20 mar 2016

La nature actuelle de l'opposition au projet de loi travail

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Il y a onze ans, le PCF(mlm) parlait de La fin de l'âge d'or impérialiste. La fin des secteurs protégés dans le cadre de l'approfondissement de la crise générale du capitalisme (fonction public, culture, université).

Il y était expliqué que nous rentrions dans une époque nouvelle, où les secteurs de la société préservés de la pression capitaliste ouverte se transformaient, rentrant au fur et à mesure dans le giron du capitalisme le plus brutal.

Un exemple connu est celui de La Poste, où les fonctionnaires s'occupant des usagers sont devenus des employés s'occupant des clients. Cela fait partie d'une tendance générale où le capitalisme part à la conquête de tous les secteurs économiques, afin d'asseoir son besoin insatiable de davantage de profit.

Si l'on ne comprend pas cet arrière-plan, on ne comprend pas les initiatives du capitalisme et on devient aveugle, on devient incapable de lutter de manière correcte.

Or, si l'on regarde bien, le « Projet de Loi Travail » du gouvernement de Manuel Valls est justement une contribution à la liquidation des acquis, des secteurs protégés, en jouant sur la « flexibilité », c'est-à-dire la précarité.

On aurait pu espérer que les masses populaires aient acquis un niveau de conscience suffisamment fort pour comprendre l'arrière-plan et, de fait, cela a été le cas : les masses conscientes ont compris la menace et ont exprimé leur opposition à ce « Projet de Loi Travail ».

Qui a pourtant pris les commandes du mouvement d'opposition ?

Les faits sont là et ils sont graves : l'opposition au « Projet de Loi Travail » a été portée jusque-là par la petite-bourgeoisie et les secteurs syndicaux ; l'engouement populaire fait entièrement défaut.

S'il n'y avait pas quelques ultra-gauchistes pour tenter de donner une coloration pseudo-révolutionnaire à la contestation, sa vacuité serait d'autant plus patente (ce qui montre d'ailleurs le caractère de 5e colonne des ultra-gauchistes qui servent de faire-valoir et de masque).

Aucune valeur n'est portée, aucune volonté de transformation n'est assumée ; il n'y a aucun esprit d'initiative fondé sur l'antagonisme au capitalisme, aux valeurs dominantes. C'est d'autant plus vrai dans une jeunesse invariablement rivée à sa soumission à la vie quotidienne capitaliste, du McDonald's jusqu'à l'egocentrisme passant par Facebook et Instagram.

Les syndicats ont immédiatement pris les commandes du mouvement, avec leurs cohortes de représentants liés au service public, avec en arrière-plan l’État maintenant en vie les syndicats à coups de millions d'euros et de reconnaissance sociale.

Bref, il s'agit là d'un « mouvement social » et non pas d'un mouvement de lutte de classe. L'histoire étant cependant l'histoire de la lutte des classes et non pas des « mouvements sociaux », il faut bien que ce « mouvement social » bascule soit dans le camp de la bourgeoisie, soit dans le camp du prolétariat.

Le document du PCF(mlm) d'il y a onze ans fournit ici une réponse :

« Trotskyste, anarchiste ou « PCF », la logique est la même : c'est le refus de l'affrontement prolétarien et le refus d'assumer la prolétarisation toujours plus grande, inévitable dans le cadre du capitalisme.

C'est le refus d'assumer une lutte contre le capitalisme qui aille jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au socialisme ; c'est un refus qui trouve sa source dans la nature sociale de ces couches intermédiaires.

À notre époque la petite-bourgeoisie doit tout faire pour masquer et nier la nature de la crise capitaliste ; elle refuse à tout prix sa prolétarisation, elle s'allie objectivement à la bourgeoisie dans la lutte idéologique pour nier le caractère GÉNÉRAL de la crise capitaliste. »

En ce sens, le mouvement actuel d'opposition au « Projet de Loi Travail » du gouvernement Valls tend inéluctablement à aider le réformisme, l'esprit corporatiste de défense de son propre secteur économique, etc., le révolutionnarisme petit-bourgeois et la participation de la jeunesse « festive » servant de masque « radical ».

Il ne transporte pas de réalité prolétarienne, d'autonomie de classe et de conflictualité avec l’État ; pire, un tel mouvement court-circuite justement l'autonomie de classe et la conflictualité.

Les forces dirigeant idéologiquement ce mouvement – l'UNEF, les frondeurs du Parti Socialiste, le P«C»F, et notamment la JC, les petits-bourgeois se déguisant en « révolutionnaires » (y compris sous leur forme faussement « maoïste ») – font en effet absolument tout pour que le « mouvement social » ne porte pas de dimension culturelle et idéologique, qu'il soit une fin en soi qui leur permettraient de « recruter » des forces juste après.

On est là dans l'esprit petit-bourgeois du « groupe de pression », du réformisme, du réformisme « maquillé » en « tentative révolutionnaire de débordement », etc.

Un tel mouvement ne peut donc que réintégrer la logique institutionnelle de négociation de « réformes » – c'est là bien entendu ce qui est visé par une gauche bourgeoise ayant en tête les élections présidentielles de 2017 – à moins que les masses ne fassent irruption.

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