religion

24 sep 2017

Pseudo-Denys l'Aréopagite, en niant la dialectique au profit de l'unité suprême tout en reconnaissant la réalité matérielle, n'est pas loin du panthéisme. Cependant, en niant le mouvement, il ne peut pas y aboutir, basculant de ce fait dans une religiosité où c'est Dieu qui met en mouvement.

Ce mouvement est insuffisant, car la vie matérielle est nécessairement « pleine de mutabilité et d'angoisses » ; la hiérarchie permet de donner du sens et de faire en sorte « de nous unir à Dieu autant qu'il est possible »...

27 aoû 2017

Augustin, avec son approche conceptuelle du césaro-papisme et du péché comme base de l'expérience réelle de l'Humanité depuis Adam, avec sa conception idéaliste du rapport entre l'Un et le Multiple, détermina pour plusieurs siècles le christianisme. Sa fusion du manichéisme et du néo-platonisme, de l'incarnation et de l'Évangile, l'a véritablement porté par ailleurs, étant à la croisée de toute une production d'une très riche intensité.

C'est la base d'une production extrêmement prolixe historiquement, avec ses polémiques, ses conseils techniques, ses nombreux ouvrages idéologiques.

26 aoû 2017

Augustin – 13e partie : le culte des nombres

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Il est significatif que le mysticisme d'Augustin puise dans la clef véritable de l'idéalisme religieux, à savoir le culte des nombres. C'est la conséquence obligatoire de la conception idéaliste du rapport entre l'Un et le Multiple.

Puisque Dieu est 1, la réalité qui est multiple s'appuie sur ce 1. Les nombres, invisibles à la matière, aux corps, composeraient l'univers, aussi faut-il se tourner vers le concept de Dieu...

24 aoû 2017

Augustin – 12e partie : l'Un et le multiple

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Le souci de l'exigence du combat du bien contre le mal, c'est que chez Augustin, ce qui compte c'est la dimension mystique ; l'idéalisme amène l'anéantissement de la matière au profit du Un divin. À ce niveau, l'œuvre véritablement massive d'Augustin en termes de quantité est parsemée de réflexions sur l'unité divine, en laquelle il faut se fondre.

C'est l'expression du néo-platonisme dans le catholicisme, au moyen d'une rencontre du manichéisme opposant le bien et le mal avec le principe de l'incarnation d'un Dieu absolu...

23 aoû 2017

Pourquoi Augustin maintient-il la figure des démons ? La raison est évidente : dans une société humaine encore largement désorganisée, il faut bien expliquer que des choses mauvaises se produisent, et cela d'autant plus après l'incarnation divine du Christ.

Il s'agit d'un renouvellement du manichéisme, dans le cadre de la logique de l'incarnation, de la reconnaissance d'un Dieu uni-total...

22 aoû 2017

Il n’en reste pas moins que, malgré sa prise de distance avec Platon qui est pourtant largement valorisé, il était nécessaire à Augustin de procéder à la liquidation du néo-platonisme. Il écrit pour ce faire de très nombreux chapitres dans La Cité de Dieu contre les païens, afin de dénoncer la démonologie du néo-platonisme (qu’il assimile par ailleurs au platonisme en tant que tel).

En effet, en l’absence d’incarnation divine d’un Dieu unique isolé, le néo-platonisme a dû concevoir toute une série d’étapes intermédiaires peuplés de dieux et de démons...

19 aoû 2017

Là où Augustin tombe véritablement le masque de sa démarche de sa synthèse platonisme - manichéisme - christianisme, c'est avec son éloge de Platon, un païen pourtant. On a ici quelque chose de tout à fait similaire à ce que fit Pseudo-Denys l'Aréopagite, bien que celui-ci ait une approche différente, puisque purement néo-platonicienne à l'initial.

Dans La Cité de Dieu contre les païens, Augustin fait ainsi une présentation approfondie de la philosophie, y compris des pré-socratiques, c’est-à-dire les philosophes comme Pythagore et Thalès, qui devancent Socrate, Platon et Aristote...

12 aoû 2017

La grande actualité pour Augustin, c'est l'effondrement de Rome. Lui-même de culture romaine, pétri de rhétorique et de littérature latine, il a notamment voyagé à Carthage, puis Milan. Et il constate la fin de l'empire, qu'il analyse profondément dans La Cité de Dieu contre les païens, ainsi que dans De la ruine de Rome. Il oppose la puissance de Rome à celle du message du Christ ; l'effondrement de Rome est la preuve de la vanité de ce qui est terrestre...

23 juil 2017

Contrairement à Plotin dont le néo-platonisme se cantonnait dans l'absolu, Jamblique reconnaît le particulier. Il ne s'adresse pas seulement aux plus sages qui ont déjà une connexion au divin, mais à tout un chacun.

Ce qui fait l'intérêt de la position de Jamblique, c'est alors bien entendu que chaque individu, ayant une âme, doit mener sa propre quête de Dieu.

Son âme a une nature définie, une valeur de très grande importance : elle est le « moyen terme » entre l'éternel et le non-éternel, le raisonnable et le non-raisonnable, ce qui est statique et ce qui est en mouvement, entre le non-généré et le généré, bref entre Dieu et la matière...

12 juil 2017

Plotin appelle à l'extase dans la compréhension de la nature de Dieu ; pour parvenir à cette extase, il faut que l'âme cesse de se mêler au corps. Il y a donc une bataille et le néo-platonisme de Plotin fournit les arguments théoriques les plus « purs » de chaque religion : il y a une séparation entre le corps et l'esprit, il y a une bataille entre eux.

La religion est le levier pour comprendre comment se focaliser sur l'âme et parvenir à rejeter un corps à dévaloriser...

9 juil 2017

L'idée de Plotin était simple, mais géniale. Puisque Aristote niait le monde « d'en haut », la seule réponse possible était d'accepter cela, mais en niant pour autant le monde d'en bas. Ne reste alors qu'un seul monde, qui n'est plus matériel et qu'il reste alors à définir.

4 juil 2017

Le principe du dualisme est que le monde matériel est insuffisant et qu'il faut se tourner vers le spirituel. L'âme des individus, c'est en fait une petite étincelle de l'âme du monde, du Dieu vivant. La matière est un degré inférieur de réalité, la seule réalité authentique étant le monde spirituel.

L'âme est donc ce qui compte réellement et il s'agit d'abandonner les préoccupations matérielles. Plus on est un corps, moins on est une âme. Ce qui fait dire à Timée, dans l'œuvre éponyme de Platon : « A cause de tous ces accidents, aujourd'hui et depuis les premiers temps, l'âme commence par être sans intelligence, quand elle vient d'être unie à un corps mortel ...»

3 juil 2017

Le « Timée » n'aurait pas eu l'effet idéologique qu'il a eu s'il ne consistait qu'en un simple dualisme opposant le matériel et l'immatériel. On y trouve une « explication » particulièrement développée des niveaux d'interaction entre l'immatériel et le spirituel.

Cette explication est la seule qui « tienne debout » sur le plan intellectuel, à défaut d'être juste ; elle sera reprise par toutes les religions. Le néo-platonisme consiste précisément en l'approfondissement de cette explication...

29 mai 2017

Dans sa défense de Raymond Sebond, Michel de Montaigne ne parle donc pratiquement pas de Raymond Sebond. Il y parle toutefois extrêmement longuement des animaux. Raymond Sebond considérait que la religion et la Nature disaient la même chose ; quand on lit Michel de Montaigne, on a bien plutôt l'impression que l'être humain est un animal comme les autres, tout à fait dans la tradition du matérialisme. La manière avec laquelle il aborde la question des animaux est clairement athée.

Il a une réelle compassion pour les animaux, qu'on ne trouve que dans l'athéisme, qui célèbre la vie en général...

28 mai 2017

Le passage le plus connu des Essais touche, paradoxalement, la religion. Michel de Montaigne y prend la défense de Ramon Sibiuda (vers 1385 - 1436), un théologien catalan, dans un chapitre très long, bien plus long que les autres. Il semble dédié également à Marguerite de Valois, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, femme d’Henri de Navarre, le futur Henri IV.

Ce qui est très paradoxal, c'est que Michel de Montaigne raconte un nombre incroyable de choses dans ce chapitre, mais en tout cas pas de Raymond Sebon. Il raconte avoir traduit une œuvre de Raymond Sebond à la demande de son père, qui s'y intéressait. C'est peut-être une couverture : Raymond Sebond considère en fait, dans la logique de la Renaissance, que la religion et la nature disent la même chose, que donc les sciences naturelles sont un moyen de retomber en quelque sorte sur la religion. C'est le fameux principe averroïste de la double vérité...

25 mai 2017

Avoir son avis pour soi, c'est forcément pratiquer la double vérité : on apparaît d'une certaine manière, aux yeux de l'Église, mais on a un avis personnel. Les commentateurs bourgeois ne sont jamais arrivés à trancher sur le caractère religieux ou non de Michel de Montaigne. Tout comme pour Molière, ils soupçonnent l'athéisme, mais ils voient que dans sa vie, Michel de Montaigne a respecté la religion, que dans les Essais le catholicisme est mis en avant. Ils ratent en fait le principe averroïste de présenter de manière indirecte les thèses de l'athéisme, en raison de la censure et de la répression.

On sait que chaque page des Essais contient une ou plusieurs citations d'auteur de l'antiquité, qu'il s'agit d'une oeuvre de réflexion, avec un regard critique sur soi-même. Il y a de la curiosité, un travail réel qui est fait. Or, Michel de Montaigne explique que pour apprécier la religion, il ne fait pas juger, il faut être pratiquement idiot...

24 mai 2017

Michel de Montaigne est donc prisonnier d'une contradiction : il veut des consciences organisées, mais a une lecture pessimiste de la nature humaine.

N'étant pas calviniste, il ne croit pas en la rationalité de tout un chacun. Il représente uniquement les intérêts rationalistes de l'appareil d'État. C'est l'averroïsme politique au sens strict.

Ce faisant, Michel de Montaigne n'a pas le choix : il va attribuer à son époque les faiblesses empêchant l'avènement de ce qu'il conçoit...

22 mai 2017

L'averroïsme politique prône la rationalité, et donc, avec la critique de l'Espagne catholique et la séparation de l'Église et de la pensée d'État, on trouve le rejet des superstitions et de la torture. Cela témoigne du fait que sur le plan de la civilisation, la monarchie absolue représente une étape nouvelle.

Parmi les superstitions, Michel de Montaigne classe bien entendu la confiance aveugle en les médecins. Ce qui est préfiguré ici, c'est la critique de Molière. Voici comment Montaigne se moque de la nature des médicaments proposés : « Même le choix qu’ils font de leurs drogues a quelque chose de mystérieux et de divin. Le pied gauche d’une tortue, l’urine d’un lézard, lafiente d’un éléphant, le foie d’une taupe, du sang tiré sous l’aile droite d’un pigeon blanc...»

18 Jan 2017

Éditorial du 18 janvier 2017

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Les «Primaires citoyennes» ne sont pas enthousiasmantes, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais ce qui est frappant, surtout, et même choquant, c'est ce silence sur les religions qui pourtant gagnent du terrain tout en étant toujours plus insupportables aux larges masses.

10 Jan 2017

Karl Kautsky était le défenseur du matérialisme historique, faisant tout pour populariser les thèses de Karl Marx et Friedrich Engels, reconnaissant entièrement que leur approche était scientifique et qu'il fallait se placer historiquement dans cette orientation. C'était le sens de son orthodoxie.

En 1887, Karl Kautsky publia ainsi un écrit sur les enseignements économiques de Karl Marx, qui sont à ses yeux la clef de voûte du marxisme et donc de la social-démocratie. A ses yeux, Le Capital compte comme une œuvre d'histoire et ce qui compte, c'est l'analyse objective de la réalité, en portant son attention sur le mode de production...

7 Jan 2017

Karl Kautsky représente l'approche orthodoxe du marxisme ; à l'opposé d'en France, la direction de la social-démocratie reconnaît le marxisme comme science.

La différence est fondamentale entre le socialisme de type français, éclectique, anti-idéologique, Jean Jaurès lui-même n'ayant jamais formulé de corpus théorique, et le marxisme défendu par la social-démocratie allemande...

21 nov 2016

Comme on le sait, la monarchie française s'est fondée en lien étroit avec la religion. C'est un processus qui prolonge les périodes romane et gothique.

Ainsi, la légende catholique veut que Clotilde la femme de Clovis, alla prier avec un ermite, dans la forêt de Cruye (désormais forêt de Marly), lorsqu'un ange apparut et lui demanda de remplacer les trois crapauds de l'écusson royal par trois fleurs de lys en or.

On retrouve par la suite la fleur de Lys à l'époque de la dynaste carolingienne (à la suite de Charlemagne), avant d'être officialisé en tant que tel par Louis VII le Jeune au XIIe siècle. Il semble bien cependant que le nombre de trois fleurs de lys fut décidé par Charles V le Sage au XIVe siècle, en référence à la « Sainte Trinité »...

19 nov 2016

On se souvient que Michel de Montaigne avait prétendu dans les Essais que le Discours de la servitude volontaire était une sorte d'écrit de jeunesse d'Etienne de La Boétie, qui serait sans prétention, juste un exercice de style ayant comme but de témoigner de la connaissance de l'histoire de la Grèce et de la Rome antiques.

C'est clairement un masque pour une tentative d'analyse du principe d'opinion publique. L'auteur du Discours fait exactement comme l'auteur des Essais : il propose, soupèse, fait des digressions… Il n'y aucune rupture entre le Discours et les Essais à ce niveau...

30 aoû 2016

Les masses n'aiment pas la religion, cette abstraction flottant au-dessus de la réalité. Ils apprécient, au mieux, un sens de l'universel et de compassion qu'elle peut prétendre porter.

Mais le clergé, ses interdits, ses explications irrationnelles… seuls les secteurs les plus arriérés peuvent les apprécier. Et les apprécient, car il y a un grave retour en arrière depuis 20-30 ans, sous l'effet des coups de boutoirs religieux...

27 juil 2016

Cette fois, les fondamentalistes islamiques ont choisi d'accélérer leur processus de provocations meurtrières.

Ils se sont aperçus que, finalement, les attentats visant des personnes juives ou bien des gens vivant à Paris laissaient la « France profonde » dans une certaine perplexité, dans une certaine incrédulité.

En frappant dans la partie ancien « village » d'une banlieue populaire de Rouen et en égorgeant un prêtre de 84 ans pendant une messe, on a un choix stratégique, celui de polariser dans le sens d'une guerre de religions ouverte...

13 juin 2016

La Bhagavad Gîtâ - 7e partie : la bhakti

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Il reste pour la Bhagavad Gîtâ à se préoccuper du sort de Krishna : qui est-il ? On sait que c'est un avatar de Vishnou, apparaissant lors des troubles afin d'indiquer la voie correcte. Reste que dans le Mahâbhârata, on le prend pour un être humain tout en s'adressant à lui comme s'il était un dieu.

Comment se sortir de cette contradiction, de ce qui a sans doute été une figure humaine déifiée, comme le plus souvent dans les religions indiennes ?...

12 juin 2016

La Bhagavad Gîtâ - 6e partie : le «yogin»

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Cette question du sacrifice en esprit qui est supérieur au sacrifice dans l'action a comme base l'objectif idéologique qu'est l'hégémonie des prêtres. En pratique, une fois le cœur de la Bhagavad Gîtâ mis en place dans les quatre premiers chapitres, le restant des chapitres sert en effet à colmater la série nombreuse de brèches provoquée par le saut qualitatif effectué par la modification du rapport caste des guerriers – caste des prêtres.

Le premier souci est, comme le souligne Arjuna, de savoir s'il faut privilégier tout d'abord « le renoncement qui supprime l’action » ou bien « le yoga qui est effort »...

11 juin 2016

Les trois premiers chapitres de la Bhagavad Gîtâ sont déjà magistraux : ils ont déjà fourni la substance de l'œuvre, donné sa perspective. Reste qu'en tant qu'œuvre religieuse-magique, il fallait bien justifier l'irruption de Vishnou sous la forme de son avatar Krishna, homme tout bleu intervenant avec ses conseils avisés.

8 juin 2016

Portons un regard sur ce qu'ajoute Krishna dans le troisième chapitre, qui reflète une véritable réflexion philosophique sur le sens du monde. La Bhagavad Gîtâ n'aurait pu avoir un tel écho si elle ne présentait pas une tentative d'explication rationnelle du monde, au moins en partie.

Ce qui rend ici les choses très intéressantes, c'est que la Bhagavad Gîtâ considère que les humains font l'histoire par nécessité, et non pas par choix individuel. Il y a ici très clairement une rupture matérialiste avec l'antiquité et ses guerriers agissant comme bon leur semble en apparence...

7 juin 2016

La plus grande erreur qu'on puisse faire au sujet de l'hindouisme, c'est de considérer qu'il s'agit d'un simple justificatif de castes. L'hindouisme est plus que cela ; c'est un dépassement du brahmanisme, qui avait instauré et systématisé la domination aryenne sur les peuples de ce qui est devenu l'Inde.

Ce dépassement est en étroite liaison avec les grandes rébellions progressistes qu'ont été le bouddhisme et le jaïnisme, qui ont rejeté le système des castes...

5 juin 2016

Le second chapitre de la Bhagavad Gîtâ tient à la réponse faite par Krishna aux propos d'Arjuna. L'explication de Krishna se divise elle-même en deux parties : tout d'abord, il y a une présentation de l'univers et du sens qu'a la vie en son sein, et ensuite on a l'exposition de la méthode à suivre pour agir de manière correcte.

Le paradoxe de l'approche qu'on trouve dans la Bhagavad Gîtâ est que Krishna ne conforte pas du tout Arjuna dans sa volonté de ne pas combattre. La conclusion du Mahâbhârata tient justement à ce que l'affrontement général a amené la disparition de pratiquement tous les combattants, pavant la voie à une nouvelle génération devenue « pure »...

4 juin 2016

La Bhagavad Gîtâ est un exposé de morale et de philosophie en 18 chapitres qui date d'entre 500 et 200 ans avant Jésus-Christ, fournissant les principes généraux de la vie en commun dans l'Inde antique.

Cet ouvrage très important de la culture mondiale s'insère lui-même dans le Mahâbhârata, gigantesque poème de 81 936 strophes, racontant la bataille finale des guerriers de l'Inde, prélude à une fin du monde et à une renaissance...

13 aoû 2015

Jean (ou John) Duns Scot (1266-1308) fut un Écossais surnommé le « Docteur Subtil », et s'il fut en effet subtil, c'est parce qu'il a défendu la dignité du réel face au dogme idéaliste de l'abstraction défendue par l’Église catholique.

Ainsi, si Jean Duns Scot a été incapable d'avoir une vision scientifique générale comme l'ont eu Avicenne et Averroès, il a parcouru un chemin inverse y contribuant : au lieu de défendre le matérialisme sur le plan de l'universalité (comme Avicenne, Averroès, Spinoza), il l'a fait sur le plan du particulier...

11 mai 2015

C'est la grande bataille médiatique de ces derniers jours, avec même Manuel Valls se fendant d'une tribune dans Le Monde : qui est donc « Charlie », symbole du mouvement de janvier suite aux attaques contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Casher ? Que représente-t-il ?

Charlie, un démocrate sincère mais plutôt petit-bourgeois...

13 mar 2015

Le paradoxe de la bataille pour la dignité est que Moïse, Jésus et Mahomet n'ont pas du tout été reconnus immédiatement et entièrement. Le matérialisme dialectique affirme que toute progression est non-linéaire, et étonamment pour une religion qui se veut forcément « droite » dans son parcours, on voit que les prophètes ont dû batailler ferme.

Cela ressemble bien plus à de la bataille politique qu'à la réalisation prophétique triomphale. Et justement le matérialisme dialectique montre que les progrès de la civilisation consistent en des sauts qualitatifs, l'histoire avançant en spirale, pas en ligne droite.

12 mar 2015

Qui dit droit et compassion dit en même temps dignité. Moïse, Jésus et Mahomet représentent une étape de civilisation, d'affirmation de l'humanité par rapport à elle-même, au moyen de Dieu servant de miroir.

C'est là le problème le plus épineux de la religion, qui s'est accaparé toute une vision du monde où l'être humain gagne en dignité grâce à Dieu, par l'intermédiaire du prophète.

Sans Dieu, sans la figure du prophète, il n'y a selon les religions monothéistes plus de dignité humaine. Il n'y a que l’infamie, l'ignorance, le paganisme. Le Coran utilise par exemple le terme de jâhilîya, qui vient du verbe jahala, signifiant être ignorant, agir stupidement...

11 mar 2015

Le droit ne peut s'imposer, s'il ne transporte pas quelque chose de supérieur par rapport à auparavant. C'est pour cela que la religion est un refuge ; Moïse, Jésus et Mahomet ont construit la religion comme projet politique très concret, comme modification juridique. Cependant, en même temps, ils devaient inévitablement également réfuter les difficultés de la vie matérielle, en tentant de souligner que le nouveau droit apporterait la justice.

C'est de là que vient « l'humanisme » que portent les religions ; c'est ce que Karl Marx a expliqué avec sa fameuse formule de « l'opium du peuple », sur le double caractère de la religion : protestation contre la dureté de la vie et expression en même temps de celle-ci...

4 mar 2015

Dieu est l'éternité et il intervient dans l'espace en jouant sur le temps. Lorsque Jésus marche sur l'eau, le temps de la chute est « bloqué », comme est bloquée l'eau de la mer rouge pour permettre le passage des Hébreux poursuivis par les troupes égyptiennes. Quant au Coran, il est un miracle intemporel pareillement puisqu'il est censé être co-éternel à Dieu.

Dans ces trois cas, on a à chaque fois un humain qui est là pour ce miracle, dans la mesure où il le porte, de par sa présence. C'est le statut de prophète qu'on retrouve ici, avec le judaïsme qui ne reconnaît que Moïse et les prophètes de la Bible juive, tandis que le christianisme reconnaît en plus Jésus Christ et l'Islam y ajoute Mahomet.

Cependant, qui est cet humain, de quoi témoigne-t-il ?...

3 mar 2015

Tant que Moïse, Jésus et Mahomet parlait de Dieu, ils pouvaient faire référence à l'éternité. Le problème est tout à fait différent si l'on se place sur le plan spatial. L'équivalent de l'éternité est l'infini. Or, si un humain peut dire que quelque chose a existé avant lui et existera après lui, le problème est tout autre avec l'espace, puisque là il est obligé non pas de parler, mais de montrer l'infini.

C'est ici très précisément ce que font les « super-héros », parce que leurs réserves d'énergie semblent inépuisables, infinis : Superman n'est jamais fatigué, l'homme-élastique conserve sa plasticité, etc...

2 mar 2015

Il existe de très nombreuses manières de lire les récits concernant la vie de Jésus fait par les apôtres (les Évangiles ou Nouveau Testament), tout comme le Coran ou encore les écrits de la Bible juive (appelée Tanakh en hébreu et correspondant en partie à ce qui est appelé Ancien Testament par les chrétiens). Habituellement, deux approches se présentent, se contredisant : la première admet que les textes ont ici une dimension sacrée, divine, relevant de ce qui est révélé par une entité parfaite, omnisciente, omnipotente (résumée sous le concept de Dieu).

Quant à la seconde, elle considère que ces textes sont une retranscription historique d'événements uniquement humains, avec des ajouts surnaturels propre aux superstitions de l'époque dans un endroit donné...

15 Jan 2015

Il fallait, en quelque sorte, réimpulser la religiosité du Moyen-Âge. Cependant, l’Église avait besoin pour cela d'intermédiaires entre les gens et Dieu, afin d'empêcher tant les soulèvements mystiques incontrôlés que les éventuels choix raisonnables se passant de l’Église elle-même.

Il y eut alors à la généralisation théologique des « intercesseurs » : les « saints ». Le culte des « saints » est par conséquent une composante essentielle du baroque. Le Vatican a dépensé une énergie importante pour disposer de « saints » locaux sur lesquels s'appuyer pour évangéliser et reconquérir les zones perdues aux protestants...

14 Jan 2015

Charlie Hebdo sort aujourd'hui son nouveau numéro, à trois millions d'exemplaires, alors que sa rédaction a été pratiquement anéantie lors de l'attaque par des islamistes il y a une semaine. C'est une volonté d'aller de l'avant, dans la continuité du passé, comme le prouve la couverture, avec un personnage censé représenter Mahomet, qui tient une pancarte « Je suis Charlie », le mot « pardonné » étant inscrit à l'arrière-plan.

Il y a là quelque chose de profondément, si ce n'est stupide, au moins malsain. Surtout alors que des franges racistes radicales mènent depuis plusieurs jours des provocations et des attentats contre des mosquées, tentant de briser le refus par la société française de basculer dans le racisme ou la guerre de religion...

24 déc 2014

Georg W.F. Hegel, nous l'avons vu, accorde une grande place à Baruch Spinoza dans la philosophie moderne ; Ludwig Feuerbach fait de même. « Spinoza est en fait l'auteur originel de la philosophie spéculative moderne », dit-il dans ses Thèses provisoires en vue d'une réforme de la philosophie.

Comme chez Georg W.F. Hegel, Baruch Spinoza est celui qui a assumé la totalité, mais qui a réussi à faire dégager l'horizon religieux encombrant cette perspective. Son panthéisme est l'intermédiaire entre la conception passée de l'univers au matérialisme.

D'ailleurs, à l'époque les anti-matérialistes avaient tout à fait compris les conséquences de la démarche de Baruch Spinoza. Ludwig Feuerbach explique ainsi ce mouvement général aboutissant forcément au matérialisme...

24 déc 2014

Pourquoi donc Dieu le fils n'est-il homme que dans la femme ? Le tout puissant n'aurait-il pas pu apparaître comme homme parmi les hommes d'une autre manière, sans médiation ?

Pourquoi donc le fils s'est-il réalisé dans le sein d'une femme ? Pourquoi, sinon parce que le fils est nostalgie de la mère, parce que son coeur féminin plein d'amour ne peut trouver d'expression correspondante que dans un corps féminin ?

Le fils en tant qu'homme naturel ne passe que neuf mois dans l'asile du sein féminin, mais ineffaçables sont les impressions qu'il y reçoit ; la mère ne sort jamais de l'esprit et du coeur de son fils. Par suite, si. l'adoration du fils de Dieu n'est pas idolâtrie, l'adoration de la mère de Dieu ne l'est pas non plus...

24 déc 2014

Ce qu'en général, et même par rapport aux objets sensibles, on a affirmé jusqu'ici du rapport de l'homme à l'objet, vaut particulièrement pour le rapport qu'il entretient avec l'objet religieux.

Dans le rapport aux objets sensibles la conscience de l'objet est séparable de la conscience de soi ; mais dans le cas de l'objet  religieux la conscience coïncide immédiatement avec la conscience de soi. L'objet sensible existe extérieures ment à l'homme, l'objet religieux en lui, objet intérieur -- qui le délaisse aussi peu que ne le fait sa conscience de soi, sa conscience morale — objet intime, le plus intime, le plus proche.

« Dieu », dit par exemple Augustin, « nous est plus proche, plus apparenté et partant plus facilement connais-sable que les choses sensibles, corporelles »...

24 déc 2014

La doctrine de la création a sa racine dans le Judaïsme ; elle est même la doctrine caractéristique, la doctrine fondamentale de la religion juive. Le principe qui lui est fonda-mental n'est pourtant pas tant celui de la subjectivité que celui de l'égoïsme. Dans sa signification caractéristique la doctrine de la création ne prend naissance que là où l'homme soumet pratiquement la nature uniquement à sa volonté et à ses besoins, et par suite dans sa faculté de représentation la réduit à l'état de pur et simple matière d'oeuvre, à l'état de produit de la volonté.

A présent son existence lui est expliquée, puisqu'il l'explique et l’interprète en dehors d'elle-même, il l'explique dans son esprit. La question : d'où provient la nature ou le monde ? présuppose proprement que l'on s'étonne sur son existence, ou que l'on se demande : pourquoi est-il ? Mais cet étonnement, cette interrogation ne naissent que là où l'homme s'est déjà séparé de la nature pour la réduire à un simple objet de la volonté.

19 déc 2014

Le point de vue de Ludwig Feuerbach et de Karl Marx est très clair concernant la dimension naturelle de l'être humain. L'objectif, c'est que l'être humain se ressaisisse comme naturel.

Dans L'essence du christianisme, Ludwig Feuerbach explique que :

« L'obscur dans la nature est cependant l'irrationnel, le matériel, la nature même dans les différences avec l'intelligence...

 

19 déc 2014

La religion a été la tentative, idéaliste, de formuler la totalité ; à ce titre la théologie ne doit pas être rejetée, mais absorbée. Feuerbach explique ainsi :

« La philosophie la plus nouvelle est sortie de la théologie – elle est elle-même rien d'autre que la théologie dissoute et transformée en philosophie. »

Il a été dit que pour Feuerbach, le protestantisme a joué un rôle progressiste dans le processus d'abaissement de « Dieu », pour le ramener à ce qu'il est : une vision qu'a l'humanité d'elle-même.

15 déc 2014

Max Stirner (1806-1856) est aux côtés de Ludwig Feuerbach et de Bruno Bauer (1809-1882) le second grand « hégélien de gauche », c'est-à-dire les disciples de la pensée de G.W. Hegel assumant le progressisme, la critique radicale de la religion.

Mais si Ludwig Feuerbach pave la voie à Karl Marx et Friedrich Engels, Max Stirner pave la voie à l'anarchisme. Son œuvre la plus célèbre, L'Unique et sa propriété (1844), est une attaque contre Ludwig Feuerbach.

Max Stirner considère qu'en défendant la nature, Ludwig Feuerbach ne peut pas se passer de Dieu : sa pensée serait finalement religieuse malgré lui...

15 déc 2014

Pour les matérialistes, l'univers est un, il y a unité. Mais l'être humain n'est pas cet univers. Selon Feuerbach, l'être humain a cependant, à l'opposé des animaux, conscience du caractère infini de la réalité.

Il doit l'exprimer, mais comment sa conscience non infinie peut-elle formuler cela ? Précisément en utilisant le concept de « Dieu. » Feuerbach explique dans L'essence du christianisme que :

« L'être de l'être humain différencié des animaux n'est pas que le fondement, mais également l'objet de la religion...

11 déc 2014

De quoi parle la religion ? La religion parle de l'humanité et de la nature. Mais en raison de la situation où sont les humains, ils en parlent de manière voilée, cachée à leurs propres yeux. Ainsi, ils parlent de Dieu, concept qui n'est que le reflet de l'humanité.

La religion n'est ainsi pas qu'un système idéologique visant à justifier une domination, une oppression, une exploitation. C'est le reflet d'un certain niveau de conscience de l'humanité. Une humanité qui n'a pas encore un niveau suffisant de conscience d'elle-même et de la nature utilise « Dieu ».

Naturellement, les fameuses lignes de Karl Marx sur la religion comme opium du peuple puisent directement dans la conception de Ludwig Feuerbach...

1 nov 1902

C’est Elm qui a essayé en dernier lieu d’exposer la politique de neutralité des syndicats en dehors de tout parti.

Cette politique doit être : « une politique pratique d’actualité » , « une pure politique d’intérêts, non une politique de parti  ».

Voilà qui est net, surtout quand c’est imprimé en gros caractères, mais si l’on y regarde de plus près, on reconnaît que cela prête à tout autant d’ interprétations que la « politique ouvrière  »...

1 nov 1902

Le travail qu’on va lire a paru en une série d’articles dans la Neue Zeit , il y a deux ans, à un moment où l’on discutait avec chaleur en Allemagne la question des rapports entre le parti socialiste et les syndicats. C’est dans tous les pays capitalistes un problème de la plus haute importance que l’établissement de ce modus vivendi , mais la question ne se pose pas de la même façon dans les différents pays, et elle admet les solutions les plus diverses. Il me paraît utile de le constater ici de façon à prévenir tout malentendu.

Car ce que je sais des syndicats français suffit pour me prouver que le problème de la neutralité des syndicats est absolument différent en France et en Allemagne : les arguments présentés pour ou contre la neutralité en Allemagne ne valent donc par nécessairement pour la France...

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