11 mar 2019

Karl Marx et la crise de surproduction - 2e partie : le rapport à la baisse tendancielle du taux de profit

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Au début du chapitre XV, Karl Marx réaffirme le principe de baisse tendancielle du taux de profit. Pour faire court, rappelons ici simplement que les capitalistes introduisent toujours plus de machines dans la production. Ils pensent ainsi rogner sur les dépenses de salaires, mais comme la vraie richesse vient de l’exploitation des ouvriers, ils scient la branche de l’arbre sur laquelle ils sont assis.

Puis, très rapidement, il pose une vision dialectique de la question, où l’on est vite dépassé si l’on ne comprend pas la forme de la contradiction en question. Voici ce que dit Karl Marx :

« Baisse du taux de profit et accélération de l’accumulation ne sont que des expressions différentes d’un même procès, en ce sens que tous deux expriment le développement de la productivité. »

On a ici deux contraires. D’un côté, l’accumulation capitaliste voit son taux de profit baisser, ce qui implique son affaiblissement. Et pourtant, de l’autre côté, l’accumulation capitaliste s’accélère, ce qui implique son renforcement.

C’est incompréhensible pour qui n’admet pas le principe du mouvement dialectique. Comment une chose peut-elle s’affaiblir et se renforcer en même temps ?

Immédiatement après, Karl Marx précise ce qu’il a voulu entendre. Voici comment il présente les deux aspects contradictoires, le premier tout d’abord :

« De son côté, l’accumulation accélère la baisse du taux de profit, dans la mesure où elle implique la concentration du travail sur une grande échelle, d’où une composition plus élevée du capital. »

Cela, c’est la baisse tendancielle du taux de profit. Le travail est concentré, on utilise des machines qui aspirent le travail, le travail humain est de plus en plus mis de côté, l’exploitation voit sa sphère se réduire de par le nombre moins important d’ouvriers.

Voici maintenant le second aspect :

« D’autre part, la baisse du taux de profit accélère à son tour la concentration du capital et sa centralisation par la dépossession des capitalistes de moindre importance, l’expropriation du dernier carré des producteurs directs, chez qui il restait encore quelque chose à exproprier. »

On comprend ici que Karl Marx ne parle du mode de production capitaliste dans son ensemble encore. Il parle des capitalistes et seulement d’eux. Dans la phrase précédente, Karl Marx disait somme toute : les capitalistes mettent des ouvriers de côté, or ils les exploitent, donc le taux d’exploitation va s’amoindrir, puisqu’il y a moins d’ouvriers.

Dans la seconde phrase qu’on a ici, Karl Marx dit : les capitalistes se font concurrence et en concentrant le travail, ils augmentent la productivité, ils torpillent des concurrents et exigent un capital plus grand à chaque fois pour être en mesure d’avoir un haut niveau technique, une haute productivité.

Le petit producteur ne peut pas investir comme le font les grands capitalistes dans des grandes machines avec une haute productivité : il disparaît par conséquent, coulé par la concurrence.

Rosa Luxembourg s’arrête là. Elle dit : il y a de moins en moins de capitalistes, et moins il y en a plus c’est la preuve de la concentration du capital, du fait qu’on mette des ouvriers de côté, qu’on ne sait plus comment faire du profit du côté du capital.

Par conséquent, le capital étant tellement accumulé n’a comme moyen de s’en sortir que le militarisme pour la conquête de zones non capitalistes.

Eugen Varga aura une position tout à fait similaire, à ceci près que lui considère que le capital « en trop » va s’allier avec l’État pour chercher toujours plus de voie pour s’en sortir, repoussant ainsi la crise à un peu plus tard.

Or, c’est là une réduction du mode de production capitaliste aux capitalistes, et Karl Marx ne fait pas cette erreur.