24 avr 2012

Arthaud et Poutou : deux illusionnistes au service de la bourgeoisie

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Ces élections signent la faillite complète du trotskysme français et, avec lui, de la majeure partie de l'extrême-gauche française.

 

Les résultats minables obtenus par Philippe Poutou et Nathalie Arthaud montrent à quel point ils ne furent que des illusionnistes au service de la bourgeoisie. L'extrême-gauche, qui a suivi en masse la stratégie légaliste et antipolitique des trotskystes à partir des années 80, croyait son heure arrivée avec la crise du capitalisme. C'est tout l'inverse qui se produit : elle disparaît totalement du paysage politique français et son influence sur les masses populaires est pratiquement inexistante.

Nathalie Arthaud qui se présentait pour l'Union Communiste Internationaliste (Trotskyste) / Lutte Ouvrière dépasse à peine 0,5% des voix.

Et ce alors que cette organisation se prétendait la seule vraie organisation communiste, la seule à même de prendre la direction de la classe ouvrière.

Cela fait 38 ans que Lutte Ouvrière présente une candidate aux élections présidentielle, cela fait plus de 40 ans que Lutte Ouvrière a comme stratégie de remplacer la direction Parti « Communiste » Français.

 

Suivant les préceptes de Trotsky, Lutte Ouvrière considère que "la crise de l'Humanité se résume à la crise de direction de la classe ouvrière". Les trotskystes nient le rôle de la culture et de l'idéologie. Pour eux, les masses seraient déjà organisées mais "mal dirigées". L'activité des révolutionnaires consisterait donc juste à arriver à arracher la direction des organisations supposées de la classe ouvrière des mains des "réformistes" ou des "bureaucrates". Cette vision totalement déformée du parti d'avant-garde est à mille lieues de la conception bolchevik d'un Parti "au sein des masses comme un poisson dans l'eau". Ce n'est en fait de léninisme qu'une sorte blanquisme légaliste.

 

Cette conception guide toutes les organisations trotskystes mais est appliquée différemment. La foison de petits groupes trotskystes en France s'explique ainsi ; et ils ne fondent leurs divergences que sur des considérations tactiques. 

 

Ainsi, Lutte Ouvrière considère que l'avant-garde de la classe ouvrière est organisée autour du P"C"F. Toute son activité depuis 50 ans consiste à construire une organisation de cadres capables de remplacer la direction du P"C"F. Comme ils ne pouvaient faire de l'entrisme en son sein -ce que fait aujourd'hui le groupe "La Riposte"-, ils ont essayé de l'influencer depuis l'extérieur. Ils se vivent ainsi comme une fraction externe du P"C"F dont ils partagent la majeure partie de la culture révisionniste.

 

Ils recrutent ainsi principalement des jeunes intellectuels issus de la petite et haute bourgeoisie à la sortie des grands lycées et dans les universités de France et des cadres syndicaux de l'aristocratie ouvrière. L'objectif étant de former une prétendue "élite révolutionnaire" attendant que le pouvoir lui tombe dans les mains. 

 

Lutte Ouvrière entretenait ainsi tout un folklore révolutionnaire et mettait en avant une attitude sensément "dogmatique" puriste communiste.

 

Depuis 1974, Lutte Ouvrière a misé essentiellement sur les élections pour se faire connaître et exister comme un recours aux "trahisons" de la direction du P"C"F. Cette tactique a pu fonctionner un temps dans les marges de tolérance de la social-démocratie et a même donné à Lutte Ouvrière une place prépondérante à l'extrême-gauche pendant des dizaines d'années. Sa fête était la grande kermesse folklorique de tout ce qui se situait à gauche du P"C"F et le lieu central des débats entre les organisations gauchistes. 

 

Mais, à l'inverse de ce qu'avait prévu Lutte Ouvrière, le révisionnisme n'a jamais cessé de fonctionner comme force d'encadrement des masses.

 

Et devant l'échec de sa stratégie, Lutte Ouvrière est rentré en décadence. Ainsi, les analyses économiques poussées qui étaient sa marque de fabrique ou les discours très carrés et dogmatiques ont disparu au profit d'un ultra-syndicalisme agressif. De même, sa ligne d'indépendance politique de la classe ouvrière a cédé la place à des alliances électorales tactiques avec la social-démocratie à toutes les élections. Certains militants de Lutte Ouvrière se retrouvant même sur des listes municipales au côté de militants ... du MODEM !

 

Cette décadence ultra-syndicaliste est bien campée par Nathalie Arthaud qui a joué durant cette campagne le rôle de la "gauchiste hystérique" qui ne fait que râler sans rien proposer de positif. Son incapacité à dénoncer clairement l'antisémitisme après le massacre de Toulouse en est un autre signe patent.

 

Au final, après 50 ans de militantisme légaliste et presque 40 ans d'électoralisme effréné, à quoi est arrivé Lutte Ouvrière ? A faire à peine 0,5% aux élections présidentielles tout en y ayant été totalement inaudible. En effet, quelle différence ont bien pu voir les électeurs entre ses tirades contre la "dictature de l'Argent" et celles strictement similaires de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ?

 

Lutte Ouvrière qui prétendait prendre la place du P"C"F n'a fait que pousser des générations de militants sincères dans une voie sans issue à des kilomètres de la Révolution.

 

Elle a gâché des énergies révolutionnaires par milliers, a déformé des centaines de cadres intellectuels, répandu le poison du légalisme dans la partie des masses qui cherchait à s'organiser.

 

Son rôle authentiquement contre-révolutionnaire a consisté à être le fossoyeur de Mai 68 en enfermant les énergies révolutionnaires dans un ghetto culturel stérile coupé des masses. Ce travail étant achevé, la crise se répandant, la bourgeoisie n'a plus besoin d'elle. Alors elle disparaît dans les poubelles de l'Histoire. 

 

Quant au score à peine meilleur de 1,2% de Philippe Poutou pour le Nouveau Parti Anticapitaliste, il sanctionne, lui, l'échec du deuxième grand courant trotskyste.

 

Si l'interprétation de la théorie de Trotsky sur la "crise de direction" est bien différente, le fond reste le même. Ainsi, les trotskystes du NPA, dont la création est un coup tactique de la Ligue Communiste Révolutionnaire/4ème Internationale, se placent dans une perspective "mouvementiste". Ils partent de la maxime "tout ce qui bouge est rouge". Ils sautent ainsi de mouvements en mouvements, de luttes en luttes en se la jouant "radicaux". 

 

Ils s'appuyaient pour cela sur l'image "révolutionnaire" qu'avait acquis la LCR durant la brève période du début des années 70. Une forte partie de son organisation de la jeunesse était pro-guévariste. Bien évidemment, dès que la conflictualité avec l'Etat s'est faite trop forte, la LCR a fait le ménage, lâchant ses jeunes militants et prétextant un "tournant ouvrier" en fait syndical.

 

Moins versée dans l'électoralisme que Lutte Ouvrière, la LCR n'a présenté un candidat aux présidentielles qu'en 2002 avec Olivier Besancenot. Mais elle s'y est jetée à corps perdu par la suite entrant, elle aussi, totalement en décadence. De la même manière, les analyses économiques et politiques pointues ont totalement disparu au profit d'un mouvementisme syndicalo-altermondialiste.

 

Après la relative réussite des élections de 2007, la LCR a cru, tout comme Lutte Ouvrière, pouvoir prendre la place du P"C"F. Elle pensait pouvoir agréger, sous la houlette de ses cadres, l'ensemble du mouvement qui s'était constitué autour du Non au référendum de 2005 dans une structure large sans unité idéologique. De manière typiquement trotskyste, ils pensaient qu'il suffirait d'agréger le maximum de force sous une "bonne direction" pour que mécaniquement il se passe quelque-chose.

 

De la même manière que Lutte Ouvrière, le NPA a fait l'illusion de radicalité en adoptant un style populiste mi-énervé mi-sympa. Philippe Poutou a bien joué ce rôle pendant la campagne présidentielle. Il campait lui le rôle de l'idéaliste sympa. 

Comme nous l'annoncions dès la fondation du NPA en 2009, ce bric-à-brac associatif ne pouvait que s'effondrer. Sans contenu ni culture commune et largement ouvert à la social-démocratie, les forces qui le composaient ne pouvaient qu'exploser. 

 

Vous retrouverez les différentes analyses que nous avions faites du NPA à sa fondation aux liens suivants: Le NPA et le «socialisme du 21ème siècle» , La critique du capitalisme dans le programme du NPALe NPA, un projet social-démocrate , la question de la souffrance animale et le refus du NPA de la reconnaître, Pourquoi critiquer le NPA? , Ultra-démocratisme ou révolution? , Le NPA, serviteur zélé des labos , Le NPA contre le socialisme dans l’agriculture , Le NPA et la Guadeloupe: une position social-impérialiste

 

D'affrontements de lignes en scissions, le gros des effectifs nouveaux (c'est-à-dire des gens qui n'étaient pas avant à la LCR) est parti voir ailleurs, et la grande masse de celles et ceux qui soutenaient de loin l'organisation ont préféré se tourner vers le Front de Gauche de Mélenchon pendant ces élections. Au point que même l'une des deux porte-parole du NPA, Myriam Martin, a lâché Poutou en pleine campagne pour rejoindre le Front de Gauche, ce qui présage de l'éclatement complet de l'organisation de manière imminente.

 

Toute cette démagogie pour au final faire la retape pour le candidat du Parti Socialiste et lui vendre le peu de voix qu'ils ont récoltées durant la campagne.

 

Alors que la crise du capitalisme fait rage, l'extrême-gauche devrait être forte, prête à organiser les masses, à les guider dans le combat. Mais à cause du légalisme distillé par les trotskystes depuis 20 ans et du syndicalisme avec lequel l'ont accompagné les anarchistes, elle est complètement out. Elle ne pèse plus rien, ces thèses n'influencent plus personne ou presque. Seuls règnent en maître dans les masses la social-démocratie en pleine décadence populiste et le fascisme qui est plus fort que jamais dans les bastions ouvriers.

Les trotskystes ont par leur travail de sape incessant détruit toute la culture révolutionnaire héritée des années 1960-1970, gâché des milliers d'énergies révolutionnaires et rendu totalement has been l'extrême-gauche. Ils ont été des illusionnistes au service de la bourgeoisie.

Aujourd'hui, alors que le fascisme et son complice social-démocrate sont en train d'entraver la classe ouvrière pour la vendre à la bourgeoisie impérialiste, l'heure est à structurer une résistance antifasciste, autonome et offensive. 

 

Heureusement, le PCMLM, seul parti né à la fin des années 2000, a relancé le travail idéologique produisant de la culture ancrée dans son époque, analysant de fond en comble la société capitaliste de France et remettant en avant une stratégie réellement offensive, réellement autonome par rapport aux institutions de la bourgeoisie. Car c'est d'idéologie qu'a besoin la classe ouvrière, de son idéologie : le marxisme léninisme maoisme ; pas de tout ce fatras légaliste, réformiste et apolitique.

 
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