17 sep 2014

Le FN serait un parti bourgeois traditionnel, Dieudonné un saltimbanque: la ligne anti-antifasciste du roc-ml

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Le rassemblement organisé des communistes marxistes-léninistes – roc-ml – est une structure issue du courant « pro-albanais », c'est-à-dire des marxistes-léninistes des années 1960-1970 ayant considéré que l'Albanie d'Enver Hoxha, et non la Chine de Mao Zedong, était un véritable pays construisant le socialisme.

Le courant « pro-albanais » est peu connu en France, car culturellement et idéologiquement il est indigent, mais beaucoup de monde y est passé, justement par esprit minimaliste français, dans une sorte de René Descartes version marxiste-léniniste.

Ce n'est ici pas le moindre des paradoxes qu'en soient issus les ultra-gauchistes « maoïstes » de « Futur rouge », qui sont eux totalement folkloriques post-modernes, soutenant les queers, l'indépendance de l’Écosse, etc. etc.

Pourtant, justement, la mise en ligne d'un PDF par le roc-ml explique pourquoi il n'y a nulle contradiction ici : le roc-ml est en fait lui-même sur une ligne ultra-gauchiste.

On pourrait penser qu'il s'agit d'un courant marxiste-léniniste culturellement conservateur, comme la gauche du P« C »F des années 1990. Cela y ressemble quand on lit cela :

« La classe ouvrière et les autres couches de travailleurs exploités font l'expérience de l'absence d'une expression politique et syndicale indépendante de classe du prolétariat, en clair, l'absence d'un véritable Parti Communiste, et l'absence d'une CGT de lutte classe contre classe ayant pour but le renversement du système capitaliste et non son aménagement pour lui donner un visage plus humain. »

Lien vers la déclaration du PCMLM n°50 intitulée Résolution stratégiqueMais en réalité, c'est un courant d'ultra-gauche de plus, comme le montre la position sur le Front National. C'est exactement comme le trotskysme : cela a l'air réformiste pour les révolutionnaires authentiques, et ça l'est, mais le discours est un verbiage « ultra ».

On avait déjà pu voir que pour le roc-ml, au mieux l'antisémitisme n'existe pas, aujourd'hui comme hier. Mais là on est carrément dans l'anti-antifascisme, avec la ligne d'ultra-gauche qui est la même que celle de « Futur Rouge » : refus du Front populaire, négation du danger que représente le FN en tant que structure fasciste.

Le roc-ml dit ainsi, développant le thème classique du « complot » que la bourgeoisie organiserait avec le chantage au fascisme :

« Depuis la fin des années 60, l'épouvantail du danger fasciste dont le Front National serait le représentant est systématiquement utilisé pour maintenir la contestation anti capitalite dans les limites de la démocratie bourgeoise et pour mobiliser le peuple pour sa défense.

Cette tactique est largement utilisée par le gauche social-démocrate mais aussi par la gauche radicale (PC, FDG) et groupes de l'extrême-gauche pour qu'à chaque élection les « contestataires » rentrent dans le rang et y participent. Cela permet au jeu électoral bourgeois de l'alternance politique droite-gauche de continuer à fonctionner et à renforcer la domination de la bourgeoisie sur la société et l'exploitation des prolétaires. »

C'est le discours absolument traditionnel de l'ultra-gauche : droite et gauche aucune différence, le prolétariat est pris dans un complot, il doit tout rejeter en bloc sans chercher à comprendre les rapports de classe et les contradictions dans la bourgeoisie elle-même, etc.

C'est à se demander sur quelle planète vivent ces gens, alors que la France a compris qu'on est au bord de la crise de régime et qu'un coup de force, sur une base de putsch militaire et d'union nationale, aurait un franc succès...

Pour ces gens, donc, il ne faut surtout pas faire du fascisme la menace principale, absolue :

« La montée de l'extrême-droite et du populisme dont le FN est le représentant est un signe de l'approfondissement de la crise et de la putréfaction du système capitaliste mais pas le seul.

La droitisation de la vie publique, les lois coercitives, l'emploi de la violence contre les militants ouvriers sont des signes évidents que le système n'a plus les moyens de manier alternativement la carotte et la bâton.

Il n'a d'autre alternative que la répression et l'accentuation de l'exploitation des travailleurs. Mais on est loin du danger fasciste.

Les intérêts des monopoles ne peuvent se limiter au cadre étroit du marché national, les monopoles veulent avoir les mains libres pour agir sur le marché international, exporter et investir le capital partout dans le monde.

En l'absence de résistance populaire révolutionnaire la bourgeoisie « est en état de maintenir sa dictature sur les masses par les vieilles méthodes de démocratie bourgeoise et de parlementarisme » (G. Dimitrov, VIIème congrès de l'IC). »

C'est impressionnant : on a ici un discours classique d'ultra-gauche, qui se permet de citer Georgi Dimitrov alors qu'il dit tout à fait le contraire ! Jamais l'Internationale Communiste n'a résumé, à part au départ, au début des années 1920, le fascisme comme une simple « réponse » autoritaire par en haut.

Le fascisme, c'est la mobilisation nationaliste pour la guerre impérialiste, et peu importe qu'il y ait résistance populaire ou pas. Le roc-ml nie ici la tendance inévitable à la guerre impérialiste, au nom d'un fascisme comme simple « réponse » à la révolution.

C'est simplement de l'anti-antifascisme, cela nie la nécessité du Front populaire.

Le roc-ml dit d'ailleurs :

« Ceux parmi les groupes d'extrême-gauche et même auto-proclamés communistes qui dénoncent la fascisation de la société participent ainsi à créer des illusions sur la démocratie bourgeoise (…).

Le FN doit être combattu et dénoncé comme un parti bourgeois au service du capital et sa dénonciation ne doit pas être le miroir aux alouettes qui détourne les communistes et les travailleurs de la lutte anti capitaliste et être dupe du jeu politique bourgeois. »

Ailleurs on peut lire également :

« Le Front National est un Parti bourgeois comme les autres. »

Voilà pourquoi il faut répondre simplement : certainement pas, le Front National n'est clairement pas un parti bourgeois comme un autre. S'il n'est pas encore un parti fasciste solidement organisé, il en est le marche-pied, il est l'ennemi juré des masses, l'ennemi central.

Le roc-ml fait comme « Futur rouge » et l'ultra-gauche : il nie le fascisme comme ennemi numéro un. Voici ce que disait le roc-ml au moment de l'affaire Dieudonné, en janvier 2014 :

« C’est un saltimbanque bourgeois qui utilise son bagou pour se remplir les poches  en utilisant  des thèmes qui transgressent (parfois avec pertinence) le « politiquement correct ». C’est son fonds de commerce. L’insoumis s’adaptera (…). Les communistes ne doivent pas dépenser leurs forces dans des combats secondaires ou des diversions. C’est dans le prolétariat que se construisent  les forces qui seront capables demain d’affronter et de battre la bourgeoisie. Pas dans les salles de spectacle et leurs abords. »

C'est la même position délirante qu'au moment de l'affaire Dreyfus, c'est typiquement d'ultra-gauche, et on n'est guère étonné de ne jamais lire une seule critique de l'antisémitisme.

Et c'est malheureusement typique de l'époque où nous vivons, où derrière la pseudo radicalité se cache clairement la collusion avec l'anti-antifascisme.

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