5 mar 2015

Les «représentants spéciaux» de l'impérialisme français

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Robert Hue, c'est-à-dire pas moins que le successeur de George Marchais à la tête du Parti Communiste Français (de 1994 à 2001), a été nommé représentant spécial pour les relations économiques avec l’Afrique du sud par le ministère des Affaires Étrangères. Il devient une sorte de « VRP » pour représenter les intérêts de l'impérialisme français en Afrique du Sud.

Les « représentants spéciaux » sont une quinzaine et forment - selon les mots de Laurent Fabius le ministre des Affaires Étrangères - une « force de frappe économique » qui « travaille en liaison avec les ambassades [et] les entreprises ».

Outre Robert Hue, nouvellement nommé, qui est pour ainsi dire un produit du PCF révisionniste (il vendait « L'Humanité » avec ses parents ouvriers communistes quand il était enfant, il a adhéré aux Jeunesses Communistes à 16 ans, etc.), d'autres figures de la gauche française occupent également cette fonction de « représentant spécial » du ministère des Affaires Étrangères.

Ainsi, Martine Aubry, grande figure du Parti Socialiste en France et particulièrement dans le Nord, est chargée des relations avec la Chine, Alain Richard (ministre de la Défense sous le gouvernement de Lionel Jospin) est chargé des Balkans, ou encore Jean-Louis Bianco (secrétaire général de l'Élysée puis ministre des Affaires sociales puis de l'Équipement et des Transports sous François Mitterrand) est chargé de l'Algérie.

À leurs côtés il y a des personnalités liées à des grands groupes monopolistes français comme Anne-Marie Idrac (SNCF) chargée des Emirats Arabes Unis, Philippe Varin (PSA, Areva) chargé de l'Association des Nations du Sud-Est Asiatique, Louis Schweitzer (BNP-Paribas, Renault, L'Oréal, etc.), chargé du Japon, Jean-Paul Herteman (Safran) chargé du Canada, etc.

Enfin, et c'est là quelque chose qui est tout sauf anecdotique, Jean-Pierre Chevènement, la figure de gauche du nationalisme du néo-gaullisme est quant à lui représentant spécial pour la Russie.

Parler de l'impérialisme français, cela peut paraître quelque chose d'abstrait, « d'idéologique », mais c'est pourtant une réalité bien concrète, avec des réseaux et des organismes biens réels. Ces représentants spéciaux sont justement choisis en fonctions de leurs « réseaux ». Le ministère explique que leur désignation :

« (...) vise à développer nos relations économiques bilatérales avec quelques partenaires-clé que les représentants spéciaux connaissent particulièrement bien et avec lesquels ils entretiennent des relations privilégiées.

Ces personnalités, dont l’expérience et la compétence sont reconnues, ont été désignées afin d’œuvrer en étroite collaboration avec nos ambassadeurs, avec les services du ministère des affaires étrangères et de l’ensemble de l’État à la mobilisation complète des acteurs publics et privés à cette fin. C’est un des dispositifs marquants de mise en œuvre concrète de la diplomatie économique sur le terrain. »

A côte de cette « force de frappe », le gouvernement de François Hollande opère actuellement à une grande modernisation des structures visant à organiser la circulation des capitaux au profit de la France.

Sur le plan strictement financier, il est très difficile de savoir exactement ce qui a lieu de par le fonctionnement opaque et antidémocratique des banques et groupes financiers. Mais il y a toutefois la possibilité d'avoir un aperçu de ces mouvements avec des structures publiques.

Ubifrance est une de ces structures chargées « d'accompagner votre développement à l'export ».

Depuis le début 2015, Ubifrance a fusionné avec l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII), c'est-à-dire la structure chargée inversement d'importer des capitaux et des technologies en France. Cette fusion a donné naissance à : Business France, « Opérateur public national au service de l’internationalisation de l’économie française ».

Voici un extrait d'une vidéo de Business France, qui exprime tout à fait la logique impérialiste d’expansion économique :

« Le projet de Business France est simple, il consiste à combiner l'importation de capitaux avec l’exportation de capitaux depuis la France, afin de proposer aux entreprises étrangères de pouvoir exporter depuis la France.

Autrement dit, comme l'explique Muriel Pénicaud (présidente de l'AFII et directrice générale d'UbiFrance), il s'agit de faire de la France une sorte de « hub pour l'Europe, pour l'Afrique. » »

Cela est logique pour la France, de par son statut de grande puissance impérialiste. Cela bien sûr doit être compris comme un reflet de la puissance du capital financier français, possédant une expérience « historique » dans son domaine. Comme le relevait déjà Lénine au début du XXe siècle :

« Il en va autrement pour la France. Ici les capitaux placés à l'étranger le sont surtout en Europe et notamment en Russie (10 milliards de francs au moins). Il s'agit principalement de capitaux de prêt, d'emprunts d’État, et non de capitaux investis dans les entreprises industrielles. A la différence de l'impérialisme anglais, colonialiste, l'impérialisme français peut être qualifié d'usuraire. L'Allemagne offre une troisième variante : ses colonies sont peu considérables, et ses capitaux placés à l'étranger sont ceux qui se répartissent le plus également entre l'Europe et l'Amérique. »

L'impérialisme français « usuraire », cela signifie aujourd'hui que la France tente de contourner ses faiblesses sur le plan de l'investissement en se proposant comme intermédiaire, sur le plan financier et « logistique », pour d'autres pays.

L'impérialisme français se positionne donc comme une sorte de catalyseur de relations entre puissances impérialistes et pays semi-coloniaux semi-féodaux, mais aussi entre pays semi-coloniaux semi-féodaux eux même, et plus largement entre les blocs impérialistes.

On comprends alors l'importance du rôle des « représentant spéciaux » nommés par Laurent Fabius. Ceux-ci doivent être des relais sur le terrain pour concrétiser les opportunités et surtout pour relayer ce que l'on pourrait appeler « l'image de marque » de la France, son immense « capital sympathie » de par le monde, afin de parer aux faiblesses (relatives) de l'impérialisme français.

Le fait que l'on retrouve parmi ces représentants spéciaux des figures importantes de la gauche est tout à fait révélateur de cela : il s'agit pour la France d’apparaître comme un impérialisme qui n'est pas « impérialiste », une puissance « douce », non agressive, proposant ses « services », etc.

Cependant, l'impérialisme français se trouve de plus en plus confronté à une contradiction : de par l'accentuation des contradictions internes au mode de production capitaliste, et donc à la généralisation de la crise du capitalisme, il devient de moins en moins possible d'adopter cette attitude « neutre » et conciliante avec tous les blocs, toutes les puissances, toutes les régions du monde.

L'option plus « frontale » représentée par Marine Le Pen (ou Jean-Pierre Chevènement) consistant à « choisir » ouvertement un « bloc » impérialiste, en l’occurrence avec la Russie et contre les États-Unis, semble être une option naturelle et logique pour les fractions les plus agressives de l'impérialisme français.

Mais c'est aussi un grand risque, un moyen de tout perdre, et particulièrement de perdre sa capacité à être positionnée comme un « hub », en bon terme avec « tout le monde ».

La faiblesse de l'impérialisme français se situe surtout dans le fait de ne pas avoir totalement les moyens de son indépendance.

C'est pour cela que les fractions modernistes de l'impérialisme français, qui s'appuient actuellement sur la social-démocratie, tente de contourner cela avec par exemple ici ces « représentants spéciaux » et cette tentative d'occuper une place centrale dans la circulation du capital.

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