partie en mon erreur. Je parle hardiment, et de la même sorte que j’ai bien osé commettre un crime contre les maximes de l’ancienne poésie, qui se plaindra que je viole avec effronterie de certaines lois pour le théâtre, que les plus doux esprits ont révérées, et que les plus forts ont reçue...

17 sep 1905

Étienne Jodelle - Cléopâtre captive (1553)

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Prologue


Puis que la terre (ô Roy, des Rois la crainte),
Qui ne refuse estre à tes loix estrainte,
De la grandeur de ton sainct nom s’estonne,
Qu’elle a gravé dans sa double colonne ;
Puis que la mer, qui te fait son Neptune, (5)
Bruit en ses flots ton heureuse fortune,
Et que le ciel riant à ta victoire
Se voit mirer au parfait de ta gloire,
Pourroyent vers toi les Muses telles estre,
De n’adorer et leur pere et leur maistre ? (10)

26 sep 1904

Le drame qu’on va lire n’a rien qui le recommande à l’attention ou à la bienveillance du public. Il n’a point, pour attirer sur lui l’intérêt des opinions politiques, l’avantage du veto de la censure administrative, ni même, pour lui concilier tout d’abord la sympathie littéraire des hommes de goût, l’honneur d’avoir été officiellement rejeté par un comité de lecture infaillible.

Il s’offre donc aux regards, seul, pauvre et nu, comme l’infirme de l’Evangile, solus, pauper, nudus...

26 sep 1904

L’unité de temps n’est pas plus solide que l’unité de lieu. L’action, encadrée de force dans les vingt-quatre heures, est aussi ridicule qu’encadrée dans le vestibule. Toute action a sa durée propre comme son lieu particulier. Verser la même dose de temps à tous les événements ! appliquer la même mesure sur tout ! On rirait d’un cordonnier qui voudrait mettre le même soulier à tous les pieds.

Croiser l’unité de temps à l’unité de lieu comme les barreaux d’une cage, et y faire pédantesquement entrer, de par Aristote, tous ces faits, tous ces peuples, toutes ces figures que la providence déroule à si grandes masses dans la réalité ! c’est mutiler hommes et choses, c’est faire grimacer l’histoire. Disons mieux : tout cela mourra dans l’opération ; et c’est ainsi que les mutilateurs dogmatiques arrivent a leur résultat ordinaire : ce qui était vivant dans la chronique est mort dans la tragédie. Voilà pourquoi, bien souvent, la cage des unités ne renferme qu’un squelette...

26 sep 1904

Victor Hugo - préface de «Hernani» (1830)

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«… Dans ce moment de mêlée et de tourmente littéraire, qui faut-il plaindre, ceux qui meurent ou ceux qui combattent ? Sans doute, il est triste de voir un poète de vingt ans qui s’en va, une lyre qui se brise, un avenir qui s’évanouit ; mais n’est-ce pas quelque chose aussi que le repos ?

N’est-il pas permis à ceux autour desquels s’amassent incessamment calomnies, injures, haines, jalousies, sourdes menées, basses trahisons ; hommes loyaux auxquels on fait une guerre déloyale ; hommes dévoués qui ne voudraient enfin que doter le pays d’une liberté de plus, celle de l’art, celle de l’intelligence ; hommes laborieux qui poursuivent paisiblement leur œuvre de conscience, en proie d’un côté à de viles machinations de censure et de police, en butte de l’autre, trop souvent, à l’ingratitude des esprits mêmes pour lesquels ils travaillent ; ne leur est-il pas permis de retourner quelquefois la tête avec envie vers ceux qui sont tombés derrière eux, et qui dorment dans le tombeau ? Invideo, disait Luther dans le cimetière de Worms, invideo, quia quiescunt...

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