catholicisme

16 oct 2017

Auguste Comte exprime donc un besoin historique, celui d'annoncer une nouvelle mentalité. Il lève le drapeau de la fin de la superstition, ce qui équivaut pour lui à annoncer le triomphe de l'ère industrielle, de la conception terre à terre de l'industriel. 

Comme il le dit dans son Discours sur l'esprit positif, les superstitions sont condamnées à graduellement disparaître, cédant la place à l'approche nouvelle : « A mesure que les lois physiques ont été connues, l’empire des volontés surnaturelles s’est trouvé de plus en plus restreint, étant toujours consacré surtout aux phénomènes dont les lois restaient ignorées. »...

24 sep 2017

Pseudo-Denys l'Aréopagite, en niant la dialectique au profit de l'unité suprême tout en reconnaissant la réalité matérielle, n'est pas loin du panthéisme. Cependant, en niant le mouvement, il ne peut pas y aboutir, basculant de ce fait dans une religiosité où c'est Dieu qui met en mouvement.

Ce mouvement est insuffisant, car la vie matérielle est nécessairement « pleine de mutabilité et d'angoisses » ; la hiérarchie permet de donner du sens et de faire en sorte « de nous unir à Dieu autant qu'il est possible »...

22 sep 2017

La dimension panthéiste du christianisme représente l'expression de sa base dynamique, correspondant à la modification profonde de la réalité et au besoin de cette modification. Karl Marx a explicité de manière tout à fait claire le double aspect de la religion, qui est à la fois consolation et protestation, en plus d'être, en tant qu'idéologie, un reflet.

Cependant, la dimension dynamique est nécessairement atténuée, freinée, paralysée par la conception du monde qui attribue aux cieux une valeur supérieure à la réalité terrestre...

21 sep 2017

Le grand souci de l'approche de Pseudo-Denys l'Aréopagite, par rapport à la nature même de la religion, est que le principe d'incarnation utilisée afin de christianiser le néo-platonisme aboutit, de manière inévitable à une divinisation de l'être humain.

D'un côté, cette divinisation est reportée à la fin des temps, à la résurrection...

18 sep 2017

Pseudo-Denys l'Aréopagite - 9e partie : imiter Dieu

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Pour mieux saisir la démarche de Pseudo-Denys l’Aréopagite, si capitale pour le christianisme, revenons sur les points essentiels. Le premier est que selon lui, il faut une hiérarchie spirituelle sur Terre imitant ce qu'il y a dans les cieux.

De la même manière que depuis Dieu, l'illumination tombe en cascade sur les anges selon leur hiérarchie, l’Église fait ruisseler sur Terre le message divin...

17 sep 2017

Naturellement, la combinaison néo-platonisme – christianisme pose un problème : si le néo-platonisme est magique et de type symbolique, la Bible s'appuyant sur l'incarnation ne cesse d'employer des expressions très concrètes, des images tout à fait bien définies.

Pour cette raison, Pseudo-Denys l’Aréopagite a été obligé de nier que ce qui est raconté dans la Bible doit être interprété de manière littérale ; il s'agit uniquement de symboles, car l'humanité ne peut pas comprendre des vérités la dépassant...

12 sep 2017

Le problème de l'approche de Pseudo-Denys l’Aréopagite est qu'il est obligé de pratiquer la fuite en avant, afin de maintenir l'équilibre entre un Dieu inaccessible et indéfinissable (comme chez Plotin) et une religiosité mystique (comme chez Proclus). Il est obligé, par conséquent, de renforcer le principe de l'incarnation.

Ainsi, la combinaison de l'esprit initiatique et de la théologie négative aboutit à une démarche insistant grandement sur la symbolique. Il s'agit en effet d'imiter les formes divines...

10 sep 2017

Le souci de la dimension initiatique est qu'il est nécessaire de la justifier, surtout que le message de Jésus est universel. Comment combiner un message universel avec une démarche hiérarchisée et sélective, non universaliste ?

Pseudo-Denys l’Aréopagite se voit obliger de justifier le clergé en se fondant sur le principe de Proclus : l'illumination ne touche pas tout le monde pareillement, il faut une purification qui est un cheminement avec plusieurs étapes, selon les « forces » spirituelles qu'on est capable de mettre en branle...

9 sep 2017

Pseudo-Denys l’Aréopagite est donc quelqu'un qui puise dans le néo-platonisme, mais il résout le conflit entre la conception d'un Un divin isolé (comme chez Plotin) et celle d'un monde d'en bas rempli d'entités magiques issus du Un divin (comme chez Proclus).

Il résout cette opposition entre en haut et en bas au moyen de l'incarnation, Jésus étant à la fois Dieu et homme, dans une même unité. Jésus permet donc un « appel d'air », faisant entrevoir comment accéder au divin depuis le monde matériel...

8 sep 2017

Si le christianisme apporte l'individualité, il est frappant que le protestantisme ne se développe que seize siècles après Jésus. Auparavant, on a le christianisme hiérarchisé, avec un clergé s'opposant aux laïcs.

Il y a deux raisons à cela. La première, matérielle, est que le système esclavagiste ne s'est effondré que par à-coups, que l'individu n'émergera au sens strict que par le capitalisme. Le statut de serf, intermédiaire entre l'esclave et l'individu autonome, va exister pour toute une période historique, celle de la féodalité...

6 sep 2017

Le Corpus Dionysiacum représente un ensemble de très haut niveau, formant le cœur même de ce que va être le christianisme. Lorsque Martin Luther remettra en cause l’Église catholique romaine au XVIe siècle, il se verra ainsi dans l'obligation de rejeter Pseudo-Denys l'Aréopagite.

Mais pourquoi avoir repris le nom de Denys l'Aréopagite, mentionné par Paul ? En fait, ce choix est d'une importance capitale...

5 sep 2017

L'histoire des écrits du Pseudo-Denys l'Aréopagite et de qui il est réellement est particulièrement tourmentée. D'ailleurs, l'Église orthodoxe réfute encore l'idée que Denys l'Aréopagite et Pseudo-Denys l'Aréopagite seraient deux personnes différentes ; en France, on a même temporairement également assimilé Denys l'Aréopagite, le Pseudo-Denys l'Aréopagite et Saint-Denis.

Cet aspect problématique est d'autant plus frappant que, dans ses écrits, Pseudo-Denys l'Aréopagite souligne grandement la nécessité de maintenir secret les enseignements les plus importants, voire même le cœur de la doctrine chrétienne...

3 sep 2017

Augustin, Pseudo-Denys l'Aréopagite et Boèce sont trois penseurs ayant joué un rôle historique capital, dans la mesure où ils ont été ceux qui, aux IVe - Ve - VIe siècles, ont réussi à faire du christianisme une idéologie cohérente et systématique.

Ils ont ici répondu à un besoin historique très particulier, permettant au christianisme de ne pas en rester au niveau d’une conception religieuse parmi d’autres, avec des sectes vivant à l’écart du monde de manière unilatérale...

27 aoû 2017

Augustin, avec son approche conceptuelle du césaro-papisme et du péché comme base de l'expérience réelle de l'Humanité depuis Adam, avec sa conception idéaliste du rapport entre l'Un et le Multiple, détermina pour plusieurs siècles le christianisme. Sa fusion du manichéisme et du néo-platonisme, de l'incarnation et de l'Évangile, l'a véritablement porté par ailleurs, étant à la croisée de toute une production d'une très riche intensité.

C'est la base d'une production extrêmement prolixe historiquement, avec ses polémiques, ses conseils techniques, ses nombreux ouvrages idéologiques.

26 aoû 2017

Augustin – 13e partie : le culte des nombres

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Il est significatif que le mysticisme d'Augustin puise dans la clef véritable de l'idéalisme religieux, à savoir le culte des nombres. C'est la conséquence obligatoire de la conception idéaliste du rapport entre l'Un et le Multiple.

Puisque Dieu est 1, la réalité qui est multiple s'appuie sur ce 1. Les nombres, invisibles à la matière, aux corps, composeraient l'univers, aussi faut-il se tourner vers le concept de Dieu...

24 aoû 2017

Augustin – 12e partie : l'Un et le multiple

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Le souci de l'exigence du combat du bien contre le mal, c'est que chez Augustin, ce qui compte c'est la dimension mystique ; l'idéalisme amène l'anéantissement de la matière au profit du Un divin. À ce niveau, l'œuvre véritablement massive d'Augustin en termes de quantité est parsemée de réflexions sur l'unité divine, en laquelle il faut se fondre.

C'est l'expression du néo-platonisme dans le catholicisme, au moyen d'une rencontre du manichéisme opposant le bien et le mal avec le principe de l'incarnation d'un Dieu absolu...

23 aoû 2017

Pourquoi Augustin maintient-il la figure des démons ? La raison est évidente : dans une société humaine encore largement désorganisée, il faut bien expliquer que des choses mauvaises se produisent, et cela d'autant plus après l'incarnation divine du Christ.

Il s'agit d'un renouvellement du manichéisme, dans le cadre de la logique de l'incarnation, de la reconnaissance d'un Dieu uni-total...

22 aoû 2017

Il n’en reste pas moins que, malgré sa prise de distance avec Platon qui est pourtant largement valorisé, il était nécessaire à Augustin de procéder à la liquidation du néo-platonisme. Il écrit pour ce faire de très nombreux chapitres dans La Cité de Dieu contre les païens, afin de dénoncer la démonologie du néo-platonisme (qu’il assimile par ailleurs au platonisme en tant que tel).

En effet, en l’absence d’incarnation divine d’un Dieu unique isolé, le néo-platonisme a dû concevoir toute une série d’étapes intermédiaires peuplés de dieux et de démons...

20 aoû 2017

Il est évident qu’il était compliqué pour Augustin d’affirmer à ce point la valeur du platonisme, un courant païen, aussi a-t-il dû justifier « comment Platon a pu autant approcher de la doctrine chrétienne » qui est, faut-il le rappeler, une révélation.

Il précise par conséquent à ce sujet : « Parmi ceux qui nous sont unis dans la grâce de Jésus-Christ, quelques-uns s’étonnent d’entendre attribuer à Platon ces idées sur la Divinité, qu’ils trouvent singulièrement conformes à la véritable religion. »...

19 aoû 2017

Là où Augustin tombe véritablement le masque de sa démarche de sa synthèse platonisme - manichéisme - christianisme, c'est avec son éloge de Platon, un païen pourtant. On a ici quelque chose de tout à fait similaire à ce que fit Pseudo-Denys l'Aréopagite, bien que celui-ci ait une approche différente, puisque purement néo-platonicienne à l'initial.

Dans La Cité de Dieu contre les païens, Augustin fait ainsi une présentation approfondie de la philosophie, y compris des pré-socratiques, c’est-à-dire les philosophes comme Pythagore et Thalès, qui devancent Socrate, Platon et Aristote...

16 aoû 2017

Le soutien à participation au régime impérial, le refus des courants populaires (comme le donatisme) et d'une religion rationaliste (comme le pélagianisme l'exigeait), tout cela imposait à Augustin de renforcer toujours plus une vision du monde où l'Humanité a un statut inférieur, relevant de quelque chose de mauvais.

C'était nécessaire, afin d'empêcher justement que prime une perspective rationaliste de la religion. Augustin se tourne de manière violente vers une intériorisation de la religion, dans une démarche résolument anti-rationaliste...

15 aoû 2017

De multiples oppositions sont nées au cours de l'affirmation de cette sorte de césaro-papisme, d'intégration de la religion dans le système de domination impériale restructurée.

Augustin va appuyer de toutes ses forces l'écrasement dans la violence des chrétiens donatistes, expliquant même que face à « la barbare et violente hérésie des Donatistes, toute indulgence pourrait paraître plus cruelle que leur cruauté même ». Ce donatisme était, de fait, l'expression d'une grande radicalité...

14 aoû 2017

Augustin – 4e partie : le césaro-papisme

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Augustin, né en 354, émerge comme figure historique dans la continuité du tournant de Constantin. De fait, à la mort de Théodose, en 395, l'Empire se divisa avec ses fils en Empire romain d'occident et Empire romain d'orient, et cela définitivement contrairement aux apparences alors. Le processus d'effondrement continua, et en 410 les Goths pillèrent Rome.

Augustin, qui avait déjà fait la louange, le panégyrique, de Valentinien II dans les années 380, prit donc l'occasion de la chute de la ville de Rome pour rédiger, de 413 à 427, les 22 livres de La Cité de Dieu contre les païens. On y trouve une conception qui rejoint ce qui sera qualifiée bien plus tard de « césaro-papisme ».

13 aoû 2017

Il faut saisir ici le contexte historique, pour comprendre la portée politique du fanatisme d'Augustin, qui formule en fait une nouvelle idéologie pour un nouveau régime, né des décombres de l'Empire romain.

Augustin est né en 354 et à cette époque, le régime impérial n'en finit pas de s'effondrer. Il est cependant déjà largement christianisé...

12 aoû 2017

La grande actualité pour Augustin, c'est l'effondrement de Rome. Lui-même de culture romaine, pétri de rhétorique et de littérature latine, il a notamment voyagé à Carthage, puis Milan. Et il constate la fin de l'empire, qu'il analyse profondément dans La Cité de Dieu contre les païens, ainsi que dans De la ruine de Rome. Il oppose la puissance de Rome à celle du message du Christ ; l'effondrement de Rome est la preuve de la vanité de ce qui est terrestre...

11 aoû 2017

Augustin – 1re partie : «il existe deux cités»

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Augustin est l'une des plus grandes figures du christianisme ; aux côtés d'Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon et Grégoire le Grand, il est l'un des quatre Pères de l'Église catholique romaine ; avec Thomas d'Aquin, il forme le binôme suprême de l'idéologie catholique.

Né en 354 et mort en 430 en Algérie actuelle, vivant dans une société prolongeant directement les conquêtes romaines et lui-même étant d'origine berbère, latine et phénicienne, Augustin a suivi les modes intellectuelles propre à la culture romaine d'alors. Il s'est d'abord rapproché des philosophes (c'est-à-dire du platonisme), puis des manichéens, avant d'embrasser le christianisme, dont il est devenu par la suite l'idéologie...

13 juil 2017

Il va de soi que le néo-platonisme ressemble outrageusement au christianisme apparu juste avant lui ; en fait, les deux courants se sont nourris l'un l'autre. On ne peut nullement comprendre le christianisme, surtout le catholicisme, sans connaître Plotin et ses thèses qui forment le squelette même du mysticisme anti-matérialiste, où il s'agit de se tourner uniquement vers ce qui n'est pas matière.

Voici ce que dit Plotin par exemple sur le rapport entre l'Un, l'intelligence et l'âme (ici désigné par l'intellect) – on croirait lire une explication du rapport entre « le Père, le Fils et le Saint-Esprit » :

« L'Intelligence est belle sans doute; elle est la plus belle des choses, puisqu'elle est éclairée d'une pure lumière, qu'elle brille d'un pur éclat, qu'elle contient les êtres intelligibles, dont notre monde, malgré sa beauté, n'est qu'une ombre et qu'une image...»

7 juil 2017

Les néoplatoniciens n'ont jamais fait que redire ce que Platon avait dit (dans le Timée, entre autres). On sait peu de choses sur les platoniciens suivant l'effondrement d'Athènes, mais il est certain que les néoplatoniciens ne sont ici nullement originaux et n'ont jamais prétendu modifier ou renouveler Platon.

Ce qui justifie d'une certaine manière le terme, c'est qu'ils intègrent dans leur philosophie ce qu'ils pensent être la philosophie d'Aristote, pourtant opposée à celle de Platon. Il ya là un moment complexe, éminemment dialectique...

25 mai 2017

Avoir son avis pour soi, c'est forcément pratiquer la double vérité : on apparaît d'une certaine manière, aux yeux de l'Église, mais on a un avis personnel. Les commentateurs bourgeois ne sont jamais arrivés à trancher sur le caractère religieux ou non de Michel de Montaigne. Tout comme pour Molière, ils soupçonnent l'athéisme, mais ils voient que dans sa vie, Michel de Montaigne a respecté la religion, que dans les Essais le catholicisme est mis en avant. Ils ratent en fait le principe averroïste de présenter de manière indirecte les thèses de l'athéisme, en raison de la censure et de la répression.

On sait que chaque page des Essais contient une ou plusieurs citations d'auteur de l'antiquité, qu'il s'agit d'une oeuvre de réflexion, avec un regard critique sur soi-même. Il y a de la curiosité, un travail réel qui est fait. Or, Michel de Montaigne explique que pour apprécier la religion, il ne fait pas juger, il faut être pratiquement idiot...

28 déc 2016

À l'opposé de l'esprit modernisateur de Jean-Baptiste Colbert, l'Espagne pratiqua une forme totalement décadente de mercantilisme. Si la France était une monarchie absolue, avec une base féodale et une superstructure en contradiction avec sa propre base, tel n'était pas le cas en Espagne, bastion du féodalisme et du catholicisme.

Le processus de conquête espagnol en Amérique se déroula, par conséquent, dans une optique d'esprit étroit, borné, féodal, ce qui aboutit au fétichisme complet pour l'or. C'est la fameuse figure du conquistador avec son obsession pour ce métal précieux...

4 déc 2016

Quand on s'intéresse à Gustav Klimt, il faut comprendre que tout comme avec Alfons Mucha, on n'a pas affaire en tant que tel à des peintres, mais à des décorateurs.

Les ambulants, en Russie, étaient issus d'une petite couche cultivée liée à une bourgeoisie bien trop faible, les amenant à assumer entièrement la dimension démocratique, se tournant vers la réalité du peuple...

25 nov 2016

Dans le Discours de la servitude volontaire, on trouve une grande réflexion sur les aides administratives et techniques dont dispose le tyran. Ce dernier profite du soutien d'une poignée de gens, qui sont au coeur de ce que nous devons désormais appeler l'appareil d’État.

Voici comme est présenté le « secret » de l'existence même de la domination du tyran : déjà, il ne s'agit pas du pouvoir armé...

23 nov 2016

Nous avons donc une œuvre, le Discours de la servitude volontaire, qui dénonce non pas une forme générale de pouvoir comme la monarchie, mais bien spécifiquement la tyrannie. Il est parlé du pouvoir et ce sont des exemples historiques qui sont donnés, mais on peut très bien appliquer ce qui est expliqué à l’Église catholique et dénoncer le Pape, pour aboutir à une forme d'organisation comme celle des protestants.

Cet appel à rejeter la tyrannie s'appuie, par ailleurs, sur un principe d'autonomie individuelle propre au protestantisme et à l'humanisme...

18 nov 2016

Dans le Discours de la servitude volontaire, on trouve cet appel pathétique :

« Chose vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu’il faut plutôt en gémir que s’en étonner) ! c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel...»

11 nov 2016

Nous sommes au XVIe siècle et en août 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy propage une violente onde de choc anti-protestante. La terreur catholique s'instaure, sanglante.

Voici comment l'un des plus grands juristes de l'époque,François Hotman, témoigne de son émotion dans une lettre du 30 octobre 1572, alors qu'il se réfugie à Genève :

« Hier soir, je suis arrivé ici, sauvé par la Providence, la clémence et la miséricorde de Dieu, échappé au massacre, œuvre de Pharaon…

11 nov 2016

Influencé par le Discours merveilleux, La France-Turquie, c’est à dire, conseils et moyens tenus par les ennemis de la Couronne de France, pour réduire le Royaume en tel état que la tyrannie turquesque fut publié en 1575, en trois parties distinctes tout d'abord.

La première, Conseil du Chevalier Poncet, donné en presence de la Royne mere & du Conte de Retz, pour reduire la France en mesme estat que la Turque, consiste en la présentation des conseils donnés par un chevalier Poncet à Catherine de Médicis après avoir visité l'empire ottoman...

4 nov 2016

Le problème historique de la France est qu'elle a été influencée tant par l'humanisme et le protestantisme d'un côté, que par la Renaissance italienne et le baroque de l'autre. Or, cela est résolument contradictoire, de par les bases historiques de chaque mouvement, le premier étant progressiste, le second ancré dans le catholicisme, l'aristocratie, la réaction.

Pire encore, la nation française étant née à travers l'unification de ces deux pôles antagoniques, leur antagonisme est pour cette raison profondément masqué, inconnu, alors qu'il est justement à la source de profonds déséquilibres et fournit la base à maints événements historiques de notre pays...

25 sep 2016

Avec cet arrière-plan, on ne s'étonnera guère que François de La Rocque se soit rapproché des Croix de Feu, initialement un mouvement d'anciens combattants d'orientation nationaliste.

Tout part de Maurice-Lucien Hanot, dit lieutenant d'Hartoy, au moment où il se rapproche de Joseph Marie François Spoturno dit François Coty, qui est alors un des hommes les plus riches du monde grâce à son industrie de parfum...

6 sep 2016

La canonisation de «mère Teresa»

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Quand on pense qu'il y a cinq cent ans de cela, les calvinistes partaient à l'assaut du monstre catholique pour, entre autres, faire cesser le culte irrationnel des saints, on ne peut qu'être frappé par la présentation médiatique française de la « canonisation » de « mère Teresa ».

C'est à croire d'ailleurs, outre le protestantisme théorisé par cette éminente figure historique progressiste historiquement que fut Jean Calvin, qu'il n'y a pas eu non plus de mouvement des Lumières, ni l'Encyclopédie de Denis Diderot...

26 juil 2016

​A quoi ressemble le régime fasciste une fois qu'il a placé dans l'illégalité toute l'opposition et considérablement affaibli le PCI ?

L'une des choses les plus importantes qu'il réalise, dans le cadre italien, est un accord avec le Vatican, signé le 11 février 1929. Ces « accords de Latran » – du nom du palais du Latran, la résidence du pape – donnent naissance à l’État du Vatican, formellement indépendant, et fait de l’Église catholique, apostolique et romaine la tenante de la religion officielle de l'Italie...

18 mai 2016

Le matérialisme dialectique et le «big bang»

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Selon le matérialisme dialectique, l'Univers est infini, composé uniquement de matière inépuisable. Il s'oppose ainsi à l'idéalisme qui considère qu'il a existé une « création » à partir de rien.

Cette question essentielle de la nature de l'Univers a toujours été une ligne de démarcation entre matérialisme et idéalisme. Dans le tableau L'école d'Athènes, de Raphaël, Platon qui se trouve au milieu pointe vers le ciel, source de la réalité matérielle...

5 mar 2016

Aux yeux du matérialisme historique, Port-Royal exprime donc un courant fondamentaliste. D'où vient-il ? Du décrochage de la religion catholique française par rapport au courant ascendant de la monarchie absolue, qui a établi un accord avec le Vatican au moment d'Henri IV.

La religion catholique est depuis l’Édit de Nantes indissociablement liée à la montée du pouvoir absolu du roi, elle l'accompagne, afin de tenter de récupérer son hégémonie dans la foulée...

4 mar 2016

L'histoire du jansénisme et de Port-Royal a marqué les esprits, surtout de par l'ampleur de la répression subie. Historiquement, deux ans après la mort de Jansénius, parut en 1640 son ouvrage majeur, appelée Augustinus seu doctrina Sancti Augustini de humanæ naturæ sanitate, ægritudine, medicinā adversùs Pelagianos et Massilienses.

L'oeuvre fut mise à l'index par une bulle papale, In eminenti, dans la foulée, en 1642, mais la bulle ne fut publiée qu'en 1643 ce qui laissa le temps aux jansénistes français d'intervenir pour défendre leur idéologie. La polémique fut lancée avec, en 1653, une nouvelle bulle papale, Cum occasione, condamnant le jansénisme, dont les thèses furent résumées en cinq points...

2 mar 2016

Né en 1639, Jean Racine a perdu ses parents dès 1643 et ce sont ses grands-parents paternels qui s'occupèrent de lui, à la Ferté-Milon, non loin de Port-Royal des Champs. Sa tante y était devenue pensionnaire, avant d'y prononcer ses vœux, comme l'avait déjà fait sa propre tante.

A la mort de son grand-père, il rejoint les Petites-Ecoles de Port-Royal Paris, alors que sa grand-mère rejoint l'institution en tant que religieuse...

1 mar 2016

Blaise Pascal (1623-1662) est extrêmement réputé en France, d'abord comme scientifique, ensuite comme auteur des Pensées. C'est là quelque chose d'absurde, car ces deux faces s'opposent radicalement. Blaise Pascal, ayant basculé dans la religion dans une variante mystique, est un fanatique, radicalement opposé aux sciences.

Cela a été une opération de grande envergure du catholicisme que de prétendre qu'il n'y a aucune contradiction dans ces deux aspects, tout comme par ailleurs le fait de nier que la démarche mystique de Blaise Pascal est janséniste et donc différente de la ligne officielle du Vatican...

29 fév 2016

L'école de Port-Royal a pu profiter, dans le cadre de ses activités, du soutien d'un peintre : le belge Philippe de Champaigne (1602-1674). Au départ, celui-ci eut une carrière classique, progressant comme peintre pour le régime : d'abord pour la reine mère, Marie de Médicis, ensuite pour Richelieu, qu'il sera le seul à représenter en tenue de cardinal, onze fois au total. Il devient, dans ce cadre, en 1648, un des membres fondateur de l'Académie royale de peinture et de sculpture. 

Philippe de Champaigne prend cependant le parti pris de Port-Royal, où sa fille est pensionnaire, et où il pense qu'elle a été guérie miraculeusement de sa paralysie. La voici, dans son tableau le plus célèbre, intitulé Ex-voto. En-dessous, on a le Double portrait de Mère Agnès et de Mère Angélique...

24 fév 2016

Avec Blaise Pascal et les peintures appelées « vanités », La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette (1634-1693) fait partie des grandes références « jansénistes » des professeurs de français au lycée.

C'est un grand « classique » qui, en fait, n'en est absolument pas un ; il est, dans ses valeurs, son expression, en contradiction formelle avec le XVIIe siècle, le grand siècle français...

23 fév 2016

Port-Royal apparaît comme le pendant de René Descartes : la démarche est la même, mais René Descartes a historiquement servi indirectement la bourgeoisie et sa volonté d'aller à la science, alors que Port-Royal rejetait la science.

C'était donc plus clair et plus franc du côté de Port-Royal, alors que René Descartes se noyait dans ses contradictions, étant religieux mais devant publier ses œuvres aux Provinces-Unies par crainte de l’Église...

22 fév 2016

Comment saisir le fondamentalisme de Port-Royal ? En fait, il existe un épisode absolument méconnu de tous les discours sur le « jansénisme », qui pourtant révèle la nature de celui-ci. La responsable de Port-Royal, Agnès Arnauld, a en effet écrit un texte mystique intitulé Chapelet Secret du Saint-Sacrement.

Ce texte fut écrit à la demande de son confesseur, Charles de Condren (1588-1641), qui voulait connaître son rapport à Jésus. Charles de Condren était une figure très importante de l'Oratoire de Jésus-et-Marie-Immaculée de France, fondé par Pierre de Bérulle, qui comme on le sait joua un rôle déterminant pour Saint-Cyran...

19 fév 2016

La treizième lettre s'adresse directement aux jésuites, leur répondant directement, mais de manière publique, et même politique. Blaise Pascal, en effet, attaque entièrement les jésuites ; il ne fait pas que les critiquer, il les dénonce et appelle à leur élimination. Ce n'est compréhensible que si l'on saisit cette question de la régénération mystique prônée par Port-Royal.

Car l'objectif de Port-Royal est de régénerer l’Église au moyen du « coeur », de l'adoration, du mysticisme. Blaise Pascal expose donc son point de vue de manière très franchement, et c'est donc très différent d'auparavant...

18 fév 2016

En quoi fut-il intéressant pour Port-Royal de s'appuyer sur René Descartes face aux jésuites ? Eh bien, l'accusation contre les jésuites tenait à ce qu'ils adaptent leurs règles selon les gens.

Or, ils se référent pour cela à la scolastique, c'est-à-dire la logique développée à partir des écrits d'Aristote. Il était donc nécessaire à Port-Royal d'expliquer que les jésuites tronquaient les définitions, que leur « casuistique » était incohérente...

17 fév 2016

La onzième lettre inaugure les messages directs de Blaise Pascal – qui écrit de manière anonyme – aux « Révérends Pères ». On passe ici à l'offensive ouverte, et on devine qu'il y a une véritable théologie pour se le permettre.

Attaquer les jésuites de front est en effet très osé, surtout que le vocabulaire est outrancier : « opinions extravagantes », « décisions si fantasques et si peu chrétiennes » désignent les opinion des jésuites, tandis que Blaise Pascal assume entièrement un « discours de moquerie » une « ironie piquante »...

16 fév 2016

Port-Royal entendait refuser l'approche des jésuites, visant à aller sur le terrain de ceux qui sont opposés à Dieu. Mais comment faire pour synthétiser cette approche sans basculer dans le mysticisme pur et simple?

C'est là qu'on voit que Port-Royal est une école de pensée, qui n'est pas parvenu à établir une doctrine, mais qui a tenté d'aller en ce sens...

15 fév 2016

La dixième lettre est pratiquement la dernière des Provinciales, les autres se voulant des lettres ouvertes à des révérends pères, c'est-à-dire des religieux. On notera qu'historiquement, ces attaques auront un grand écho dans leur attribution d'une mauvaise image des jésuites, du point de vue catholique lui-même.

Il s'agit d'une dénonciation des jésuites, du côté catholique même. Voici un exemple significatif, avec la définition justement de l'adjectif révérend par le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales...

14 fév 2016

Le terme « janséniste » fut formé par le camp des jésuites, qui tentaient ainsi de présenter Jansénius comme une sorte de nouveau Jean Calvin, de fondateur d'un nouveau schisme, un danger pour l'Église. 

Jansénius, cependant, voulait refonder l’Église, plus que l'abolir ; quant à ses partisans français, ils représentaient un courant aux idées multiples, uni dans l'opposition aux jésuites et la volonté d'une quête spirituelle...

11 fév 2016

Lorsque Blaise Pascal commence la huitième lettre, il remarque que beaucoup de gens se demandent qui est l'auteur des Provinciales, mais que personne ne le sait. Il souligne également qu'il apprend ce que pensent les jésuites en masquant sa véritable opinion à ce sujet.

Toutefois, il ne la donne pas encore et la raison, pour nous, est qu'il ne peut pas le faire, parce que le point de vue « janséniste » n'a pas été encore synthétisé. Le point de vue « janséniste » est une approche mystique rejetant les jésuites, mais il n'y a pas de proposition stratégique pour la société française...

10 fév 2016

Il va de soi que le jansénisme en tant que courant religieux ne fut pas en mesure de s'implanter aussi rapidement en France, sans disposer d'une base pour cela. Le paradoxe est que cette base ne fut pas janséniste ; en fait, on peut quasiment dire que le jansénisme n'a en tant que tel jamais existé, étant pris comme prétexte par les uns et les autres. Il existait toutefois un dénominateur commun : un esprit tendant au renouveau de la spiritualité, contre l'aridité intellectuelle et philosophique des jésuites.

On trouve à l'origine de cette base le cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), qui dirige la faction catholique pro-autrichienne, totalement cléricale-féodale, dans le contexte de l'Édit de Nantes et de la politique de modernisation du roi Henri IV...

9 fév 2016

Dans les sixième et septième lettres, Blaise Pascal est dans son élan ; les lettres ont eu leur succès, il peut approfondir le niveau, faire passer des messages plus âpres, avec davantage de profondeur théorique. Il peut tenter le saut qualitatif pour faire des lettres un vecteur idéologique.

Dans ces nouvelles lettres, il fait par conséquent parler un jésuite et lui fait décrire un véritable catalogue de situations, avec à chaque une fois une analyse des « intentions ». On lit par exemple et l'exemple est brutal : « Et même, selon notre célèbre P. Lamy, il est permis aux prêtres et aux religieux de prévenir ceux qui les veulent noircir par des médisances, en les tuant pour les en empêcher. Mais c’est toujours en dirigeant bien l’intention »...

6 fév 2016

Le jansénisme est donc un espace, qui permet de réaliser une offensive anti-jésuite dans la mesure où sa dynamique en est totalement indépendante. Et ce qui est frappant, c'est qu'en apparence, les lettres de Blaise Pascal que sont les « Provinciales » ne dépassent pas une critique absolue des jésuites. C'est le cas de la cinquième lettre, qui semble n'être qu'une critique morale. 

On verra par la suite que l'ampleur de la critique possède un véritable fond, de type mystique et fondamentaliste. Au départ des lettres cependant, on est toutefois dans une opération de communication moraliste, sur un ton moqueur...

4 fév 2016

Regardons ce que dit Cornelius Jansen, par rapport à la critique anti-jésuite de Blaise Pascal. Que dit Cornelius Jansen ? Il a exprimé sa thèse de manière la plus développée dans Augustinus, une œuvre posthume publiée en 1640. Ce fut considéré alors, notamment par les jésuites, comme une « déviation » au sein du catholicisme, qui fut appelée « jansénisme ».

Cornelius Jansen accepte en effet le point de vue calviniste de la prédestination divine : pour le protestantisme façonné par Jean Calvin, il n'y a pas d'intermédiaire entre soi et Dieu, et Dieu a décidé, dans sa toute-puissance...

3 fév 2016

Le jansénisme est donc né aux Pays-Bas, avec comme base le patriciat, qui pour exister ne pouvait pas accepter ni le calvinisme bourgeois, ni les jésuites et leur apologie du féodalisme le plus strict. Il s'agit d'une idéologie indépendante tant du calvinisme, que des jésuites. A ce titre, on peut la reprendre et s'en inspirer. C'est ce que fait Port-Royal, qui y voit un outil pour ses propres thèses, qui restent à exposer.

Cependant, il est un fait qu'il faut bien saisir de prime abord. En France, on a considéré souvent que puisque l'école de Port-Royal combattait les jésuites, et que ceux-ci étant les partisans de la féodalité, alors Port-Royal serait anti-féodal. On a justifié cela notamment en remarquant que les gens s'intéressant au jansénisme dans l'Eglise catholique au 18e siècle avaient une logique d'Eglise française, opposée aux jésuites et au Vatican, voire soutenant la révolution française en représentant les intérêts du bas-clergé...

1 fév 2016

Pourquoi Blaise Pascal peut-il viser les jésuites de manière aussi forte ? Il ne peut, de fait, le faire que parce que le jansénisme qu'il propage a un noyau idéologique suffisamment fort pour cela. Cela nous ramène à la question de la genèse du jansénisme, qui va nous expliquer l'indépendance idéologique du jansénisme par rapport à la noblesse et à l'Église.

En fait, la plupart des grandes villes de Flandres, du Brabant et de la principauté de Liège sont historiquement des « villes à charte ». Ces chartes, achetées à grand prix, leur conféraient des droits communaux forts, ainsi qu’une certaine indépendance vis à vis de la féodalité...

31 Jan 2016

Jansénius a donc agi aux Pays-Bas, dans un contexte différent de celui de la France. Mais si sa conception avait un intérêt pour des gens en France, c'est qu'elle répondait à leurs attentes. Ce qui est en jeu en fait, dans la défense du jansénisme ou plus exactement de l'abbaye de Port-Royal, c'est l'offensive anti-jésuite.

Ainsi, si les deux premières lettres avaient exposé le contenu théologique de l'affaire, Blaise Pascal profite du succès des lettres – et avec lui l'équipe de Port-Royal qui supervise leur contenu – pour déplacer le débat, pour l'accentuer et attaquer les jésuites en tant que jésuites, ce qui est par ailleurs le véritable objectif fondamental de Port-Royal...

29 Jan 2016

Pour comprendre la position du jansénisme sur la grâce de Dieu, il faut voir comment celui-ci est né.

Le terme de jansénisme vient de l’évêque de la ville flamande d'Ypres, Cornelius Jansen (1585-1653), qui a donné son contenu à ce courant religieux. En français, il fut appelé Jansénius. Ses idées elles-mêmes sont en continuité de celles de Michael Bajus (1513-1589), un professeur de l'université de Louvain, connu en France sous le nom de Michel De Bay...

28 Jan 2016

Pour comprendre ce qu'est le jansénisme, il faut saisir ce qui s'est déroulé précisément dans la France du XVIIe siècle, et pour cela étudier la constitution de la polémique provoquée par les lettres écrites par Blaise Pascal et appelées Provinciales. En effet, chacune d'entre elles révèle un aspect particulier permettant de comprendre le jansénisme en tant que phénomène.

Publiées anonymement et diffusées une par une, elles racontaient la répression contre les jansénistes, telle que contée par un parisien à quelqu'un en province. Le tirage, clandestin, passa rapidement de 2000 à 10 000 exemplaires. Elles furent ensuite rassemblées sous le titre de Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères...

27 Jan 2016

C'est un phénomène historique qui a eu relativement peu d'importance en France, voire qui a été insignifiant. Pourtant, il a exercé une fascination continuelle dans la petite-bourgeoisie intellectuelle. Cela est tellement vrai que les professeurs de français, en classe de première, y accordent encore aujourd'hui systématiquement toute leur attention.

Il y a une bonne raison pour cela : le jansénisme possède, en son cœur, quelque chose qui frappe la petite-bourgeoisie intellectuelle, qui l'attire, qui exerce une fascination qui ne s'est jamais démentie. C'est une forme ambiguë, une manière de voir les choses qui aboutit à une démarche visant à faire pression, pas à contester ou à révolutionner...

16 Jan 2016

Il n'est pas possible de comprendre la guerre d'Espagne sans saisir climat de terreur et de contre-violence systématiques qui ont régné. La situation était marquée par des urgences, des choix difficiles pour les républicains, alors que la ligne de l'armée de Francisco Franco était exterminatrice et justifiée idéologiquement, depuis 1937, par les Falange Española Tradicionalista y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista, fusion idéologique des troupes d'extrême-droite pour mobiliser la population dans une orientation désormais fasciste.

On a un exemple parlant de la violence régnant alors avec les troupes basques décidant en 1936 de capituler face à l'armée de Francisco Franco à San Sebastián, afin de préserver la ville de la destruction, et exécutant les miliciens anarchistes opposés à la reddition...

10 oct 2015

Le grand secret de l'origine de la tragédie en France, de son succès, vient donc de là : c'est un moyen de s'opposer au calvinisme. La tragédie française naît du terreau stoïcien ; c'est la tragédie de Sénèque qui est la grande source intellectuelle.

Or, Jean Calvin est directement en opposition avec le stoïcisme, dont il rejette tant le concept d'apathie que celui de destin...

2 oct 2015

La révolution française était ainsi sur le plan du contenu bien plus proche d'Henri IV, de par les forces sociales en action. Le grand paradoxe est que le protestantisme fut utilisé pour moderniser l'appareil d'État, contre les forces anciennes de la féodalité, mais que le protestantisme fut abandonné par pragmatisme.

Henri IV se plaçait clairement au-dessus des religions et il ne reconnaissait leur existence que dans une logique pratique. En ce sens, il annonce absolument Richelieu. Il développe l'économie politique de la monarchie absolue et il contribue à donner à la culture politique française le culte du sens politique, du « flair »...

24 sep 2015

Ayant installé son gouvernement en Touraine après l'échec de la prise de Paris, Henri IV parvient à lancer une offensive militaire et à écraser la Ligue à Ivry en mars 1590. La question nationale, permise dans son existence même par la monarchie absolue, va alors se poser dans toute son ampleur.

Le soutien espagnol provoque un trouble certain sur le plan de la conscience nationale, qui saisit que l'éventuel succès de la Ligue renforcerait l'Espagne aux dépens de la France, voire briserait la France, en renforçant la féodalité de type médiéval...

23 sep 2015

Successeur de Henri III, Henri de Navarre procède par étapes. Tout d'abord, il lui faut trouver un terrain d'entente avec le pape et les catholiques, tout en contournant la faction catholique française alliée au roi d'Espagne.

C'est la seule possibilité de rétablir une stabilité politique et économique relative, et par là relancer le processus de monarchie absolue...

18 sep 2015

Au moment de l'Édit de Nantes, le pouvoir royal dispose d'une base nationale permise par la naissance d'un marché mis en place par le capitalisme naissant. Il s'élance dans la monarchie absolue par la synthèse nationale, à travers l'administration et l'armée.

Toutefois, autant le catholicisme semble une force sociale toujours plus faible, autant le protestantisme a une base problématique pour la monarchie absolue, dans le cadre français...

17 sep 2015

L'Édit de Nantes - 1re partie : trois factions

Submitted by Anonyme (non vérifié)

L'Édit de Nantes est un épisode historique d'une très grande importance dans l'histoire de notre peuple. La France a connu de multiples épisodes de guerres de religion entre catholiques et protestants, et cet édit a été un moment de vivre ensemble particulièrement notable, avant que le protestantisme ne soit ensuite pratiquement définitivement pourchassé et anéanti dans notre pays.

Toutefois, la connaissance de cet épisode historique capital pour le développement culturel de la France exige également de comprendre l'importance de la monarchie absolue, qui s'élance précisément avec François Ier, se développe à travers Henri IV et son Édit de Nantes, pour culminer avec Louis XIV...

4 sep 2015

« Il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères » disait Jean de La Bruyère, et effectivement les drames qui se nouent autour des migrants sont poignants. Rien de pire, toutefois, que de ne pas avoir d'attitude matérialiste et de confondre le drame humain de la migration avec ce que celle-ci représente actuellement.

Et c'est un chantage moral littéralement ignoble qu'a fait le journal Le Monde hier en publiant, en gros titre de ses versions papier et web, le cadavre d'un enfant de 3 ans, trouvé mort sur la plage de Bodrum en Turquie, lors d'une tentative de sa famille de rejoindre l'île grecque de Kos, juste en face...

13 aoû 2015

Jean (ou John) Duns Scot (1266-1308) fut un Écossais surnommé le « Docteur Subtil », et s'il fut en effet subtil, c'est parce qu'il a défendu la dignité du réel face au dogme idéaliste de l'abstraction défendue par l’Église catholique.

Ainsi, si Jean Duns Scot a été incapable d'avoir une vision scientifique générale comme l'ont eu Avicenne et Averroès, il a parcouru un chemin inverse y contribuant : au lieu de défendre le matérialisme sur le plan de l'universalité (comme Avicenne, Averroès, Spinoza), il l'a fait sur le plan du particulier...

12 aoû 2015

Pour comprendre l'importance du matérialisme anglais, il faut saisir la signification d'une bataille idéologique de grande ampleur ayant eu lieu au Moyen-Âge.

Ce qui a été appelé historiquement la « querelle des universaux » fut, en effet, un élément clef de l'histoire. Avec l'irruption des œuvres d'Averroès en Europe, c'est l'une des deux grandes dynamiques médiévales permettant l'affirmation du matérialisme...

28 juil 2015

La figure de « Joris-Karl » Huysmans est incontournable du décadentisme de la fin du XIXe siècle, qui est de fait principalement un romantisme noir ; le roman Là-bas de « Joris-Karl » Huysmans, paru en 1891, traite de la scène parisienne de l'occultisme, du spiritisme, de l'astrologie, avec une fascination profonde pour le diable, etc., alors que le personnage principal étudiant la figure de  Gilles de Rais, le principal compagnon de Jeanne d'Arc qui fut mis à mort pour le viol et la mise à mort d'une centaine d'enfants.

En voici un extrait, dont on reconnaît le kitsch déjà présent chez Charles Baudelaire...

25 juin 2015

Comprendre le sens de l'encyclique Laudato Si' par rapport à la question de la nature nécessite, par conséquent, de saisir la signification concrète du dualisme et de son opposé, le monisme. En apparence, en effet, on peut considérer que le discours du pape dans l'encyclique est un appel matérialiste, par exemple à la lecture de cela :

« Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la base même de son existence s’écroule, parce qu’« au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature » (Jean-Paul II)... »

19 juin 2015

Ce qui distingue fondamentalement la période marquée par les débuts de l'humanité civilisée et celle qui sera celle de la république socialiste mondiale, c'est le rapport à la réalité matérielle.

Ce qui a toujours primé, c'est la conception selon laquelle l'humanité serait sortie de la nature, de l'ordre universel. L'humanité « penserait » ; elle aurait une existence séparée du reste. Même le paganisme attribuait d'ailleurs à la réalité des valeurs intrinsèques, tel le destin, ou bien l'honneur, le bonheur, la joie, etc., dont l'humanité pourrait « profiter » en disposant du libre-arbitre...

31 mai 2015

Le protestantisme est le prolongement direct du hussitisme. On doit même parler d'identité, ce que bien entendu seul le matérialisme dialectique est en mesure de constater. La forme et le contenu du hussitisme et du protestantisme sont en tout point similaire.

De fait, de la même manière qu'on y retrouve le rejet des images, on a une remise en cause des cérémonies religieuses traditionnelles et du rôle de l’Église et de son clergé.

Le vrai maître, c'est Jésus, qui parle à l'entendement, par conséquent tout doit tourner autour de lui. Son arrivée bouleverse la tradition qu'on trouvait dans l'Ancien Testament : désormais, chacun est égal face à Dieu...

30 mai 2015

En tant que vision du monde, le calvinisme avait à réaliser une tâche très importante. Le mouvement hussite – à la base du protestantisme – avait attaqué vigoureusement l’Église catholique pour son utilisation des images, dégradant la dignité de Dieu afin de servir

11 mai 2015

C'est la grande bataille médiatique de ces derniers jours, avec même Manuel Valls se fendant d'une tribune dans Le Monde : qui est donc « Charlie », symbole du mouvement de janvier suite aux attaques contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Casher ? Que représente-t-il ?

Charlie, un démocrate sincère mais plutôt petit-bourgeois...

8 mai 2015

Pourquoi Jean Calvin est-il une figure absolument française, la plus progressiste du XVIe siècle, qui soit si peu connue en France ?

La raison tient à la victoire de la réaction catholique en France, formant un obstacle au progrès qui reste encore à surmonter. L'image de Jean Calvin a été noirci au possible, comme en témoigne la présentation qu'en fait Honoré de Balzac dans son roman Sur Catherine de Médicis, par ailleurs fascinant et qui décrit justement la période décisive pour l'histoire de France où le calvinisme a été écrasé...

9 fév 2015

Pour comprendre le double caractère du baroque dans certains pays, on peut prendre en exemple l'oeuvre du peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio (1571-1610), appelé en français Caravage ou plutôt Le Caravage.

Chaque nation développe certains traits particuliers, qui formeront une contribution à l'humanité unifiée dans le processus que Karl Marx et Friedrich Engels ont appelé le socialisme, précédant la société communiste.

La société italienne n'ayant pas du tout connu le protestantisme, on doit par conséquent discerner dans quelle mesure le caractère national-bourgeois s'exprime, malgré tout, dans voire contre le baroque. Quand on voit cette terrible difficulté, on ne peut qu'être heureux des situations française et tchèque, où le baroque est clairement un objet extérieur, opposé au caractère national-bourgeois...

8 fév 2015

Le baroque se confond avec la contre-réforme, avec l'esprit de la réaction: c'est la règle générale. Cependant, dans certains cas, comme la Belgique et l'Autriche, le baroque a été prolongé y compris dans une phase d'affirmation nationale, ce qui lui confère une dimension populaire certaine, la difficulté étant de scinder l'aspect réactionnaire de l'aspect culturel authentique.

Cela ne saurait toutefois être le cas pour la Bohême-Moravie, pays dominé par l'Autriche et connaissant une colonisation idéologique dans le cadre de l'oppression nationale. Si Prague est une ville baroque, ce baroque ne saurait avoir le même sens celui de Vienne, où la bourgeoisie parvient lentement à s'affirmer aux côtés de la monarchie essayant de devenir absolue...

6 fév 2015

Le baroque espagnol est l'un des sujets les plus difficiles à interpréter. Le baroque prend son élan à un moment où l'Espagne est déjà devenue un bastion catholique, tant de par la grande opération de « reconquista » (reconquête) idéologique d'un territoire repris définitivement aux Arabes en 1492, que par la « découverte » cette même année de l'Amérique, avec la colonisation qui s'ensuit, marquée bien entendu par les opérations des missionnaires.

L'Espagne, comme l'Italie, a donc totalement évité la vague protestante ; elle a connu ce qui est appelé un « siècle d'or » de par la vigueur de la monarchie espagnole maintenant une féodalité complète, et ainsi le baroque est devenu un des vecteurs de l'affirmation nationale espagnole...

6 fév 2015

Le baroque fut un outil utilisé par la monarchie autrichienne, rejeté par la monarchie française, mais il est avant tout une expression directe du Vatican.

Historiquement, le baroque initial est avant tout italien ; la moitié des saints est historiquement italienne, comme la quasi totalité des papes : le Vatican a pu faire du pays l'abritant un bastion. Pour cette raison, le baroque italien est d'une richesse démesurée, s'appuyant également sur une aristocratie puissante, passant de la Renaissance et son faste à une affirmation féodale nette.

Là où la situation se complique d'autant plus, c'est avec le manque d'unité nationale italienne. La Sicile, Naples, Rome connaissent des variantes de baroque, même si on reconnaît évidemment la localisation dans le sud du pays, bien plus arriéré sur le plan du mode de production.

30 Jan 2015

Le pont Charles à Prague est un véritable monument culturel, extrêmement connu. Il représente à lui seul tout un épisode du baroque et de sa dynamique agressive. Ce pont, en effet, date de la seconde moitié du XIVe siècle, alors que la monarchie absolue tchèque s'élance, que la tempête hussite bouleverse le pays quelques décennies plus tard.

Mais son identité a été façonnée par les forces ayant triomphé du hussitisme et des Tchèques : l’Église catholique et l'Autriche des Habsbourg. Le pont de 516 mètres de long s'est donc vu ajouté une trentaine de figures en vis-à-vis, au XVIIe et XVIIIe siècles, lors de la domination idéologique du baroque : on y voit Jésus, Marie, des saints dans différentes postures, comme « Saint » François Xavier baptisant des princes indien et japonais...

28 Jan 2015

 « Si c'est là l'amour divin, il m'est très familier » : voici ce qu'a dit quelque proche du matérialisme lorsque, au XVIIe siècle, il vit Thérèse et l'ange, sculptures de Le Bernin (1598-1680), Gian Lorenzo Bernini de son véritable nom italien.

Ce Napolitain est, de fait, la grande figure artistique du baroque, son rôle est central et son style résumé le baroque, comme en témoigne le baldaquin, qui abrite le ciboire (le vase utilisé lors des cérémonies), placé dans la basilique Saint-Pierre. Le Bernin fut le principal architecte porté par le vatican; menant une activité incessante, il est un activiste idéologique de premier plan...

28 Jan 2015

Trente est une ville au nord de l'Italie, très connue pour son « concile », réunion des évêques de l'Église catholique romaine. Ce concile s'est tenu alors que le protestantisme s'affirmait, et le Vatican disposait de deux options principales :

- « mettre de l'eau dans son vin », en s'adaptant au protestantisme : ce sera la ligne du jansénisme, théorisé dans des zones marquées par la pression protestante ;

- aller à l'affrontement : ce sera la ligne des jésuites.

25 Jan 2015

Pour comprendre la dynamique autonome de l'Église catholique et de ses « saints », il faut saisir qu'au cœur du baroque, on a un mouvement extrêmement bien organisé, une sorte d'élite, une armée prête à mener la bataille idéologique : la « Compagnie de Jésus ». Ses membres sont appelés les « jésuites » et ce sont eux qui sont à l'origine de la première église baroque, l'église du Gesù à Rome.

Outil essentiel de la « reconquête » idéologique des masses, les jésuites sont des cadres formés au cours d'un long processus – une quinzaine d'années –, dans un parcours extrêmement dur sur le plan des enseignements (sciences, religion, etc.) et humain, les trois « vœux » consistant en l'occurrence en la pauvreté, la chasteté et l'obéissance au supérieur.

On est là dans une abnégation complète, et ces trois « vœux » sont d'ailleurs symbolisés par pas moins que trois clous perçant un cœur, sous le monogramme latin Jesus Hominum Salvator (Jésus sauveur des hommes), surmonté d'une croix, le tout servant de symbole des jésuites...

25 Jan 2015

Saint Ignace de Loyola - Exercices spirituels (1548)

Submitted by Anonyme (non vérifié)

[Le texte a été approuvé par Paul III le 31 juillet 1548 et édité pour la première fois la même année]

Traduction du texte espagnol par le Père Pierre Jennesseaux de la Compagnie de Jésus
Numérisation de l'édition de 1913 par le Frère Jérôme novice de la même Compagnie
Namur 2005

Annotations

Propres à faciliter l'intelligence des Exercices spirituels qui suivent: utiles à celui qui doit les donner, et à celui qui doit les recevoir.

20 Jan 2015

La compréhension du baroque exige une vision précise de la situation propre à chaque pays, sans quoi on arrive à des contradictions patentes. Un exemple « classique » d'erreur complète des commentateurs bourgeois en France concerne le tableau « Les ambassadeurs », de l'allemand Hans Holbein le jeune (1497-1543).

Selon eux, en effet, l'anamorphose – avec un crâne déformé « caché » au premier plan - fait que ce tableau serait « baroque ». Ce n'est nullement le cas.

En réalité, ce crâne est une allusion à la devise d'un des deux ambassadeurs représentés. Jean de Dinteville avait en effet comme devise « memento mori » (souviens-toi que tu vas mourir), et le globe terrestre à l'arrière-plan est centré sur l'Europe et indique même Policy, c'est-à-dire Polisy, le petit domaine de Jean de Dinteville...

17 Jan 2015

Les saints et les reliques devinrent ainsi une composante vitale des églises. Mais le baroque utilisa de nombreuses autres armes idéologiques. Un élément significatif très connu du baroque, d'une importance extrême pour lui, est ainsi le trompe-l'oeil.

A la base une église romane, l'Abbaye de Neresheim en Bavière est un exemple significatif du baroque, puisqu'en effet elle a été « modernisée » en ce sens à la fin du XVIIe siècle; voici son trompe-l'oeil...

15 Jan 2015

Baroque et contre-réforme - 7e partie : les reliques

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Du temps même du Christ, il existait une telle ferveur populaire que les gens étaient transcendés et arrivaient à disposer de volonté et d'engagement qu'ils n'osaient pas auparavant. Nulle magie ici, simplement l'importance de la capacité à prendre des décisions, avec, inévitablement et c'est un aspect de grande importance, l'hypothèse absolument nécessaire que Jésus était en fait médecin.

Soins réels, ferveur permettant d'aller de l'avant, voilà ce qui a aidé Jésus comme figure révolutionnaire anti-romaine et, partant de là, opposé aux rabbins entrés politiquement en collaboration avec l'occupant...

15 Jan 2015

Il fallait, en quelque sorte, réimpulser la religiosité du Moyen-Âge. Cependant, l’Église avait besoin pour cela d'intermédiaires entre les gens et Dieu, afin d'empêcher tant les soulèvements mystiques incontrôlés que les éventuels choix raisonnables se passant de l’Église elle-même.

Il y eut alors à la généralisation théologique des « intercesseurs » : les « saints ». Le culte des « saints » est par conséquent une composante essentielle du baroque. Le Vatican a dépensé une énergie importante pour disposer de « saints » locaux sur lesquels s'appuyer pour évangéliser et reconquérir les zones perdues aux protestants...

14 Jan 2015

Charlie Hebdo sort aujourd'hui son nouveau numéro, à trois millions d'exemplaires, alors que sa rédaction a été pratiquement anéantie lors de l'attaque par des islamistes il y a une semaine. C'est une volonté d'aller de l'avant, dans la continuité du passé, comme le prouve la couverture, avec un personnage censé représenter Mahomet, qui tient une pancarte « Je suis Charlie », le mot « pardonné » étant inscrit à l'arrière-plan.

Il y a là quelque chose de profondément, si ce n'est stupide, au moins malsain. Surtout alors que des franges racistes radicales mènent depuis plusieurs jours des provocations et des attentats contre des mosquées, tentant de briser le refus par la société française de basculer dans le racisme ou la guerre de religion...

6 Jan 2015

Les vanités ne forment qu'une approche du baroque et de l'esprit de la Contre-Réforme. Il ne suffisait pas de montrer que toute activité intellectuelle était vaine : il fallait également, pour les forces réactionnaires, présenter le monde comme directement incompréhensible.

De la même manière que la bourgeoisie, au XXe siècle, a utilisé les principes de l'existentialisme, de la phénoménologie, la micro-économie, la mécanique quantique, etc., au XVIIe siècle la réaction cléricale et aristocratique a cherché à présenter le monde comme sans cesse changeant, comme insaisissable, comme incompréhensible...

2 Jan 2015

Le baroque, forme de la contre-réforme, a réussi à mettre en place tout un système artistique autour du thème de la vanité. C'est une démarche tout à fait cohérente et aisément compréhensible : pour contrer l'humanisme et le protestantisme, qui en appellent à la raison, le baroque a affirmé de très nombreuses manières que tout est vain, que rien n'a de sens, que rien ne sert à rien.

Cela donne un mot d'ordre – « memento mori », « souviens toi que tu vas mourir » - qui devient essentiel au catholicisme, et une série de représentations, communément appelé « vanités », du terme employé dans le passage biblique « vanité des vanités, tout est vanité »

Le plus couramment existant sous la forme de peintures, les vanités montrent des « rappels » : on a ainsi un crâne, symbole de la mort, parfois un sablier pour désigner le temps qui passe. On a cependant également une systématisation de cette présentation allégorique, avec une fleur dans un vase (qui va donc faner), on fruit (qui va pourrir), une bougie allumée (qui va se consumer), etc.

30 déc 2014

Noël, une fête de la famille et de la générosité

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Comme nous l'avons vu, Noël est donc une fête de la nature liée au solstice d'hiver. Mais cela n'est pas son seul aspect.

Le fait que Noël soit la fête la plus importante dans la culture des masses de France provient aussi de son autre aspect : Noël est une fête de la générosité et de la famille. Cela est d'ailleurs visible dans toutes les cultures fêtant Noël avec chacune ses propres rites et coutumes.

Cette centralité de la générosité comme cœur de « l'esprit de Noël » renvoie d'ailleurs là aussi à la Nature qui est perçue par les êtres humains comme étant généreuse puisque prodiguant nos moyens de survie...

29 déc 2014

Noël, une fête de la Nature d'hiver

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Nous avons vu que Noël est une fête liée au solstice d'hiver. Elle tombe donc au moment le plus sombre de l'année. Mais pas seulement.

Lorsque Noël arrive, fin décembre donc, l'hiver s'installe dans l'hémisphère nord de notre planète (de manière plus ou moins avancée selon les latitudes). La France se situant relativement au nord de l'hémisphère nord, les saisons y sont bien marquées ; en hiver, il fait donc froid.

Noël est donc une fête de l'hiver, de la nature d'hiver pour être exact. C'est la fête de la Nature se mettant au ralenti pour mieux relancer le cycle de la vie le printemps venu.

27 déc 2014

L'auteur espagnol Pedro Calderón de la Barca (1600-1681) a exprimé le relativisme du baroque de la manière la plus brutale dans une œuvre capitale pour saisir l'esprit du baroque : La vie est un songe.

Dans la pièce, un roi a enfermé son fils seul dans une tour, en raison d'une prédiction sur sa nature future criminelle. Pris de remords, il le drogue et le place sur le trône pour une journée puis, devant l'échec de l'expérience, le ramène dans sa tour après l'avoir drogué. A chaque fois le jeune prince croit que ce qu'il a vécu est un songe, une illusion, et à la fin de la pièce il parvient au pouvoir.

Cette alternance de vérités relatives est propre au baroque : aucune connaissance ne tient debout, à part celle de Dieu. La vie est un songe, une illusion. Il ne sert à rien d'y accorder une véritable importance...

27 déc 2014

Le principe du baroque était le suivant : la vie sur Terre ne pouvait être que brève et troublée, alors que la vie après la mort était éternelle et marquée par le bonheur divin ; se préoccuper du paradis avait un sens, s'attarder sur la vie matérielle n'en avait pas.

La quête de science prônée par l'humanisme, la volonté de compréhension prônée par la Réforme protestante, tout cela devait laisser indifférent qui avait compris que la priorité, c'était la vie après la mort. Le baroque consista ainsi en une offensive relativiste.

Voici un exemple avec un poème de Jean-Baptiste Chassignet (1571-1635), où le cadavre grouillant de vers, en mouvement donc, est opposé à la seule chose justement jamais en mouvement, et seul refuge selon lui: Dieu...

25 déc 2014

Le terme de « baroque » permet de désigner un mouvement intellectuel, culturel et artistique qui s'est imposé dans de nombreux pays d'Europe au XVIIe siècle. Sa vigueur a été exceptionnelle, et son impact a été si grand qu'il a profondément marqué de nombreuses cultures nationales apparaissant justement précisément en cette période.

Au sens strict, le mot « baroque » vient du portugais « barrocco » et désigne une perle irrégulière. S'arrêter cependant à une question de forme serait profondément erroné. En effet, le baroque est la forme historique qu'a prise la contre-réforme, c'est-à-dire la réaction s'opposant à l'humanisme et à la Réforme protestante du 16e siècle, dans le cadre de la bataille pour l'opinion publique...

19 déc 2014

La religion a été la tentative, idéaliste, de formuler la totalité ; à ce titre la théologie ne doit pas être rejetée, mais absorbée. Feuerbach explique ainsi :

« La philosophie la plus nouvelle est sortie de la théologie – elle est elle-même rien d'autre que la théologie dissoute et transformée en philosophie. »

Il a été dit que pour Feuerbach, le protestantisme a joué un rôle progressiste dans le processus d'abaissement de « Dieu », pour le ramener à ce qu'il est : une vision qu'a l'humanité d'elle-même.

15 déc 2014

Pour les matérialistes, l'univers est un, il y a unité. Mais l'être humain n'est pas cet univers. Selon Feuerbach, l'être humain a cependant, à l'opposé des animaux, conscience du caractère infini de la réalité.

Il doit l'exprimer, mais comment sa conscience non infinie peut-elle formuler cela ? Précisément en utilisant le concept de « Dieu. » Feuerbach explique dans L'essence du christianisme que :

« L'être de l'être humain différencié des animaux n'est pas que le fondement, mais également l'objet de la religion...

3 nov 2014

Les gens issus de l'école d'Uriage ont soutenu totalement Le Monde. Lors d'une crise en 1951, où Hubert Beuve-Méry faillit perdre la direction du journal au profit de René Courtin et d'une fraction libérale-démocrate, il y eut d'ailleurs une vague de soutien, d'un côté par Charles De Gaulle, de l'autre avec un appel signé par 350 personnes dont 31 professeurs à la Sorbonne, au Collège de France, aux facultés, 36 membres du Conseil d’État, de la Cour des Comptes, de l’Inspection des finances et de la magistrature.

L'Etat lui-même soutient Le Monde. C'est Charles De Gaulle qui a amené Hubert Beuve-Méry à devenir le dirigeant, quant au papier et son prix, aux salaires, l'impression elle-même, le prix de vente, la dimension du tirage, etc. tout cela est décidé directement par les ministères...

2 nov 2014

L'existence même du journal Le Monde et de son idéologie catholique de gauche tient à l'école d'Uriage. Le directeur du Monde, fondé à la fin 1944, est ainsi Hubert Beuve-Méry, un des principaux acteurs de l'école d'Uriage.

Beuve-Méry est issu du journal Le Temps, fondé en 1862 et qui dans les années suivant la première guerre mondiale, était porté par une union des organisations patronales (Comité des forges, Comité des Houillères, Union des industries métallurgiques et minières, Confédération générale du patronat français), devenant pas moins que l'expression officieuse du ministère des affaires étrangères...

1 nov 2014

En juin 1945 parut un ouvrage au titre étrange : Vers le style du XXe siècle. C'est en effet le manifeste de « l'équipe d'Uriage », supervisé par Gilbert Gadoffre.

Pour comprendre la nature de ce dernier, il suffit de mentionner que lorsqu'il participa à la bataille portée jusqu'en Allemagne avec les armées alliés, se permit même d'aller rendre visite au philosophe allemand ultra-réactionnaire Heidegger, à Fribourg, pour lui parler de sa pensée, de l'existentialisme, de Jean-Paul Sartre et Merleau-Ponty !..

31 oct 2014

C'est une constante française, dont l'école d'Uriage est l'exemple le plus frappant. C'est une attitude, une démarche qui se prétend morale, un état d'esprit qui se veut alternatif, une posture rebelle, qui se veut surtout une aventure existentielle, un engagement personnel concernant tout son « être ».

C'est quelque chose de tout à fait, d'exactement contraire à Aristote, à l'humanisme, à Baruch Spinoza, aux Lumières et Denis Diderot, à la social-démocratie, à l'idéologie communiste d'URSS et de Chine populaire, au principe de voir comme primordiale la collectivité, de voir les individus comme semblables dans leurs besoins et leurs exigences...

29 oct 2014

Le problème théorique des intellectuels bourgeois concernant l'école d'Uriage est qu'ils ont cherché une extrême-droite déjà synthétisée, comme le fascisme italien ou le national-socialisme allemand. Or, l'école d'Uriage se situe idéologiquement au début de la synthétisation, et qui plus est son point de vue est celui de la « révolution conservatrice ».

Les membres de l'école d'Uriage, en grande majorité des jeunes de moins de 30 ans, sont des traditionalistes. Ils viennent de milieux liés à l'aristocratie, à l'armée, et surtout à l'Église catholique...

6 oct 2014

Hier, le 5 octobre, autour de 300 000 personnes ont défilé à l'appel de la « manif pour tous », un organisme généré par la droite catholique, contre « la PMA, la GPA, la théorie du genre ». C'est-à-dire que des forces conservatrices se sont appropriées la critique du post-modernisme, sur la base d'un anticapitalisme romantique.

Ce dernier a été résumé dans un message commun, la semaine dernière, de deux cardinaux : les  archevêques Angelo Scola de Milan en Italie et Schönborn de Vienne en Autriche, où l'on peut lire notamment...

24 mai 2014

Dimanche 18 mai, Jérôme Kerviel a été incarcéré pour des faits de faux et usages de faux lors de son activité de trader à la Société Générale. Du début à la fin, l'affaire Kerviel a été un outil puissant d'offensive culturelle de l'anticapitalisme romantique.

Jérôme Kerviel est à la base un pion du capital financier baignant totalement dans la culture social-darwiniste et prêt à piétiner les plus faibles pour accumuler le plus de capitaux. Son rôle à la Société Générale en tant que trader consistait à acheter des actions financières d'un côté et en vendre de l'autre dans le même temps pour faire des bénéfices sur la différence entre ces deux mouvements...

12 mai 2013

La religion chrétienne a réagi tout comme l'Islam et a immédiatement saisi l'ampleur de la menace représenté par la philosophie d'Averroès. Il fallait pour elle à tout prix stopper le développement de cette philosophie au sein des différentes facultés d'Europe. Cette tâche va être effectué par l'italien Thomas d'Aquin, qui sera remercié pour ce travail en devenant la plus haute figure théorique de l’Église chrétienne.

12 mai 2013

En raison de la persistance de la contradiction entre villes et campagnes, la bourgeoisie doit abandonner temporairement et en partie le commandement de l'Etat à l'Etat lui-même, en tant qu'outil administratif et militaire. C'est une phase transitoire qui puise sa source dans la défaite de la féodalité et dans l'existence d'une vaste couche paysanne...

12 mai 2013

Karl Marx a compris que la révolution de 1848, qui met un terme à la phase de domination de l'aristocratie financière, était progressiste et donnait libre cours à l'aspect populaire de la révolution. Cependant, il n'a pas vu un aspect secondaire : la naissance d'un « anticapitalisme » antisémite représentant les intérêts de la petite bourgeoisie face au grand capital...

12 mai 2013

Lors de la Restauration, l'aristocratie n'avait plus les moyens de revenir à l'esprit de la monarchie absolue à son apogée, avec Louis XIV. Elle n'en avait de toutes manières plus l'aspect progressiste et, qui plus est, son ennemi, l'idéologie des Lumières, puisait déjà dans l'humanisme...

12 mai 2013

La formation de l’État national français se fait donc en alliance avec l’Église, mais une Église qui n’a pas l’hégémonie et ne peut pas faire du baroque l’idéologie dominante. C’est le classicisme qui prédominera, en tant que forme idéologique féodale de « haut niveau », puisque royale et nationale.

12 mai 2013

La religion est toujours le masque idéologique d’une classe sociale, le reflet d’une époque bien déterminée. Les luttes de classes en France ont donc, du XVe au XVIIe siècle, pris l’apparence de guerres de religion.

Ces guerres ont été nombreuses : huit dans la seconde moitié du XVIe siècle, avec des prolongements aux XVIIe et XVIIIe siècles. La raison en est que le protestantisme s’est largement développé, mais pas assez pour asseoir une hégémonie...

12 mai 2013

La faiblesse de l’humanisme en France d’un côté, le renforcement de l’État national sous François Ier de l’autre, font que la monarchie a une marge de manoeuvre très large face au féodalisme de la noblesse d’un côté, au féodalisme du clergé de l’autre.

13 fév 2013

Les femen à la cathédrale Notre Dame de Paris

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On peut regretter l'importance de la religion dans les masses. Cependant, c'est la réalité transformée qui abolit la religion, pas simplement une bataille d'idées. La France connaît pareillement une importante partie de la population ayant des valeurs catholiques. On peut et on doit le regretter, car ce sont des superstitions et des préjugés, mais le nier est une absurdité...

27 Jan 2013

L'Institut Civitas est une structure national-catholique ultra-réactionnaire. Il prend de plus en plus d'ampleur à la faveur de la mobilisation contre le droit au mariage pour les personnes homosexuelles. Mais c'est une structure de combat, un instrument qui visent à la conquête de l'hégémonie culturelle et prépare la prise du pouvoir...

18 nov 2012

Les manifestations réactionnaires de ce Samedi 17 Novembre contre le droit au mariage et à l'adoption pour les personnes gays et lesbiennes ont rassemblé plus de 100 000 personnes dans plusieurs grandes villes de France (Paris avec presque 100 000 personnes, Lyon, Marseille, Nantes, Rennes, Toulouse, etc.).

23 sep 2011

Maria Lionza

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Le culte de Maria Lionza est pratiqué dans tous les États du Venezuela, depuis la région de Yaracuy d'où elle est originaire, jusqu’à Caracas. Basé sur des rites précolombiens de dévotion à une déesse, el espiritualismo Marialioncero est un mélange de croyances d'Afrique, d'Europe, et de l'Amérique du Sud d'avant la colonisation espagnole.

20 fév 1978

Le cardinal de Lorraine s’était rendu maître absolu de l’esprit de la reine mère : le vidame de Chartres n’avait plus aucune part dans ses bonnes graces, et l’amour qu’il avait pour madame de Martigues et pour la liberté l’avait même empêché de sentir cette perte autant qu’elle méritait d’être sentie. Ce cardinal, pendant les dix jours de la maladie du roi, avait eu le loisir de former ses desseins, et de faire prendre à la reine des résolutions conformes à ce qu’il avait projeté ; de sorte que, sitôt que le roi fut mort, la reine ordonna au connétable de demeurer aux Tournelles, auprès du corps du feu roi, pour faire les cérémonies ordinaires. Cette commission l’éloignait de tout, et lui ôtait la liberté d’agir. Il envoya un courrier au roi de Navarre, pour le faire venir en diligence, afin de s’opposer ensemble à la grande élévation où il voyait que MM. de Guise allaient parvenir...

20 fév 1978

Cependant, quelque rempli et quelque occupé que je fusse de cette nouvelle liaison avec la reine, je tenais à madame de Thémines par une inclination naturelle que je ne pouvais vaincre. Il me parut qu’elle cessait de m’aimer, et, au lieu que, si j’eusse été sage, je me fusse servi du changement qui paraissait en elle pour aider à me guérir, mon amour en redoubla, et je me conduisais si mal que la reine eut quelque connaissance de cet attachement. La jalousie est naturelle aux personnes de sa nation, et peut-être que cette princesse a pour moi des sentiments plus vifs qu’elle ne pense elle-même. Mais enfin le bruit que j’étais amoureux lui donna de si grandes inquiétudes et de si grands chagrins, que je me crus cent fois perdu auprès d’elle. Je la rassurai enfin à force de soins, de soumissions et de faux serments ; mais je n’aurais pu la tromper long-temps, si le changement de madame de Thémines ne m’avait détaché d’elle malgré moi...

20 fév 1978

Vous savez l’amitié qu’il y a entre Sancerre et moi ; néanmoins il devint amoureux de madame de Tournon, il y a environ deux ans, et me le cacha avec beaucoup de soin, aussi-bien qu’à tout le reste du monde : j’étais bien éloigné de le soupçonner. Madame de Tournon paraissait encore inconsolable de la mort de son mari, et vivait dans une retraite austère. La sœur de Sancerre était quasi la seule personne qu’elle vît, et c’était chez elle qu’il en était devenu amoureux.

Un soir qu’il devait y avoir une comédie au Louvre, et que l’on n’attendait plus que le roi et madame de Valentinois pour commencer, l’on vint dire qu’elle s’était trouvée mal, et que le roi ne viendrait pas. On jugea aisément que le mal de cette duchesse était quelque démêlé avec le roi : nous savions les jalousies qu’il avait eues du maréchal de Brissac pendant qu’il avait été à la cour, mais il était retourné en Piémont depuis quelques jours, et nous ne pouvions imaginer le sujet de cette brouillerie...

20 fév 1978

La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri II. Ce prince était galant, bien fait, et amoureux : quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants.

Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations : c’était tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements. Les couleurs et les chiffres de madame de Valentinois paraissaient par-tout, et elle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvait avoir mademoiselle de la Marck, sa petite-fille, qui était alors à marier...

31 Jan 1956

Monsieur,

Je viens de recevoir votre Lettre, et en même temps l’on m’a apporté une copie manuscrite de la censure. Je me suis trouvé aussi bien traité dans l’une, que M. Arnauld l’est mal dans l’autre. Je crains qu’il n’y ait de l’excès des deux côtés, et que nous ne soyons pas assez connus de nos juges. Je m’assure que, si nous l’étions davantage, M. Arnauld mériterait l’approbation de la Sorbonne et moi la censure de l’Académie. Ainsi nos intérêts sont tout contraires. Il doit se faire connaître pour défendre son innocence, au lieu que je dois demeurer dans l’obscurité pour ne pas perdre ma réputation. De sorte que, ne pouvant paraître, je vous remets le soin de m’acquitter envers mes célèbres approbateurs, et je prends celui de vous informer des nouvelles de la censure...

30 Jan 1956

Monsieur,

Comme je fermais la lettre que je vous ai écrite, je fus visité par M. N., notre ancien ami, le plus heureusement du monde pour ma curiosité ; car il est très informé des questions du temps, et il sait parfaitement le secret des Jésuites, chez qui il est à toute heure, et avec les principaux. Après avoir parlé de ce qui l’amenait chez moi, je le priai de me dire, en un mot, quels sont les points débattus entre les deux partis...

30 Jan 1956

MONSIEUR,

Nous étions bien abusés. Je ne suis détrompé que d’hier ; jusque-là j’ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne était bien important, et d’une extrême conséquence pour la religion. Tant d’assemblées d’une compagnie aussi célèbre qu’est la Faculté de théologie de Paris, et où il s’est passé tant de choses si extraordinaires et si hors d’exemple, en font concevoir une si haute idée, qu’on ne peut croire qu’il n’y en ait un sujet bien extraordinaire...

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