20 Jan 2012

Naufrage du Concordia : une image saisissante de la décadence du capitalisme

Submitted by orycto

Le naufrage du bateau de croisière Concordia n'est pas seulement le résultat dramatique d'une erreur du capitaine se déroutant volontairement pour répondre par fanfaronnade à la demande d'un membre de l'équipage qui voulait revoir son île natale du Giglio. Non, le naufrage du Concordia porte en lui la décadence de toute une époque, l'époque de la crise générale du capitalisme.

Quand nous parlons de « décadence », nous ne nous référons pas simplement aux sordides affaires de dépravation « à la Strauss-Kahn ». La décadence est une tendance de fond du capitalisme en crise qui se révèle par de nombreux aspects.

Comment une telle tragédie a-t-elle pu arriver ?

Le Concordia était un symbole flottant du tourisme de masse qui n'a cessé de se développer ces vingt dernières années en même temps que la crise du capitalisme s'amplifiait jusqu'au paroxysme que nous connaissons actuellement. Les voyages se sont ainsi très rapidement démocratisés par la multiplication des vols low-cost et le cassage des tarifs sur les croisières autrefois réservés aux élites (les pauvres voyageant à fond de cale).

Dans l'histoire de l'humanité, le capitalisme représente un mode de production suffisamment élaboré pour mettre à disposition d'une large frange du peuple une technologie avancée ou des loisirs « haut de gamme ». Le capitalisme qui exploite les prolétaires et la planète, tire en grande partie sa légitimité de sa capacité à alimenter les masses en produits dernier cri et en élargissant l'horizon du quotidien. Ainsi, les masses préparent leurs vacances, leurs prochaines vacances comme un « petit plaisir » qu'ils peuvent enfin s'offrir, dans l'idée que « cela les changera du quotidien », en se disant qu'« ils l'ont bien mérité ». D'ailleurs, en règle générale, la vie dans le capitalisme se conçoit pour beaucoup de prolétaires comme une « survie » jusqu'au prochain « petit plaisir ».

Plus que x jours jusqu'au match de foot, jusqu'à la sortie de tel album, de tel film, la "finale" de tel programme télé, du premier épisode de la nouvelle saison d'une série… Plus que... J'ai trop hâte... A l'heure d'Internet et des services de replay, beaucoup de personnes attendent encore la diffusion de leur "programme" à heure fixe comme une sorte d'évènement à ne pas rater...

Les voyages sont aussi un rendez-vous attendu pour sortir d'un train-train forcément abrutissant dans un mode de production capitaliste entièrement à la main de la bourgeoisie et où les prolétaires ne maîtrisent rien. Les voyages sont aussi la "récompense" de retraités après une vie de travail. Dans le cas d'une croisière, il y a en outre (et en apparence) une touche de « luxe » et de « raffinement » d'autant plus attirante qu'elle devient financièrement accessible.

A l'heure actuelle, Mylène et Michaël, un jeune couple de Sarcelles (Val d'Oise) qui avait embarqué à bord du Concordia, sont toujours portés disparus. Mylène et Mickaël, parmi beaucoup d'autres passagers, voulaient s'offrir une « pause » dans le quotidien difficile du capitalisme et se sont faits rattraper par la véritable nature du capitalisme méprisant la vie des êtres humains (comme toutes les autres vies). 

Ce que montre le naufrage du Concordia, c'est que le tourisme de masse n'échappe pas à loi du profit du capitalisme toujours prêt à accroître ses marges au détriment de la vie des passagers qui se sont offert des vacances à bas coût. Ainsi, voyages low-cost est aussi synonyme de service dégradé et de conditions de sécurité négligées. C'est là toute la contradiction tragique du capitalisme qui explose car le capitalisme se maintient en vie en proposant du divertissement (ou de la diversion) mais se trouve incapable de l'entretenir en raison même de ses lois économiques intrinsèques.

Il y a un siècle, le Titanic sombrait en Atlantique Nord, des milliers de passagers – pour la plupart de troisième classe – n'ayant pu monter à bord de canots de sauvetage qui se sont révélés en nombre insuffisant. En 2012, le naufrage du Concordia a également été meurtrier et traumatisant en raison du manque de canots de sauvetage. Des passagers ont été contraints de se jeter à la mer dans un élan de désespoir. En outre, aucun exercice de sauvetage n'avait eu lieu à bord. L'inconscience du personnel de bord, et en particulier du capitaine, fait bien sûr partie du sinistre tableau mais elle ne représente qu'un aspect de la décadence capitaliste qui constitue la véritable raison de ce naufrage.

D'ailleurs, le naufrage du Concordia n'est pas une catastrophe isolée parmi ces gigantesques bateaux de croisière qui s'apparente à « des villes flottantes » où, dans une optique de profit typiquement capitaliste, le but consiste à rentabiliser le voyage dans une logique de gigantisme (115 000 tonnes, 300 mètres de long, plus de 4 000 passagers) au détriment du respect des lois physiques et des consignes de sécurité les plus élémentaires. En 2007, le Sea Diamond, navire de croisière battant pavillon grec, avait coulé dans les Cyclades en faisant deux morts. Un an plus tard, le ferry Princess of the Stars sombrait également alors que la proximité du typhon Fengshen aurait dû le conduire à ne pas tenter une traversée rendu périlleuse par de telles circonstances climatiques. 828 personnes sont mortes dans ce naufrage et, là encore, il apparaît que beaucoup de personnes ne portaient même pas de gilets de sauvetage et que l'équipage s'est empressé de quitter le navire sans porter assistance aux passagers.

Le naufrage du Concordia est donc une étape de la décadence du capitalisme que les médias bourgeois vont tenter de réduire à une erreur humaine (VSD titre de manière racoleuse : « Le capitaine de la honte ! »).

En vérité, la décadence du capitalisme est flagrante et se manifeste par les multiples incuries observables au jour le jour. Le blocage d'une rame en plein tunnel sur la ligne A du RER (la plus fréquentée d'Europe) pendant trois heures (qui fait écho à de nombreux dysfonctionnements dans les transports parisiens), l'accès de plus en plus difficile aux soins, le retour de la tuberculose, la baisse de niveau intellectuel dans la bourgeoisie, le délabrement des services publics ne sont autant de signes déconnectés les uns des autres mais forment au contraire différents aspects d'une même réalité : la décadence. Un des buts de la propagande bourgeoise consiste justement à séparer les événements comme s'il s'agissait de réalités différentes et d'empêcher ainsi une analyse d'ensemble.

Face à cela, les reporters de la guerre de classe doivent repérer toutes les manifestations, petites ou grandes, tragiques ou plus « anodines », de la décadence du vieux monde bourgeois.

Dans Prélude à Fondation d'Isaac Asimov, le personnage principal Hari Seldon est confronté aux signes de décadence de l'Empire, parfois quasi imperceptibles : manque d'entretien du réseau express et des secteurs publics de la planète Trantor, déclin de l'innovation technologique, négligences dans la gestion de l'énergie.

La décadence ne relève pas de la science-fiction mais bien du quotidien des prolétaires qui constatent le délitement des institutions bourgeoises et le laissez-aller général. Cette décadence est exploitée de manière populiste par les fascistes qui veulent redonner un élan à un vieil Etat bourgeois usé jusqu'à la corde.

Pour sortir du marasme, l'exigence de civilisation appelle à la construction de l'Etat socialiste !

L'épave couché sur le flanc du Concordia est une image impressionnante de la décadence capitaliste, un raccourci saisissant de sa dialectique meurtrière entre loisir de masse etmépris total de la vie !

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