27 sep 1939

Lette ouverte à Léon Blum - André Marty (septembre 1939)

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André Marty, septembre 1939

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Vous voici donc satisfait :

Après l'interdiction de l'Humanité et de la presse communiste, le Parti Communiste Français est dissous et ses membres traqués.

Vous avez bien défendu les intérêts du capital financier ! Car c'est en effet vous qui le premier avec votre Populaire et votre Parti avez attaqué avec violence l'Humanité. Prétexte : le pacte germano-soviétique.

But : chloroformer les masses populaires en vu de la suppression de l'Humanité décidée par vous et Daladier. Ceci obtenu, vous avez, sans reprendre haleine, continué la campagne conter le Parti Communiste de France.

Comment ? En attaquant la grande Union Soviétique à coup d'insultes et de calomnies et en particulier ses dirigeants les plus estimés et avant tout notre grand chef et maître, le camarade Staline, vous avez essayé de faire croire à une distinction artificielle entre la qualité de communiste et la qualité de Français. Sur quoi vous avez multiplié vos appels aux ouvriers révolutionnaires à quitter le parti communiste. Aucun succès ! Alors vous avez lancé des avertissements et des menaces, un « dernier appel ». C'est une véritable mise en demeure que vous avez adressé à la classe ouvrière révolutionnaire et à ses élus communistes de rompre avec notre glorieuse Internationale Communiste.

Vous escomptiez ainsi scissionner notre Parti.

En vain l'ensemble de noter Parti est resté ferme. Les centaines d'arrestations opérées depuis un mois pour appuyer vos efforts n'ont rien changé. Seuls quelques pauvres hères sont revenus à leur mangeoire contrerévolutionnaire.

Alors devant la faillite de vos appels et sommations, sous la préparation dartillerie de votre infâme campagne, Daladier a dissous le Parti Communiste de France, ses députés, ses mairies, ses militants sont traqués.

Et aujourd'hui vous osez écrire dans le Populaire que vous n'avez pas voulu ça. Allons donc !

Qui depuis des mois et des mois a tout mis en oeuvre pour briser le front unique de la classe ouvrière ?

Vous Blum et votre C.A.P. Cette digue brisée, la réaction avança à pas de géant. Alors, vous Blum avez mené la campagne contre l'Humanité, cette grande voix populaire, indépendante. La veille même de sa suspension, votre Fédération de la Seine mobilisait tous ses membres non contrela menace de guerre, mais contre l'Humanité. L'Humanité fut alors interdite. Quelques jours après éclatait la guerre et la classe ouvrière française n'avait pas son journal à un moment où il était plus nécessaire que jamais.

Car l'Humanité eut dénoncé aux masses comment venait la guerre. Elle en eut dénoncé le caractère impérialiste, anti ouvrier, contrerévolutionnaire. Voilà pourquoi vous en avez demandé la suppression !

La guerre venue, il ne se passa pas un seul jour où vous, votre journal, et votre Parti n'avez été à la tête de l'excitation anti-soviétique, anticommuniste. C'est les députés socialistes qui ont fait exclure les communistes des grandes commissions parlementaires. Ce sont les députés socialistes qui publiquement et par écrit ont demandé à Daladier, l'interdiction de notre Parti.

A quelques jours même de cette opération infâme, la C.A.P., sur votre proposition, assurait Daladier « qu'il continuera de trouver auprès du Parti et du groupe parlementaire dans toutes les mesures qu'impose le salut de la nation, une collaboration complète et sans réserve ».

C'est l'aveu de l'Union sacrée jusqu'au bout de vous et de votre Parti avec le gouvernement réactionnaire du capitalisme français.

C'est vous qui avez conclu ce pacte infâme avec la pire réaction contre la classe ouvrière française et son parti, le Parti Communiste, contre le pays du socialisme et de la Paix, contre l'Union Soviétique. Vous avez beau aujourd'hui essayer hypocritement de donner le change dans votre journal. Vous êtes M. Blum, Conseiller d'Etat, politique beaucoup plus que juridique, vos innombrables entretiens secrets avec Daladier le prouvent.

La déclaration de la C.A.P. Confirme votre responsabilité, elle signifie bien que d'après vous, le « salut de la Nation » exige l'interdiction du Parti Communiste. C'est la conclusion juridique de la campagne politique menée par vous à la tête de toute la réaction depuis des mois contre notre Parti, contre l'Union Soviétique.

Par là il est bien évident que quand vous dites : Salut de la Nation vous pensez : Salut de la bourgeoisie.

Quelle est donc la vraie raison de votre attitude à vous et à votre Parti ? C'est cela que je veux expliquer aux travailleurs socialistes en premier lieu, au peuple français.

Car aujourd'hui une réalité tragique est devant la classe ouvrière, devant le peuple de tout ce pays : une deuxième guerre impérialiste vient de sa battre sur l'Europe avec tout son cortège de massacres, d'indicibles souffrances et de misères. Or, vous savez bien que le Parti Communiste français est contre la guerre impérialiste et sa cause essentielle le capitalisme. C'est pour cela que vous et les vôtres (Socialistes d'Union Sacrée) avez été à la tête de la lutte contre le Parti communiste français, la seule force opposée à cette guerre. C'est pour cela que vous avez exigé sa dissolution, croyant ainsi que la bourgeoisie aura les mains libres pour mener cette guerre impérialiste cette guerre injuste. Pourquoi donc cette guerre est elle injuste ?

Pour y répondre, il faut rechercher non celui qui a commencé, mais quelles forces et quelles classes mènent la guerre et dans quels buts ? La réponse est aisée.

Comme il y a 25 ans, chacun des gouvernement dissimule ses buts pour entraîner les peuples dans la guerre. En envahissant la Pologne, Hitler prétendait lutter pour la libération de Dantzig et pour défendre l'Allemagne contre l'encerclement ; le sort de la Tchécoslovaquie et celui de l'Autriche montrent le véritable but du nazisme.

Mais de leur côté, Daladier comme Chamberlain, qui assassinèrent l'Espagne et trahirent la Tchécoslovaquie, mentent aussi effrontément en déclarant qui ls défendent la Pologne et qu'ils mènent une guerre « antifasciste ». La raison profonde de cette guerre est la suivante.

Trois Etats impérialistes, Angleterre, France, Etats-Unis, riches des sources essentielles de matières premières, d'immenses ressources économiques, financières et humaines, conquises par la guerre, le pillage et l'exploitation des travailleurs, tiennent dans leurs serres plus de la moitié du monde. Et ils entendent conserver et accroître ces immenses territoires et sources d'exploitation.

Mais trois autres Etats impérialistes Allemagne, Italie, Japon, pauvres de ces richesses, veulent ravir au premier groupe les marchés, sphères d'influence et domaines coloniaux qu'il a puissamment étendu après sa victoire de la première guerre impérialiste, justement au dépens des Etats du deuxième groupe.

Et comme ni l'un ni l'autre groupe ne pouvaient plus avancer avec les moyens habituels, alors ils continuent leur politique par d'autres moyens, avec le canon ! Voilà tout !

Je vous entends déjà, et l'U.R.S.S., ses pactes, ses alliances, son armée rouge, n'est elle pour rien dans cette guerre ? L'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, Monsieur le Conseiller dEtat, est un pays où vous le savez bien ouvriers et paysans ont chassé capitalistes et gros propriétaires fonciers, où le système capitaliste de production et d'échange y est remplacé par la propriété collective de ces instruments par le système socialiste, de libre développement harmonieux de l'homme dans une vie de bienêtre et de liberté qui vaut dêtre vécue. La course au profit n'existant plus en U.R.S.S., le seul souci du pouvoir socialiste, C'est le bonheur de l'homme.

C'est pour cela que l'U.R.S.S. Ne peut vouloir que la Paix, à l'inverse de vos chers amis Daladier, Chamberlain et compagnie, sans cesse assoiffés de profits et de pillages, parce que gouvernements de pays capitalistes.

C'est pour cela que l'U.R.S.S., l'Etat socialiste, est une force de Paix. Toute son existence le démontre, avec ténacité et avec une patience inépuisable, elle ne cessa pas un seul jour depuis sa naissance, de mener cette lutte qui correspond si bien aux intérêts du prolétariat international. Vous, M. Blum, qui avez toujours été et qui continuez d'être un des premiers à la diffamer, pourquoi cachezvous que le congrès des Soviets lança, le jour même où il prit le pouvoir, le 7 novembre 1917, un appel à la Paix à tous les peuples et gouvernements du monde entier ?

Pourquoi « oubliez vous » volontairement que lU.R.S.S proposa à Genève voici plus de 12 ans, le désarmement général complet et simultané ? Et que celui-ci refusé, elle proposa alors un désarmement partiel, refusé également ?

Prenons les derniers mois avant la guerre, après Munich, n'était il pas clair à tout homme sensé et l'Etatmajor français était de cette opinion que grâce aux positions militaires dominantes que dette fameuse Conférence donna à Hitler, la guerre ne tenait plus qu'à un fil ?

Or, même à ce moment, l'Union Soviétique essaya encore de sauver la Paix, malgré que Chamberlain et Daladier, chargés d'affaires des financiers de Paris et de Londres, l'aient tenue systématiquement à l'écart !

Elle proposa donc à Londres et à Paris un pacte tripartite d'assistance mutuelle France, Angleterre, Union Soviétique. C'est la gloire de notre Parti communiste français davoir soutenu cette oeuvre qui eut pu sauver la Paix.

Seulement, M. Chamberlain et ses préfets Daladier et bonnet n'en ont jamais voulu.Pourquoi les négociations ont elles traînés pendant 4 mois ? Pourquoi aboutirent elles à une impasse ?

Pourquoi la Conférence militaire de Moscou proposée par l'Union Soviétique neutelle aucun résultat ?

A cause dun sabotage continu de chaque instant. Chamberlain et Daladier ne préparaient ils pas une pacte à 5 avec Hitler, Mussolini, et Beck ?

Vous savez bien que oui, cela se préparait en grand secret pour les ouvriers, mais pas pour vous M. Le Conseiller dEtat ! Contre ce « secret » là, vous ne dites rien.

Parce qu'il visait le pays des Travailleurs, celui du socialisme ! Chamberlain et Daladier, les impérialistes français et anglais, voulaient tout simplement orienter leur rival, l'impérialisme allemand contre l'Union Soviétique. Le truc a été déjoué par le traité germano-soviétique.

Les ouvriers français sont infiniment heureux que l'Union Soviétique ait mené cette politique de Paix, politique indépendante, politique du prolétariat international. Et ils voudraient bien avoir eux aussi un gouvernement qui mène une telle politique indépendante et non suivant le désir des banquiers de Paris et de Londres. C'est le dépit du mauvais coup manqué qui vous met si fort en colère !Il reste donc acquis que l'actuelle guerre européenne est une guerre provoquée par 2 groupes impérialistes dont chacun veut dépouiller l'autre ; par conséquent, les ouvriers, les paysans, les peuples n'ont rien à voir dans cette affaire.

Où plutôt, ils ont à s'occuper, non seulement pour y mettre fin, mais pour l'utiliser en vue de supprimer la cause des guerre, le système capitaliste.

Seulement, ces t cela qui vous gêne Blum en bon dirigeant socialdémocrate que vous êtes. Et c'est pourquoi comme en 1914, vous cherchez des arguments pour justifier la guerre de Chamberlain de la City et de Daladier des banques. Tout d'abor d vous prétendez que la guerre actuelle a pour but de défendre l'indépendance de la Pologne !

L'indépendance de la Pologne ? Quel toupet ! vous avez-vous Blum, soutenu un gouvernement qui a noyé dans le sang un mouvement national d'indépendance des Druses en 1925 ; vous avez, vous Blum, soutenu un gouvernement qui par le fer et par le feu a réprimé l'insurrection des Riffains en 1926. A votre double passage au pouvoir comme chef du gouvernement, avez vous donné la liberté ou même le simple bulletin de vote aux 60 millions d'Arabes, d'Indochinois, de Nègres, esclaves de l'Empire colonial français ?

Vous n'avez même pas libéré les 3.000 Indochinois qui sont à Cayenne depuis 7 ans, pour avoir demandé du riz, des terres et les droits démocratiques de France.Ce n'est donc pas vous qui pouvez vous poser en défenseur de l'Indépendance d un pays !

Et la Pologne qui vient de disparaître, était elle indépendante ? Vous savez bien Blum que cette Pologne réactionnaire, fut constituée de pièces disparates en 1918 par les impérialistes franco-anglais en accolant artificiellement divers pays et peuples.

Cet Etat dominé par le capital anglais et français fut crée uniquement comme rempart et place forte de départ contre la Révolution prolétarienne, victorieuse en Russie.

Son premier acte comme Etat « indépendant » ne fut il pas la guerre de 1920 contre la République des Soviets, au profit des impérialistes franco-anglais et sous le commandement du général Weygand ? A la suite de quoi l'Ukraine et la Biélorussie occidentales furent arrachées à la République des Soviets.

C'était une Pologne impérialiste qui, voici un an, a contribué avec Hitler à démembrer la Lituanie et même son propre allié la Tchécoslovaquie !

C'est ça la Pologne « indépendante » au nom de laquelle vous avez, Blum avec Daladier, lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs, ses souffrances et déjà avec ses nouvelles fortune scandaleuses ?

D'ailleurs pourquoi cette Pologne a telle connu des catastrophes militaires sans précédent dans l'histoire, depuis l'époque de Napoléon ?

L'Etat réactionnaire polonais a été liquidé parce que son armée, cependant bien équipée et bien armée, a lutté sans aucun enthousiasme, sans aucun patriotisme, à l'inverse de l'armée populaire espagnole, qui, mal équipée, mal armée, a magnifiquement combattu pendant 32 mois avec un moral qu'aucune défaite ne put abattre.

Pourquoi ?

L'armée polonaise a lutté sans aucun enthousiasme, sans aucun patriotisme, perce que l'Etat polonais na cessé d'opprimer les minorités nationales Ukrainiennes et Biélorussienne. L'oppression et l'exploitation y étaient telles, que le député lamouriste anglais Bequett pouvait écrire en 1927 à la suite dun voyage en Ukraine occidentale « Je connais les Indes et vous avez entendu parler de l'effroyable misère des villages hindous. Mais jamais encore, je n'ai eu l'occasion de voir une misère aussi noire, aussi déprimante. »

L'oppression politique, administrative, culturelle ne s'y différentiait en rien de celle du tsarisme, elle allait jusquà poursuivre férocement l'enseignement de la langue nationale de ces peuples.

L'on ne compte plus en Ukraine et Biélorussie occidentales les villages brûlés, les milliers de paysans torturés à mort ! L'état polonais réactionnaire né tait pas autre chose qu'une prison des peuples comme l'ancienne Russie tsariste !D'autre part, l'armée polonaise a lutté sans aucun enthousiasme, parce que la classe ouvrière et la paysannerie de ce pays étaient brutalisées et martyrisées par l'Etat réactionnaire polonais. Depuis 15 ans, elles étaient privées de tous droits, de toute organisation, à part celles du parti socialiste polonais, d'accord avec le colonel Beck comme vous l'êtes avec Daladier Marin, depuis plus de 15 ans ses meilleurs fils étaient emprisonnés par dizaine de mille, torturés à mort, et on ny comptait plus les fusillades et les pendaisons de travailleurs.

C'est pour cela que les ouvriers et les paysans polonais ukrainiens et blancs-russiens n'ont pas voulu se faire tuer pour cet Etat représenté par le colonel Beck, tantôt fondé de pouvoir des impérialistes anglo français, tantôt espion allemand expulsé de France en 1922.

Mais dites vous, avec votre ami et obligé M. Daladier, la Parole de la France, l'Honneur de la France exigent quelle aille au secours de la Pologne ?

A défaut de dialectique, vous connaissez la logique, M. Le Conseiller d'Etat. Alors expliquez ceci lorsqu'en septembre 1938, le fascisme hitlérien prépara l'agression contre les Sudètes, vous étiez pour la « non-intervention ».

Votre fameux et hystérique article célébrant Munich est toujours là en témoignage. Comme Daladier, vous célébriez le reniement de la parole donnée.

Et il s agissait d'un pays « démocratique » auquel la France garantissait l'assistance en cas d'agression. Indépendance de la Pologne ? Honneur de la France ? dites vous.

Mais l'Espagne M. Blum ?

Quavezvous fait de l'Espagne, M. Blum, du grand et noble peuple de ce pays ? Oui, qu'en avez vous fait ?

Ses gouvernements successifs étaient à direction socialiste. Vous avez cependant appliqué à lEspagne, la politique dite de « non-intervention », ainsi hypocritement baptisée par vous. Alors que vous connaissiez les envois d'armements et de troupes dAllemagne et dItalie, vous l'avez bloquée. Vous avez même, Blum, déchiré le traité de commerce hispano-français de 1935 ; il y était écrit : « L'Espagne s'engage à acheter uniquement en France tout matériel de guerre dont elle peut avoir besoin. »

Vous avez dès le premier jour essayé d'étouffer cette Espagne révolutionnaire et vous l'avez finalement assassinée en compagnie de Daladier et Chamberlain.

En revanche, vous avez voulu et vous voulez justifier l'intervention française, la guerre, en faveur d'une Pologne réactionnaire, contrerévolutionnaire ? En faveur d'un pays où étaient martyrisées classe ouvrière, paysannerie, minorités nationales, en faveur dune Pologne anti-soviétique. L'Espagne était une démocratie populaire dun type nouveau,les grandes propriétés foncières avaient été distribuées aux paysans pauvre et aux ouvriers agricoles, la grande industrie et les banques privées étaient gérées par lEtat avec le concours des travailleurs. Ce pays révolutionnaire, vous l'avez tué. Et vous exigez la guerre du peuple français non pour sauver la Pologne, mais pour sauver les capitaux français et anglais investis en Pologne, dans les pétroles, les textiles, les transports, etc., etc.

Et bien cette guerre M. Blum, les ouvriers et les paysans français, le peuple de France n'en veulent pas !

On comprend bien que pour cette Pologne, M. Daladier et vous, teniez à remplir vos engagements. Mais justement pour cellelà la classe ouvrière française n'a rien à faire.

Car elle aime la Pologne que vous haïssez, la vraie Pologne, celle des ouvriers de Varsovie, celle des textiles de Lodz, celle des mineurs, celle des paysans, affamés et assassinés, celle des Ukrainiens et des BlancRussiens aujourd'hui libres. Elle aime ces nobles fils du peuple polonais, les magnifiques héros prolétariens de la brigade Dombrowski qui s'est couverte de gloire en Espagne républicaine. Et qui sont comme les ouvriers français, les ennemis de l'Etat polonais réactionnaire qui vient de disparaître.

Et c'est pour cela que les travailleurs français ont vu avec le plus grand enthousiasme l'armée rouge apporter la paix, l'ordre, le socialisme aux peuples d'Ukraine et de Biélorussie occidentales, au peuple de Pologne orientale.Avec joie, ils suivent les belles réceptions faites à l'armée rouge par les peuples ukrainiens et blanc-russiens et les travailleurs polonais ; les scènes émotionnantes qui se ont déroulées quand l'armée du socialisme traversait les villages sont un plébiscite qui ne trompe pas !

Vous avez beau crier de rage ! L'immense majorité des ouvriers et des paysans français est bien heureuse de voir les peuples de ces pays libérés de la dictature réactionnaire du gouvernement des colonel Beck et de ses hobereaux, incapables et corrompus. Elle est bien heureuse de voir les comités paysans saisir et répartir les terres et les biens des gros propriétaires fonciers, elle est bien heureuse de voir les comités de village et les gardes ouvrières arrêter les réactionnaires officiers compris ouvrir les écoles, les magasins, les théâtres, les cinémas et commencer une nouvelle vie sous le drapeau du socialisme ! Elle est bien heureuse de voir que biens des municipalités sont dirigées par des lutteurs prolétariens que l'armée rouge a tiré de leurs cachots !

Vous avez fini par trouver un nouvel argument pour tenter de justifier cette guerre. C'est dites vous une guerre pour dompter les forces hitlériennes, c'est la guerre antifasciste !

Le bon sens populaire a déjà répondu à ce bobard ! Qui mène cette guerre « antifasciste » ?

Daladier pleins pouvoirs, Daladier antiparlementaire, Daladier pouvoir personnel qui concentre en ses mains cinq Ministères.Et dont vous prétendez qu'il est le seul président du Conseil possible ! Nouvelle preuve de votre complicité avec lui. Quelle guerre « antifasciste » peut mener un gouvernement qui non seulement a libéré les cagoulards, mais encore les a installés à la défense passive et à la censure ?

Le gouvernement français ne couvretil pas les feuilles infâmes de diffamation et de meurtres, alors qu'il interdit l'Humanité de Jaurès et de Vaillant-Couturier, l'Humanité de Cachin et du Parti Communiste ?

Ce ne sont pas les traîtres fascistes que condamne le tribunal d'Arras, c'est le député communiste Quinet, le maire communiste de Liévin, le maire communiste de Noeulx, grand honneur pour eux !

Ce ne sont pas les nouveaux profiteurs de guerre, ni les fournisseurs de viande pourrie aux soldats, ni les spéculateurs sur le lait et sur le sucre, sur les masques à gaz qui sont poursuivis, c'est à l'heure actuelle, plus de 500 ouvriers et ouvrières, communistes, syndicalistes et même quelques socialistes qui sont durement frappés et dont 50 soldats sont déjà déférés en Conseil de guerre.

Guerre antifasciste ?

Celle dun gouvernement qui emprisonne et jette dans les camps de concentration des milliers de travailleurs immigrés les grands mutilés des Brigades Internationales compris dont toute la vie est faite d'abnégation et de sacrifices dans la lutte contre le fascisme ?Les journaux fascistes, les organisations fascistes continuent plus ouvertement que jamais leur propagande. Mais c'est la presse communiste qui est saisie.

Et le Parti communiste français qui est mis hors la loi. A la faveur de la guerre, le gouvernement auquel vous apportez voter soutien total a liquidé les lois sociales et les derniers restes de libertés démocratiques ; ce gouvernement inflige au peuple de France, la répression la plus dure qu'il ait connue depuis celle qui suivit la Commune.

Il met en oeuvre des méthodes qui se différencient de moins en moins de celle de Hitler.

En agissant ainsi, ce gouvernement se démasque bien comme menant une guerre contre les intérêts du peuple, une guerre comme celle qui éclata voici 25 ans et qui nous a coûté, en France, 1 million et demi de vies humaines et le double de mutilés, pour les seuls intérêts des capitalistes !

Donc, Blum, pas un seul de vos arguments en faveur de ce la guerre actuelle ne tient. Vous voulez tromper les travailleurs comme vous avez déjà fait en août 1914 avec Paul Faure. Vous parliez alors dune guerre pour le droit, pour la civilisation, pour la démocratie, contre le militarisme.

Et nul n'a oublié que jamais le militarisme français et l'impérialisme français n'ont été plus insolents que dans les années qui suivirent la première guerre impérialiste. Vous parlez maintenant dune guerre antifasciste ; et jamais le fascisme et la réaction n'ont été si insolents et si puissants en France que depuis que fut déclenchée cette nouvelle guerre de brigandage.

Et c'est parce que vous êtes pour cette guerre de brigandage capitaliste que vous vous placez Blum à la tête de la campagne anti-soviétique, anticommuniste.

C'est ce que vous croyez que le truc qui a réussi une fois, va réussir une deuxième. L'anticommunisme, qui servit à votre ami Besteiro et au colonel Casado à abattre le peuple espagnol et à le livrer à la réaction, est votre cheval de bataille. A coup de calomnies et de campagnes infâmes, vous avez préparé les violences du gouvernement réactionnaire Daladier. Et ensuite vous, Blum, essayez de désorganiser la seule force qui s'oppose à la guerre de l'impérialisme français : le parti communiste. Vous vous adressez hypocritement aux communistes.

Vous nous demandez de renier l'Internationale Communiste et de vous suivre sous votre drapeau d'Union Sacrée pour la guerre impérialiste.

A ça, Monsieur le Ministre, prenez-vous les ouvriers et les paysans pour des imbéciles ?

Nul n'a oublié que les communistes sont les seuls qui ont vu juste sur tous les événements qui se déroulent en France et dans le monde et avant tout sur les problèmes de la guerre et de la paix.En revanche, qui a rendu possible la conquête de l'Abyssinie, étape de la guerre ? Les accords de Rome signés par Laval. Qui a voté contre et les a dénoncés comme préparant la guerre ?

Seuls les communistes. Vous étiez pour, vous et vos députés, avec Marin, Daladier et Cie.

Depuis vous prétendez avoir « reconnu votre erreur ! » Qui a dénoncé les conséquences de votre neutralité bienveillante à l'égard des envahisseurs de l'Espagne Révolutionnaire ?

Seuls les communistes. Depuis, vous prétendez avoir « reconnu votre erreur » ; mais une deuxième étape vers la guerre avait été franchie.

Qui a dénoncé Munich comme ne sauvant pas la paix mais augmentant considérablement les chances de guerre ? Seuls les communistes ! Vous et vos députés, avez voté avec enthousiasme pour Munich.

Depuis, vous prétendez avoir « reconnu votre erreur » ; mais l'écluse du torrent de la guerre y fut alors ouverte ! A ça, Monsieur le Ministre, vous vous trompez donc toujours ? Vous êtes donc un Pape infaillible dans l'erreur ? Si vous étiez général, Monsieur le guerrier avec la peau des autres, vos soldats seraient morts trois fois.Et si vous étiez caporal, à votre deuxième erreur dans la direction du pinard, toute l'escouade vous chasserait à coups de patates pourries.

En réalité, personne ne croira que vous vous trompez toujours ainsi. Vous pratiquez toujours, vous, votre journal et vote parti, la politique des maîtres du pays, la politique du capital financier, que ce soit contre l'Espagne et pour la Pologne, que ce soit contre les lois sociales et pour les trusts, que ce soit contre les communistes et pour Daladier Flandin.

Mais lorsque l'opinion ouvrière éclairée, réclame des comptes, lorsqu'au sein de votre parti, vous êtes en mauvaise posture, vous vous en tirez avec la pirouette : « Ah pardon, il y a erreur, je me suis trompé ».

Nous, Monsieur le Conseiller d'Etat, sommes des communistes et sommes fiers de l'être. Nous sommes fiers d'être membres de l'Internationale Communiste de Lénine et de Staline, vous entendez bien Blum, de Staline.

D'abord parce que l'internationale Communiste est la fidèle continuatrice de la Première internationale de Marx et d'Engels qui répandit vraiment dans le monde l'Internationalisme prolétarien.

Et aussi, parce que la IIIème Internationale a surgi de l'action héroïque et grandiose des bolcheviks dans leur lutte conter la première guerre impérialiste.

Parce qu'elle a grandi dans la réalisation des Bolcheviks avec tout le peuple soviétique de cette société socialiste « la vieille

chanson qui berçait la misère humaine » devenue réalité, encore seulement sur un sixième du globe. Tandis que le 2 août 1914 faisait « crever le hideux abcès purulant » de votre Iième Internationale suivant l'expression de Lénine et la révélant à la classe ouvrière avancée comme un simple assemblage de social chauvins passés chacun au service de leur propre bourgeoisie impérialiste.

En ces jours de guerre, nous sommes fiers et heureux que dans tous les pays du vieux monde capitaliste, des centaines de milliers d'adhérents de notre Internationale luttent comme nous, communistes français, contre leurs propres impérialistes fauteurs de guerre et leurs meilleurs valets les sociaux démocrates de votre espèce, avec une seule pensée, une seule doctrine, celle de Lénine et de Staline.

Tandis que votre Iième Internationale dégage une « odeur cadavérique insupportable » toujours comme écrivait Lénine ; son abcès crevé en 1914, l'a rongé au point quelle est devenue l'avant-garde contrerévolutionnaire de l'impérialisme : elle n'accepte même plus les partis sociaux-démocrates que la réaction de leur pays a interdits, même s'ils luttèrent magnifiquement comme celui d'Espagne par exemple. Et nous sommes fiers d'être membres de la même Internationale que le communiste Dimitrov qui nous montra face aux juges de classe et même devant le couperet, un communiste qui ne renie rien de ses convictions et défend inébranlablement la classe ouvrière et notre parti mondial des communistes.Et dans les prétoires où sont jetés par centaines : ouvriers, paysans, soldats, le souvenir de Dimitrov à Leipzig est toujours devant nos yeux.

Nous sommes fiers d'être membres de ce parti mondial des communiste qui a renversé pour toujours le capitalisme sur un sixième du globe et instauré à sa place un régime socialiste de bienêtre et de paix.

Nous sommes donc fiers d'appartenir au même parti que Staline ; nous nous efforçons d'apprendre dans son oeuvre grandiose et d'être des élèves dignes de lui.

Vous insultez bassement, vilement, Staline, Monsieur le Conseiller d'Etat impérialiste, vous vous démasquez ainsi un peu plus en essayant vous pygmée d'atteindre un géant de l'Humanité.

Les prolétaires, les opprimés du monde entier qui tournent vers lui leurs regards, savent que chaque minute de la vie de Staline, toute entière au service du prolétariat international, du socialisme, est un enseignement, un appel permanent à la lutte sans faiblesse d'aucune espèce.

Que ce soit en ces jours lointains où enchaîné aux pieds, il recevait sans broncher les coups de fouet des gendarmes, la tête haute, parce que sûr de l'avenir ou que ce soit comme guide, comme chef des peuples du grand pays socialiste, phare éclatant dont l'attraction sur les peuples du monde entier est chaque jour plus puissante.

Celui qui a fait du vieux rêve socialiste une réalité, vous le haïssez Blum, politicaillon de couloirs parlementaires, vous Blum, intime des plus grands financiers cosmopolites décorés pour leur pillages, ou pour leurs vols comme Oustric, votre ami.

Aux ouvriers, aux hommes d'esprit avancé qui me lisent, je dis : nous, communistes, sommes fiers d'être englobés avec notre grand Staline dans la haine des capitalistes, que vous exprimez et défendez si bien.

Sûrs que l'avenir est au prolétariat français, sûrs qu'il triomphera dans des temps plus proches peut être quon ne le croit, nous sommes fiers d'être du parti de Lénine et Staline. Nous sommes fiers que notre glorieux parti communiste mérite une telle haine et une telle répression de la clique impérialiste de France avec ses laquais de cotre espèce.

Et comme nos maîtres armés, nous ne cesserons la lutte qu'à la victoire contre notre ennemi qui est chez nous.

A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE

André Marty

Député de Paris.

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