29 mar 2014

Le rôle de l'argent selon Marx - 3e partie : l'argent masque le travail comme source de la valeur

Submitted by Anonyme (non vérifié)

Nous avons vu que le capitaliste arrive avec de l'argent, emploie des travailleurs pour produire des marchandises, qu'il revend par la suite, se retrouvant finalement avec davantage d'argent.

L'argent, a cependant, existé avant le capitalisme, et auparavant, la formule capitaliste, le cycle argent – production de marchandises – davantage d'argent, n'existait pas.

Nous avons vu que l'origine de ce surplus de richesse provient du surtravail arraché aux travailleurs.

Donc, ce qui fait que de l'argent relève du capital est sa fonction dans la production capitaliste, qui va de pair avec la reproduction capitaliste. Karl Marx explique ainsi :

« Le valeur-capital à l'état d'argent ne peut exécuter que des fonctions de monnaie, et aucune autre.

Ce qui fait de ces fonctions de monnaie des fonctions de capital, c'est leur rôle déterminé dans le mouvement du capital et, par voie de conséquence, la connexion du stade où elles apparaissent avec les autres stades du cycle du capital. »

Cela signifie que l'argent est capital lorsqu'il est dépensé pour produire, en payant des travailleurs « libres » (c'est-à-dire pas des esclaves), et qu'il revient après la vente des marchandises produites.

Sinon, il n'est pas capital.

Au cours de ce processus propre à l'argent en tant que capital, du surtravail a été arraché aux travailleurs, sous la forme d'heures non payées, mais étant masquées derrière un salaire général. Il y a un salaire, mais il est en fait « incomplet ».

Le salaire, en tant qu'argent, masque ici la véritable valeur : le travail. C'est le surtravail qui permet au capitaliste d'agrandir la somme « avancée », car rien ne vient de rien. L'argent est le masque de l'exploitation.

Individuellement, le travailleur est censé avoir eu un juste salaire, en argent ; du point de vue scientifique, la classe des travailleurs est exploitée par la classe des capitalistes.

Le capitalisme, ce n'est pas le commerçant qui prend un pourcentage sur la revente : le commerçant n'est qu'un parasite entre acheteurs et vendeurs ; son existence ne peut pas expliquer l'augmentation des richesses.

L'origine de la richesse, c'est un échange entre équivalents, en apparence : lorsque le travailleur reçoit de l'argent du capitaliste sous la forme du salaire, avec en réalité le travailleur fournissant au capitaliste du travail non rémunéré.

Cela signifie que l'argent s'agrandit non pas « tout seul » mais précisément lorsqu'il entre en rapport avec le travailleur, parce que c'est le travailleur qui, en fournissant du travail non rémunéré, ajoute de la valeur.

Ce n'est pas tout. Pour que l'argent entre en rapport avec le travailleur, il faut des conditions précises. Karl Marx nous enseigne que :

« Le mode de production capitaliste - étant fondé sur le salaire, sur le paiement de l'ouvrier en argent et en général sur la transformation des prestations en nature en prestations en argent -, ne peut se réaliser avec quelque ampleur et quelque profondeur que s'il existe dans le pays une masse d'argent suffisante pour la circulation et pour la constitution d'un trésor (fonds de réserve, etc.), déterminée par cette circulation.

Telle est la condition préalable exigée par l'histoire ; il ne faut cependant pas s'imaginer qu'il se forme d'abord une masse suffisante d'argent thésaurisé et que la production capitaliste ne commence qu'ensuite.

Cette production se développe en même temps que ses conditions, et l'une de ces conditions consiste en un apport suffisant de métaux précieux.

C'est pourquoi l'accroissement de cet apport de métaux précieux constitue depuis le XVIe siècle un facteur essentiel dans l'histoire du développement de la production capitaliste.

Mais quand il s'agit de la nécessité de l'apport continu d'argent dans le cadre de la production capitaliste, on constate que, d'une part, l'on jette dans la circulation de la plus-value sous forme de produit sans qu'il y ait l'argent nécessaire pour la monnayer, et que, d'autre part, l'on y jette de la plus-value sous forme d'or sans que le produit ait été au préalable transformé en argent.

Si les marchandises supplémentaires qui doivent se convertir en argent trouvent la somme d'argent nécessaire, c'est que, d'autre part, l'on jette dans la circulation, non point par l'échange, mais par la production même, de l'or (et de l'argent) supplémentaire, qui doit se convertir en marchandises. »

Nous touchons ici l'épineux problème de la question de l'accumulation primitive du capital, qui a toujours été un sujet important de débat, notamment en raison de la vision formulée par Rosa Luxembourg.

Cependant, ce qui nous intéresse ici pour l'instant est l'argent. Et donc, à partir du moment où l'argent amène l'argent en plus grande quantité, et que la production ne semble qu'un « à côté », alors l'argent masque la réalité productive.