30 sep 2017

La paupérisation selon Marx - 4e partie : une misère sociale

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Voici un extrait de Travail salarié et Capital, où Karl Marx formule dans un sens similaire la question de la paupérisation malgré l'amélioration matérielle :

« Même la situation la plus favorable pour la classe ouvrière, l'accroissement le plus rapide possible du capital, quelque amélioration qu'il apporte à la vie matérielle de l'ouvrier, ne supprime pas l'antagonisme entre ses intérêts et les intérêts du bourgeois, les intérêts du capitaliste.

Profit et salaire sont, après comme avant, en raison inverse l'un de l'autre.

Lorsque le capital s'accroît rapidement, le salaire peut augmenter, mais le profit du capital s'accroît incomparablement plus vite.

La situation matérielle de l'ouvrier s'est améliorée, mais aux dépens de sa situation sociale.

L'abîme social qui le sépare du capitaliste s'est élargi.

Enfin:

Dire que la condition la plus favorable pour le travail salarié est un accroissement aussi rapide que possible du capital productif signifie seulement ceci: plus la classe ouvrière augmente et accroît la puissance qui lui est hostile, la richesse étrangère qui la commande, plus seront favorables les circonstances dans lesquelles il lui sera permis de travailler à nouveau à l'augmentation de la richesse bourgeoise, au renforcement de la puissance du capital, contente qu'elle est de forger elle-même les chaînes dorées avec lesquelles la bourgeoisie la traîne à sa remorque. »

C'est là la clef du concept marxiste de paupérisation. Il ne s'agit nullement de misérabilisme économique ; il est parlé d'une misère sociale.

Toute élévation matérielle du niveau de vie signifie, par là même, le renforcement du capitalisme comme mode de production et donc sa tyrannie sur la vie du prolétaire.

Cette misère sociale est ce que Karl Marx entend dans Le Capital par « accumulation de pauvreté, de souffrance, d'ignorance, d'abrutissement, de dégradation morale, d'esclavage ».

Il s'agit d'une réalité sociale, pas simplement d'une logique comptable sur le plan des biens matériels.

Ceux-ci, inévitablement, deviennent plus nombreux, de par la réalité même de la production. Le paradoxe est justement que plus le prolétariat augmente le nombre de biens matériels, plus il se facilite la vie matériellement, mais en s'emprisonnant toujours davantage en même temps.

À cela s'ajoute que la part des richesses qu'il produit se voit toujours plus accaparé par la bourgeoisie.

Lors d'un grand élan capitaliste, il y a donc nécessairement à la fois un progrès matériel pour le prolétariat et un amoindrissement sur le rôle de l'importance sociale.

Le prolétaire vit mieux qu'auparavant sur le plan économique, mais son aliénation est plus grande : il est plus abruti, plus ignorant, plus en souffrance ; sa dégradation morale est d'autant plus grande qu'il porte lui-même une production qui lui échappe.

Karl Marx ne dit ici pas autre chose que dans ses manuscrits de 1844 ; il n'y a pas de « jeune Marx » et de « Marx de la maturité ».

Karl Marx, dans ses manuscrits, souligne que l'être humain s'appauvrit parallèlement à la croissance matérielle :

« La production ne produit pas l'homme seulement en tant que marchandise, que marchandise humaine, l'homme défini comme marchandise, elle le produit, conformément à cette définition, comme un être déshumanisé aussi bien intellectuellement que physiquement - immoralité, dégénérescence, abrutissement des ouvriers et des capitalistes.

Son produit est la marchandise douée de conscience de soi et d'activité propre... la marchandise humaine… (...)

Nous avons vu quelle signification prend sous le socialisme la richesse des besoins humains et, par suite, quelle signification prennent un nouveau mode de production et un nouvel objet de la production : c'est une manifestation nouvelle de la force essentielle de l'homme et un enrichissement nouveau de l'essence humaine. 

Dans le cadre de la propriété privée, les choses prennent une signification inverse.

Tout être humain s'applique à créer pour l'autre un besoin nouveau pour le contraindre à un nouveau sacrifice, le placer dans une nou­velle dépendance et le pousser à un nouveau mode de jouissance et, par suite, de ruine écono­mique.

Chacun cherche à créer une force essentielle étrangère dominant les autres hommes pour y trouver la satisfaction de son propre besoin égoïste.

Avec la masse des objets augmente donc l'empire des êtres étrangers auquel l' être humain est soumis et tout produit nouveau renforce encore la tromperie réciproque et le pillage mutuel.

L'être humain devient d'autant plus pauvre en tant qu'être humain, il a d'autant plus besoin d'argent pour se rendre maître de l'être hostile, et la puissance de son argent tombe exactement en raison inverse du volume de la production, c'est-à-dire que son indigence augmente à mesure que croît la puissance de l'argent. »

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